recul
15/07/2007 20:25 par lalignenoire
19h 30, fond sonore, BO de Requiem For A Dream (il va falloir penser à changer très vite ou ça va mal aller)
Soirée de fous pour le 14 juillet. J'ai jamais été bourrée au point de vomir ou de ne plus me souvenir de rien, mais hier j'étais franchement pas nette. Et j'étais pas la seule. Accompagnée par le gang habituel, Morgane, Jérémie, Yvann, Franck, Quentin, et sa nouvelle nana, Fred, on a été voir le feu d'artifice. Tous les ans c'est la tradition, toute la population grenobloise se réunit au Parc Paul Mistral pour le voir. Il est lancé depuis la Tour Peret, une sorte de vieille ruine très haute et interdite aux visiteurs, je crois. En tout cas c'était joli, surtout avec bouteille de vodka dans la main droite et cigarette dans la gauche. Dommage qu'on s'est pris des bouts enflammés sur la gueule après le bouquet final, c'était dangereux et ça a un peu fait une ambiance de fin du monde, tous ces trucs qui pleuvaient sur le public et les gens qui se dépêchaient de partir. Ensuite, on s'est calés dans le parc, tous d'équerre, et on a tapé la discussion avec Laurent, un mec qui disait avoir enchaîné 96h de fiesta à l'affilée.
Après, c'est parti en live, alors pour résumer, on avait faim, donc on a été jusqu'au Mc Do de l'Aigle, chose qui a pris très longtemps étant donné notre état d'ébriété; puis on avait de nouveau soif alors on s'est bougé jusqu'au Rajah, sauf qu'il était fermé et qu'on avait du coup plus rien à boire; à ce moment là, Jérémie avait failli taper sur deux types, avant de se casser, fou de rage, dans des ruelles obscures, ce qui a énervé Morgane, qui s'est donc à son tour barrée dans des ruelles obscures, et Quentin et Fred, lassés, se sont arrêtés pour parler à des potes trouvés en chemin. Courses et engueulades pour récupérer les diverses épaves de notre groupe, et au final on est rentrés comme des cons à 3h du matin, avec un Jérémie furieux contre Morgane, une Morgane furieuse contre le monde entier parce qu'elle avait pas eu de Big Mac et qu'elle comprenait pas pourquoi tout le monde lui en voulait, Yvann et moi en train de lutter pour pas bader, et Franck toujours aussi serein. Quentin et sa nana se sont barrés quand c'est trop parti en couille.
Mais tout ça est bien loin de ce que je voulais dire, à la base. J'ai revu Benoît. J'en étais sûre. Au moment où on est partis de chez Yvann et Franck, je savais qu'on allait se croiser, c'était une certitude, et ça a pas loupé. Il était avec Rej et vu la tête qu'ils tiraient ils avaient pas passé la soirée de leur vie. ça a très mal commencé parce que Yvann, au courant de toutes mes embrouilles avec Benoît, a dit un "oh merde!" en les voyant arriver, en parlant à voix tout à fait claire, ce qui a peut-être joué dans le salut assez froid auquel on a eu droit. On a papoté deux minutes, ou moins, et ils sont partis. Benoît n'a pas décroché un sourire. Et moi j'étais verte de trouille. Va savoir pourquoi, à chaque fois que je le croise en ville en ce moment, j'ai sur le dos une veste qui n'est pas à moi, et qui est visiblement à un mec: là c'était la veste de Franck. La dernière fois c'était celle d'Adrian, et je redoute de le croiser si un jour j'ai sur le dos celle de Rej. Aucun doute qu'il doit le remarquer.
Le voir, ça m'a fait redescendre direct. ça m'a rappelé la certitude que j'ai de me faire assassiner très prochainement et le fait que je n'avais toujours pas trouvé de solution pour éviter la casse. Que je vous rappelle la problématique : fin de semaine prochaine, Bruno débarque sur Grenoble et propose de se voir, en compagnie de Damien. Je me dis que Benoît aurait peut-être aimé venir. Peut-être qu'il est déjà au courant, en plus, et peut-être pas.
Bon, donc d'une manière ou d'une autre, il va m'en vouloir. Dans sa théorie, j'aurais même pas le droit de voir Bruno, ni Damien d'ailleurs puisqu'à la base, c'est pas mon pote. Sauf que ça me fais chier de devoir me priver de quelque chose pour lui faire plaisir alors que je ne fais rien de mal. Il me faudrait des points de vue. Mes potes oscillent tous entre le côté "envoie le chier fais ta vie ça lui fera les pieds" et le point de vue "quand même, je comprends que ça l'emmerde". Moi-même je passe de l'un à l'autre en un temps record. Alors, je m'étais dit qu'il faudrait que je lui passe un coup de fil, pour être réglo, et lui dire voilà, ce week-end je vois tes potes, et si ça te dérange, bin j'en suis vraiment désolée, mais je fais ma vie moi aussi, après tu fais ce que tu veux, point barre. Mais, petit soucis : je me liquéfie en sa présence. Littéralement, je suis morte de trouille rien que de penser avoir lui annoncer ça. Que je dépasse ses interdits (implicites, ici), que je suis grande et que je prends des décisions, oui, ça m'arrive. J'ai une peur panique de l'orage divin qui va me tomber sur la gueule. Et le pire c'est que je sais qu'il ne dira pas grand chose, en fait, nos engueulades et prises de bec ont toujours lieu dans le silence de mort le plus pesant, c'est une horreur. Surtout qu'il a toujours bien su me faire sentir à quel point j'avais tort et à quel point je lui manquais de respect. Comme la fois où il s'était pointé 1/2h en retard à un rdv et où je lui avais pesté dessus dès son arrivée : il m'avait reproché... de ne pas lui avoir dit bonjour avant, après tout le trajet qu'il venait de se taper. Oui c'est de la pinaillerie, j'admets. Mais n'empêche. Avec lui, je finis toujours par m'excuser, c'est un truc de malade. Même quand je pars pour lui faire des reproches, je flanche à la fin. J'ai peur de finir la conversation en lui disant que non, en fait, j'irai pas, tant pis pour moi. Ce serait possible.
Alors comment lui annoncer ça? déjà le faire au téléphone ça me terrorise. Le faire en face ça me paraît mission impossible, disons le franchement, j'ai laissé tomber l'idée. Alors reste la solution lâcheté: le mail, ou le sms. Pfff... ça me fait chier. Et ça me fait doublement chier d'avoir à le lui dire un truc qui est parfaitement innocent, en soi. Et maintenant que j'y pense, pourquoi est-ce que je veux lui dire au fait? ah oui, parce que s'il l'apprend plus tard et pas par moi il va se sentir trahi. J'aimerais ne pas autant avoir peur de lui en ce qui concerne les embrouilles. Encore un autre truc que je lui reproche, tiens. Vraiment, je sais pas quoi faire. Je vois ma psy mardi. Elle elle saura me dire quelque chose de bien. Sauf si elle me redit de ne rien dire. merde!
Bon à part ça, l'autre jour on a fait toutes les boîtes d'intérim de la ville avec Jérémie et Yvann, et je retournerai à Adecco lundi (heu, demain, donc) pour déposer CV, certificat de travail, RIB, numéro de sécu et je sais plus quoi d'autre - il me semble que c'est tout. Il va falloir que je farfouille dans mes papiers, encore. Ensuite je verrai Marion et on va s'occuper de cette recherche d'appart. Mardi, j'ai psy et je vois mon éduc dans l'aprème, elle m'a appelé l'autre jour pour savoir comment ça allait. Je vais revoir Clara, aussi, dans la semaine. Peut-être vendredi.
Clara. Une des miss qui était à l'hôpital avec moi et la seule avec qui j'aie gardé contact. ça fait bien longtemps qu'on s'est pas vues, parce que je crois que cette année on a surtout ramé pour se sortir de nos merdes respectives. J'ai honte de penser que quand je l'ai rencontrée, elle était maigre comme un clou et se faisait vomir - et que maintenant c'est mon tour. Enfin, non je suis pas maigre, c'est sûr, mais disons que l'état d'esprit et le comportement se sont rapprochés des troubles du comportement alimentaire. J'espère que chez elle, ça c'est arrangé.
En parlant de poids et de nourriture... c'est marrant comme je vois mon poids baisser, petit à petit. Le poids est jamais stable, de toute façon, mais je regarde toujours les extrêmes. Au début, ça oscillait entre 57 et 56. Puis entre 56 et 55, voire 54 si je venais de vomir. Maintenant, le maximum que je vois est de 55, sinon je suis à 54 ou 53. Et s'il n'y avait pas la balance pour me dire que le poids diminue, honnêtement, je crois pas que j'aurais remarqué grand chose. Je sais pas. Disons que pour ce que je vois dans la glace, je ne vois strictement rien changer, pire, je me trouve toujours aussi grosse et ronde, et je me demande toujours comment c'est possible d'être aussi large, grassouillette, enrobée, et je suis certaine que ça saute aux yeux de tout le monde, que tout ce que je suis est gâché par mon volume, etc. Il n'y a qu'au toucher que je sens du changement. Les os sont plus saillants, la peau plus fine, à certains endroits. Mais ça se voit si peu. Toujours la même conclusion, du coup, toujours la même chanson qui s'installe dans ma tête. Si tu veux être sûre, si tu veux pouvoir le voir, alors, il faut maigrir. Encore. Encore un peu. Encore un petit effort, c'est pour toi que tu le fais. Allez, allez, on se bouge les fesses. Allez. Tu es une merde, mais si tu maigris, tu peux encore t'en sortir. Maigris et tu auras encore une meilleure opinion de toi-même. Maigris, et ça ira mieux.
C'est toujours la même chose. Tous les arguments que j'entends, comme quoi je suis déjà très mince et qu'il faut arrêter, tout ça ça ne compte pas. Pas longtemps. Ou suffisamment longtemps pour que je culpabilise de ne rien manger, ce qui me mène au supermarché le plus proche acheter des choses grasses et dégoûtantes, sur lesquelles je vais me jeter. Et puis, au comble de la honte et de la culpabilité, je vais vomir. Et le poids va descendre, et je serais soulagée. Quel cycle infernal. Quelle horreur. J'aimerais en sortir et en même temps, je vois pas comment. En grossissant? non, hors de question. En ne mangeant plus? c'est ce que j'essaie de faire. c'est la seule chose qui me soulage, de toute façon. Alors en faisant quoi d'autre, en parlant? oui, mais parler, c'est long et difficile. Et puis ça fait mal, si horriblement mal. je vois pas la solution. La seule qui me reste en tête, bien sûr, c'est maigrir. Maigrir pour aller mieux, maigrir pour être bien dans mon corps, maigrir pour avoir le contrôle absolu de moi-même, maigrir pour ne pas être vue et en même temps, pour être remarquée, enfin. Maigrir pour ne plus être atteinte par quoi que ce soit. Le symptôme est là pour réduire l'angoisse, a dit mon bouquin de psycho.
Ce qui est très chiant aussi, c'est quand tout d'un coup j'ai une révélation : je suis maigre! là, stupéfaite et abasourdie, j'hallucine. ça peut arriver n'importe quand, si tout d'un coup je vois un nouvel os dépasser, ou dans la rue, dans une vitrine, dans un ascenseur, on s'en fout. Là c'est la panique, parce que je me vois d'une maigreur presque absolue, limite aux portes de la mort, en train d'agoniser, déjà, et je panique totalement sur ce que je suis en train de me faire, seigneur dieu. Une heure après, je suis déjà de nouveau certaine qu'il faut que je perde du poids, tout en me disant que je suis complètement tarée. Enfin remarque, c'est toujours mieux ça que quand je crois voir une autre personne à ma place. Dans ces cas là je me dis généralement que je suis en train de virer psychotique.
the intelect
13/07/2007 00:01 par lalignenoire
23h 36, fond sonore : Ancient, Black Eyes
Je suis vidée. Non seulement je dors très peu (ou très mal) en ce moment, mais en plus je viens de me faire vomir, et pas qu'un peu. Je sais que c'est que de la "réjouissance morbide", mais j'ai pas pu m'empêcher de peser le sac, après coup. Honte et satisfaction malsaine : un kilo. Beurk. Bon je panique pas trop, tant que ça reste à une fois par semaine.
Autrement, d'habitude, en ce moment, je mange rien. C'est dingue comme chez moi la Pulsion vient et disparaît. Un coup elle est là et je suis obligée de lui obéir, un coup elle n'est plus là, et disparaît dans le néant, comme si elle avait jamais existé (et c'est là que je mange plus rien). Je ne fous rien en ce moment. J'ai juste dit ma façon de penser par téléphone à Marion et Yvann, parce que l'un et l'autre m'avaient relativement énervée, l'un en ne répondant pas au téléphone plusieurs fois de suite et en ne donnant aucun signe de vie, ou alors trois jours après, l'autre parce que la recherche d'appart n'avance pas du tout, qu'on est en vacances et qu'on a pourtant que ça à foutre. J'ai la tête qui tourne mais mes mains ne tremblent plus trop, alors ça va.
Vu ma psy aujourd'hui. On a parlé de cette histoire de maigreur qui m'a tellement traumatisée hier soir et elle m'a dit que, sûrement, la balance de mon doc est vieille et donc peu fiable (c'est le cas de tout le matos qu'ils ont à Hauquelin) : ainsi j'aurais bien perdu 2, 3 ou 4 kilos, mais plus que un, ça c'est sûr. N'ayant que ça à faire, je m'interroge aussi. Ce jean que j'ai sur le cul, c'est du 36. Depuis quand est-ce que je flotte dedans? oh pas énormément, mais tout de même. Il y a de la place aux cuisses, et aux fesses aussi. Mme Brainstorm m'a dit qu'il fallait vraiment arrêter de maigrir, et elle m'a sorti un arguement de taille pour me le faire entendre. Si je continue à maigrir, a-t-elle dit, je vais perdre toutes mes formes féminines, et ce serait dommage, étant donné que les meilleures choses qui m'arrivent se passent toujours avec des mecs. Ha je dois dire qu'elle a marqué un point.
...
Ce qui ne veut pas dire que je trouve mon corps moins répugnant. A vrai dire, je ferais bien encore disparaître quelques kilos, au moins pour arriver aux 50. Je me dis qu'après, si j'y arrive, j'arrête. Enfin, j'arrête. Façon de parler. Disons que je chercherais à me stabiliser à ce poids là. C'est possible que je me sente encore grosse, mais au moins, là, j'arriverais peut-être à faire un compromis entre l'avis des autres et le mien. Ne pas regrossir, mais me stabiliser à un poids mince, mais pas dangereux. Enfin, normalement. Je crois. Peut-être. Je suis morte de fatigue et je me sens débile et stupide. Ouf, demain je vais m'inscrire à une agence d'intérim, Yvann va m'accompagner. Et lundi, Marion revient des Musilac, elle vient chez moi, et on s'attaque à cette foutue recherche. Ce serait bien d'habiter avec elle, oui.
Et sinon quoi d'autre? rien. Du tout. Aucun courage pour faire ma gym du soir. J'ai l'impression de mener la vie que j'ai vue décrite par plusieurs anorexiques de longue date, c'est à dire, horriblement seule, et qui se cramponne à la vie en contrôlant, encore et toujours, la nourriture. Une addiction, ça fait du mal, mais quand il reste plus que ça, ça fait du bien non? on m'a dit une fois que si je m'étais pas scarifiée pendant toutes ces années, si j'avais pas eu cette échappatoire là, je me serais peut-être suicidée. Alors dans une certaine mesure, vive les addictions. M'enfin. De toute façon, que ce soit l'anorexie, la boulimie, la drogue, la scarification, tout ça c'est que le symptôme. "Le symptôme est créé par le patient pour réduire l'angoisse", ai-je appris en cours de psycho. Tout à fait vrai. Horriblement vrai. Le symptôme n'est qu'un compromis, et au début, qu'une conséquence. Après, quand il s'installe, il devient un véritable problème, bien sûr. Merde! je repense beaucoup à Kelly, qui me disait de ne jamais, jamais me faire vomir, et de ne jamais, jamais m'arrêter de manger. Je pense aussi à l'air horrifié de David quand il me disait à quel point j'avais perdu. Moi j'avoue ne pas comprendre, rien du tout. Comment 3 kilos pourraient faire une telle différence? est-ce que j'étais déjà si mince avant? j'en sais rien.
Benoît me manque. Je suis tombée en arrêt sur des photos de lui, je sais plus quand, et ça m'a fait mal au coeur. Merde, Benoît. Mon premier amour. Benoît, Benoît, Benoît. Des fois je sais pas ce que je donnerais pour arriver chez lui, fraîche et pimpante, comme au début, me jeter sur son lit et le serrer très fort dans mes bras. C'était bien. Dommage que ce soit tellement parti en couille après, et je suppose que c'est pas fini, les embrouilles. On va encore bien morfler, tous les deux, je crois. J'ai de nouveau la tête qui tourne. Je crois que je vais me mettre du bon son hypnotique et aller me coucher. Je vais peut-être me faire du thé avant, en espérant que l'eau chaude me redonnera pas la gerbe. soupir. Et si je rappelais Shon, juste pour voir? Je me demande un peu ce qu'il devient.
terreur et culpabilité
12/07/2007 02:14 par lalignenoire
Sainte Marie mère de dieu.
Mais avant tout, commençons par le commencement et racontons cette journée. Tout d'abord, et c'est fantastique, j'ai de nouveau des lunettes et toutes les choses du quotidien m'apparaissent avec une netteté troublante. J'ai un peu l'impression d'être Louis, dans les bouquins d'Anne Rice, quand il vient de se faire transformer en vampire et qu'il découvre le monde avec ses nouveaux yeux : c'est incroyable. Ensuite, j'ai été déposer un CV et une LM à la Maison de la Culture, où je me suis fait accueillir par la femme recommandée par ma psy, qui avait l'air absolument aimable et ça m'a fait chaud au coeur. Enfin, j'ai passé environ 20 minutes au téléphone avec Bruno.
Semble très aimable, ce gars.
Ou plutôt, non. Je vais pas commencer par ça, tiens j'ai plutôt envie de commencer par ma soirée de lundi. J'ai été chez Rej (normalement, il faut écrire "Rage", mais si je l'écris comme ça je vais le prononcer à l'anglaise, [wraidge] et ça va être bizarre alors j'écris Rej) et ça a été un vrai bon moment. Il y avait seulement lui et Trébout et le contact est mieux passé avec eux deux que la dernière fois. Pourtant, la soirée a commencé dans le total trac, en ce qui me concerne. A la base, j'ai flippé parce que Dédé et Fric allaient peut-être venir, et même s'ils sont peut-être des personnes très bien, ils sont quand même à fond dans le mouvement néo nazi, et j'ai moyennement envie de connaître leur réaction si jamais ils apprennent au cours de la soirée que mon père est immigrant, et que par conséquent je suis pas franchement aryenne. Sans parler des blagues débiles sur les Arabes, les Noirs, les Juifs et compagnie, que je trouve pas franchement drôles.
La deuxième source de contrariété a été Benoît. Lui aussi devait venir, mais quand il a su que j'y allais, il m'a envoyé un message pour me dire que bon, il se sentait pas de venir, qu'il me disait ça pour pas que je croie qu'il me hait, mais enfin c'était tout de même assez clair que c'était à cause de moi - "et passez une bonne soirée quand même". Mouais. En gros, il était vexé que je lui pique ses potes. ça peut se comprendre, mais je dois dire que je commence à avoir ma dose d'interdits. Surtout que je me rappelle très bien de sa réaction la fois où je lui avais dit que j'allais manger chez son pote: "ha bon? et en quel honneur?" Suite à quoi j'avais eu droit à une petite morale comme quoi Rej était carrément en manque de meuf et que, s'il avait envie de se caser, il commençait aussi à avoir très envie de baiser.
Pour en revenir à la soirée en elle-même, oui c'était bien. On a un peu parlé de tout et écouté de la musique : c'était tout ce qu'il y avait de plus pépère mais c'était sympa tout de même. Trébout est parti un peu avant moi, et je me suis retrouvée seule chez Rej sans avoir bien compris ce qui se passait. No problemo là non plus; Rej se tourne vers moi, me prête un disque qu'il considère comme la prunelle de ses yeux, me propose sa veste pour rentrer chez moi après (l'orage tonne) et me demande très sérieusement comment je vais en ce moment.
Il en a pas l'air, mais il est adorable.
Je suis rentrée chez moi pas longtemps après, emmitouflée dans une veste noire issue des stocks de l'armée et avec un cd d'un groupe inconnu dans ma poche. Et de très bonne humeur, surtout.
Et donc pour la journée d'aujourd'hui et en revenir à Bruno, voilà. Donc on a parlé pendant un petit moment. Il m'a dit que son taf consistait à apprendre aux touristes à faire du tir à l'arc (le tir à l'arc, c'est sa passion), qu'il revenait sur grenoble dans deux semaines pour passer le week-end, et puis je lui ai aussi raconté un peu ma vie, la recherche de taf, d'appart, qui n'avance pas, et enfin, un peu de tout, quoi. Il a aussi proposé qu'on se voie quand il viendrait et là j'ai paniqué. Benoît va être vert de rage. Surtout que Bruno a proposé de se voir en compagnie de Damien, qui est un autre pote à Benoît. Donc conclusion du jour : je vais me faire assassiner. Non seulement il aura l'impression que je lui pique son meilleur pote (Rej), mais en plus, je m'approprie les autres. Et, horreur de l'horreur suprême, j'oserais revoir Bruno. Je sens venir la gueulante à quinze mètres. Tiens et avec Bruno, on a aussi parlé un peu de Benoît. Alors apparemment, Damien lui a dressé un tableau de en gros ce qui s'était passé, comme quoi c'était très compliqué. Pourquoi Benoît ne l'a pas fait lui-même, va savoir. Toujours est-il que Bruno lui a fait transmettre (pfffou!! c'est hartley coeur à vif ce merdier) qu'il se conduirait avec moi comme avec une pote, point barre. C'est d'ailleurs ce qu'il m'a dit à moi aussi, non, il ne tenterait rien ce serait tout à fait sans ambiguïté. Mouais. Tant mieux, d'une certaine façon, mais moi l'ambiguïté j'y pense carrément. Je crois qu'on règlera ce problème plus tard, pour le moment faut déjà régler le problème de l'amitié. J'ai pas de pure conclusion à apporter ce soir, si ce n'est que je vais me faire assassiner, à moins de rester cloitrée chez moi bien sagement ce que je ne compte pas faire, la suite des aventures sera pour une autre fois.
Non, j'ai un autre sujet de psychotage. Moi et la bouffe, pour changer un peu. J'ai paniqué tout à l'heure. Bon déjà, mon poids me semble être une constante énigme. Chez le doc, il reste stable sur les 53 (d'ailleurs les résultats des analyses étaient plutôt ok, rien d'alarmant sous le soleil). Chez moi, il varie tout le temps. Chez le doc, la seule perte qui s'affiche est de 1 kilo. Rien d'extraordinaire. Sur ma balance, la perte est de 4 kilos. Ah évidemment, c'est pas pareil. Par ailleurs, le doc me soutient que je n'ai rien perdu du tout, ou alors que j'ai une tête de quelqu'un qui a perdu, mais que c'est faux. Bon! mais ils sont beaucoup à le dire, tout de même. Ma psy, David qui avait l'air absolument épouvanté, Ariel, Benoît. Les autres ne disent rien, mis à part que je peux vraiment me permettre de manger comme je veux, et ça depuis le début.
Et mon avis à moi là-dedans? tout d'abord que c'est un énorme chipotage à la con. Ensuite, que chipotage ou pas, on s'en fout, parce que moi je bloque sur la bouffe et que c'est une lutte quotidienne, autant pour manger, que pour ne pas manger, pour compter les calories, pour ne pas compter les calories, pour vomir, pour ne pas vomir. Le merdier quoi.
Pour vous expliquer mes habitudes quand je me mets à psychoter, la première chose que je fais c'est de me peser, la seconde, c'est de me regarder. La dernière est de me toucher. Moi mon avis à moi, c'est que j'ai maigri. Je sais pas pour quelle raison la balance du doc ne l'affiche pas, ni les prises de sang, mais je suis certaine 1) que mes os n'étaient pas autant apparents au dessus de la poitrine 2) ni que je faisais du 80b (hé oui, c'est tout petit) 3) que David n'est pas sujet à des hallucinations. Mais reste le doute. Le Doute. Immonde, vicieux et sans scrupules. Le doute qui me dit que je me trompe. Le Doute qui me dit que si je veux être sûre, la solution est très simple : il faut encore maigrir. Quelle horrible machination. Mais sérieusement, le truc qui m'a fait bondir tout à l'heure, c'est quand je me suis retrouvée en chaussettes devant ma glace, à examiner mon dos. Oui ça va, je sais bien que ça fait no-life ridicule. Ce que j'ai vu m'a largement fait oublier que j'étais en mode no-life ridicule. J'ai tout vu, en fait. Colonne vertebrale, cage thoracique, omoplates. Moi qui voulais me la faire tatouer! y en a pas vraiment besoin. Il suffit que je me penche un tout petit peu et ça y est, on a une carte complète de la géographie de mon dos. J'étais horrifiée et j'ai failli me mettre à chialer devant cette nouvelle preuve d'échec et de bêtise.
Bin oui, d'échec. J'ai à la fois la conviction de devoir maigrir et à la fois la conviction que maigrir est une immonde connerie, surtout dans mon cas. Donc à la fois c'est réjouissant, à la fois voir mes os, bin déjà c'est plutôt moche et absolument pas sexy, et ensuite, ça me prouve que je suis une nouvelle fois en train de faire de la merde avec mon corps. Ce serait pas la première fois, remarque, mais ma dernière grosse lubie corporelle m'a tout de même envoyée aux urgences. En fait, tant qu'elles me sont pas tombées sur la gueule, les conséquences de ce que je peux m'infliger me paraissent parfaitement inexistantes.
Il y a aussi horreur totale sur le fait que mon dos puisse présenter un tableau parfaitement décharné et que mes hanches, mes fesses et mon ventre me semblent toujours aussi gros. Je me sens disproportionnée. Le pire c'est qu'à la base, j'ai toujours voulu maigrir pour perdre au niveau des hanches, et en fait je me retrouve avec une taille de soutif en moins et un dos géographique, et que je fais toujours la même taille de jeans.
...
Ha le point positif de toute cette histoire, c'est que je vomis presque plus. Je réussis à me maintenir à une fois par semaine, c'est très bien. Mais en revanche, je reste à jeun jusqu'à ce que je sois en hypo, généralement en fin d'aprème. Là, je me mets à manger. Au dessus des 800 calories, c'est la honte et la panique totale, d'ailleurs pour aujourd'hui, je veux même pas calculer. Donc comme en ce moment je n'achète presque rien de gras et/ou de vomissable, plutôt des salades, des crèmes desserts (y en a quand même qui ont plus de 150 calories par pot, quelle horreur), des soupes, et que je culpabilise quand même, après j'enchaîne sur la séance sport. Seule ou pas, je trouve toujours le moyen de me bouger les fesses pendant un petit moment. Un petit truc qui me fait plaisir en ce moment, c'est que mes potes me demandent de leur apprendre à danser. C'est vraiment flatteur.
Mais la nourriture reste un problème total. Mon doc est toujours très gentil et cherche toujours à me réconforter, à me montrer les points positifs. Il m'a dit hier que bon, si je faisais une journée de jeûne par semaine (quand je décide de prendre des "vacances"...) bin c'était totalement compréhensible vu la lutte que je fais. Mais il a bien précisé de ne faire ça qu'une fois par semaine maximum. L'interdit étant posé, ma seule envie est bien sûr, de le transgresser. Je sais pas d'où je sors cette obsession à montrer que je suis en mauvaise santé, mais putain, ça me lâche pas.
Franchement, il y a des fois où je désespère. Que je mange ou pas, je suis toujours dans l'extrême. Si c'est trop, je finis par vomir, si c'est pas assez, je crains de trop me décharner, tout en étant vraiment contente de moi. De la même manière, d'un côté ou de l'autre, le malaise me guette. Déjà que j'ai pas une super tension, que ce soit après avoir vomi ou pas mangé pendant un moment, j'ai la tête qui tourne, des vertiges, des tremblements, tout ce que tu veux. Peut-être même que ça me pend au nez, et que faire un bon malaise une bonne fois pour toutes m'aidera à me foutre un coup de pied au derche et à arriver à doser un peu plus. Pour le moment j'en suis incapable. Je ne peux quasimment rien manger de gras parce que ça va déclencher la crise, et du coup la solution la plus simple est de ne pas manger.
J'envie les gens qui peuvent manger leurs trois repas par jour sans se prendre la tête dessus. J'envie Christian et Rej qui considèrent que manger sont la meilleure chose au monde. Je les envie de ne pas me comprendre quand je dis à quel point la nourriture est un calvaire pour moi. Et malgré tout, je suis assez contente. Je veux dire... moi je suis pas diagnostiquée ni anorexique, ni boulimique. Ma psy me l'a dit, je ne suis ni l'un ni l'autre. Parce que contrairement à une anorexique, j'ai la faculté d'angoisser, et contrairement à une boulimique, bin je sais pas, mais en tout cas elle m'a certifiée que je l'étais pas, pas vraiment. Pas encore, du moins, mais je veux pas en arriver là.
Alors je me dis que moi, la merde que toute la nourriture me cause, c'est pas encore au point d'une fille vraiment atteinte. Je les plains, à fond. J'ose même pas imaginer ce que ça doit être, comme calvaire. Quoique à la limite, pour les anorexiques, la souffrance vient surtout quand il s'agit de sortir de la maladie. Là... mon dieu. Je veux même pas y penser. Mais n'empêche que, même à mon niveau, merder avec la bouffe est vraiment une sacrée putain de saloperie. Je mangerais bien des pâtes. Avec du gruyère. Soupir.
...
08/07/2007 18:34 par lalignenoire
hum, hum. Alors, quoi de neuf. On est dimanche fin d'aprème et je devrais aller bosser. Je fais du ménage dans deux auto-écoles, je compte 3h pour le faire, et en gros, en décollant maintenant, j'aurai fini à 21h. Quelque chose me dit que ce soir je vais finir plus tard que ça. Tant pis.
Qu'est-ce qui s'est passé de beau hier? j'ai fini par aller chez Yvann et Franck, pour fêter la réussite de Momo à son CAP, et on a atterri en boîte. C'était pas mal, même si j'ai détesté la musique, les gens qu'il y avait, et les vigiles, qui semblent être de plus en plus cons dans cette boîte. On s'est couchés vers 5h du matin, ou 6h.
Au réveil, je me suis dit que j'en avais foutrement marre d'être célibataire. Je me demande si Seb ne s'attend pas à ce qu'on sorte ensemble, un jour ou l'autre. Moi c'est pas du tout dans mes intentions. Bruno est le seul que j'ai en vue en ce moment. Je psychote et me torture le cerveau pour savoir ce qu'il pense. Le plus simple serait sans doute de lui demander. J'ai assez envie de lui envoyer le genre de texto que je fais quand je cogite, où je pose une série de questions comme ça, sans préambule ni rien. Là ç'aurait été: que penses-tu de moi; qu'est-ce que tu aimes dans la vie; c'est quoi ton boulot à st jean de maurienne; est-ce que ça te plais; sais-tu que je suis sortie avec Benoît pendant deux ans; et est-ce que tu comptes rentrer sur Grenoble pendant les week-ends? Plein de questions intéressantes, quoi. Mais j'ose pas. J'ai autant peur d'être collée que de coller ou d'envahir.
...
J'ai pas tant mangé que ça, hier, finalement. 2 compotes, 1 cookie, un sandwiche fromage/jambon, une tasse de lait + céréales. En fait en le disant ça me paraît énorme : j'aurais pas dû le dire. Pour aujourd'hui: 1 bol de céréales et 2 gâteaux. Je voudrais me dessécher sur place. Dès que j'ai un problème, je réalise que je prends mentalement la décision de ne plus rien manger. Je sais que ça peut paraître incompréhensible, mais faire ce choix là me permet de relâcher la pression, de décompenser. Je regarde mes bras et les os du coude qui commencent à sortir et je me demande ce que je suis en train de faire, comme connerie. Il faudrait que je me pèse, ça a pas été fait aujourd'hui. C'est con. Je vais encore lire un nombre infâmant et ça va me déprimer. Cela dit, maintenant que j'ai eu l'idée...
55. Quelle horreur. Quelle sainte horreur. Je vais plutôt partir faire mon ménage, ça me fera toujours ça de calories en moins. En fait, au bout de huit mois de ce taf, je commence à en avoir marre. C'est toujours pareil, le même rituel. La petite auto-école silencieuse, les serrures qu'il faut bien verrouiller, le code de l'alarme, les poubelles, le coup d'éponge un peu partout. C'est d'autant plus chiant que j'ai pas de lunettes en ce moment et que je vois rien de ce que je fais, du coup c'est au jugé. Heureusement j'ai reçu hier ma carte d'adhérent à la mutuelle, je vais pouvoir m'en occuper dès demain. à la fin de la semaine, avec un peu de chance, j'ai des lunettes potables. Je suis horriblement myope.
On regardait Fashion TV avec les autres, tout à l'heure, et j'ai fantasmé. Pour une fois, les mannequins étaient pas des sacs d'os, mais des vraies femmes, avec des fesses, des seins, des hanches. Et en plus, les fringues étaient magnifiques. ça m'a perturbé. On a dû regarder 3 ou 4 défilés, et je les ai tous trouvés incroyables. C'était dingue de voir des femmes avec des formes mises en valeur, toutes jolies et tout. Je me suis dit qu'en fait, j'avais peut-être pas tant besoin de maigrir que ça. Et puis je me suis retrouvée dans la salle de bain pour me changer, j'ai regardé mon corps, et j'ai eu la certitude que si, moi, il faut que je perde. C'est très fatiguant de n'avoir jamais d'image fixe de soi-même. Hier on est donc allés en boîte, et je portais ma nouvelle mini robe; et tout ce qui en sortait (bras, jambes) me paraissait bien mince et bien proportionné, mais tout ce qui était caché par le tissu me paraissait horrible et moche, un vrai sac à patates. Et aujourd'hui il n'y a plus rien qui me paraisse bien dans mon corps. A part mon visage. Celui là, j'ai mis très longtemps avant de l'accepter, mais en ce moment, j'aime plutôt ma tête. C'est déjà ça hein. Pour le reste, je trouve que tout est beaucoup trop rembourré et gras. On parlait du volume des mannequins avec Jérémie, et il me disait que la norme de l'IMC était entre 20 et 24 (ou 28 je sais plus).
ça, c'est typiquement le genre de sujet qui me fait disjoncter, parce que sur beaucoup de sites, on trouve la norme à partir de 18. Torture infâme. Suivant le premier, je suis en sous poids, suivant le deuxième, je suis normale. Ce qui a pour conséquence de m'inciter à maigrir, pour être en dessous des deux normes, pour être "tranquille", et avoir la preuve, enfin, que je suis mince, trop mince, mais c'est bien. Impossible de se débarrasser de ce genre d'idées une fois qu'elles sont là. Soupir. Je pars. J'ai pas envie. Il faudrait que j'appelle Rej, mais là aussi, j'ai peur de l'envahir. En fait, j'ai toujours peur de coller les gens. J'ai l'impression que je vais toujours déranger, et montrer à quel point je suis nulle puisque j'ai envie/besoin de les voir. J'ai l'impression que le fait de s'imposer est vraiment une erreur énorme. Comment chercher du boulot quand on pense ce genre de trucs? Quand on l'applique même à son corps? honnêtement, je crois que même si j'arrive pas à trouver de taf cette année, j'aurai au moins la satisfaction d'avoir essayé. C'est un peu comme mes partiels: aux rattrapages, je suis arrivée complètement à la masse, sans avoir révisé quoi que ce soit, en ayant failli me tuer quelques jours avant le début des exams, mais tu vois, je suis tout de même contente d'avoir réussi à assister à toutes les épreuves. J'y étais pas arrivée aux deux premiers semestres. Pour la première absence, j'avais méchamment pété un plomb la veille d'un exam, pris un cacheton pour dormir, et j'ai tellement bien dormi, que je me suis pas réveillée. Pour la seconde, c'est un peu plus con, je me suis plantée d'heure. Là au moins, il y a pas eu ça.
Je suis impatiente que Nuny rentre d'Argentine. Elle pourrait me dire que hé, mon année, peu importe que je l'ai ratée, parce que l'année d'avant, j'étais en train de hurler et de me faire droguer dans un hôpital. Elle a toujours cette phrase particulière pour dire "vu d'où tu viens, tu as tellement avancé..." j'adore l'entendre dire ça. Moi je m'en rends pas bien compte. Certes, je vois bien que je suis pas hospitalisée et que j'ai un toit au dessus de ma tête, mais pour le reste... j'ai remplacé la scarification par la nourriture, voilà tout. Et ça ne m'a pas empêchée de faire une sorte de mini TS il y a un mois et demi. Les conséquences ont pas été bien graves, c'est clair, mais ce qu'il y a de grave là-dedans, outre le fait que je sois passée à l'acte, c'est que j'avais réellement envie de mourir. Ou enfin, ça je sais pas, mais j'étais prête à en finir, à tester n'importe quoi et à me contrefoutre des conséquences. J'avais jamais fait quoi que ce soit en ayant cet état d'esprit là. Je me disais que c'est bon, j'avais eu ma dose de tout, et qu'il était l'heure d'arrêter. J'étais sereine. J'étais toujours carrément sereine quand j'étais défoncée et que je me charcutais les bras. J'aurais été dans un sale état s'il y avait eu besoin de points. Parce que j'aurais appelé personne et que je me serais endormie, à cause des somnifères. Enfin... peut-être qu'au fond je voulais pas vraiment crever. Après tout, j'ai juste avalé 2 somnifères (heureusement, heureusement qu'il m'en restait pas plus), mais pas de calmants (parce que là il m'en reste une sacrée dose), et je me suis scarifiée, mais j'ai rien réussi à faire de grave. Alors je suppose que j'avais pas envie de mourir. Juste de voir ce que ça faisait, de s'en rapprocher un peu. Je me rappelle que j'avais trop la mort en me réveillant, et en me disant que j'étais encore là. J'étais prête à refaire la même chose le soir suivant - mais j'avais plus de somnifères et je trouvais ça un peu con. Surtout que ma psy et Benoît étaient au courant de ce que j'avais fait (une fois défoncée, j'ai envoyé des textos à tout le monde) et que je me suis dit que j'allais me faire tuer si je faisais ça trois jours de suite. Alors j'ai appelé Benoît et il est arrivé direct. Je lui ai pleuré dessus et on est allés manger, le premier repas que je faisais depuis plus de 24h. J'ai failli en faire une crise de boulimie, d'ailleurs, mais bon, il m'a stoppée net en le disant. Après, je suis partie chez Marie. ça me fait bizarre d'y repenser. Peut-être qu'il fallait passer par là, après tout. je sais pas. c'est déprimant, cette discussion. Ce coup-ci je pars vraiment.
doom
07/07/2007 18:05 par lalignenoire
Samedi, 17h 09
fond sonore: Hellraiser, Suicide commando
J'émerge. Journée d'inactivité et de vide total. Journée de restriction aussi. Je n'ai encore rien mangé et je commence à avoir la tête qui tourne. Pourquoi? parce que. Parce que je sais pas. Parce que je me suis tellement sentie dépassée par la nourriture ces derniers jours que j'ai besoin de reprendre le contrôle, voilà tout. ça me rassure. Je suis pas à la merci de la nourriture, je suis plus forte que ça. Illusion dérisoire et morbide. La balance (la mienne) affiche 53 kilos. Hier elle était à 56. J'y comprends rien. Il paraît qu'il faut se peser qu'une fois par semaine, sinon ça veut rien dire. Je voudrais bien, mais je peux pas m'en empêcher.
Je cogite. Plutôt mes mecs, aujourd'hui.
J'ai envie de rappeler Rej, comme ça. à chaque fois qu'on parle sur msn, il me propose de venir manger chez lui, ou d'aller boire un verre, tranquillement. Pour le moment, j'ai fait qu'une seule virée quelque part avec lui, sans Benoît. Rej représente parfaitement le genre de mecs qui me fait me demander par quel miracle il accepte ma présence. Rej, nerveux, sec, la boule à zéro, toujours très décidé, parfaitement égoïste quand il le veut, et parfois un miracle de gentillesse, quand il le veut aussi. Rej, qui pense extrême droite et traîne, semble-t-il, avec de plus en plus de nazis. Rej qui est toujours gentil avec moi. Je pourrais le rappeler. Ce serait bien. J'ai toujours un peu peur de le faire, peur que par un soudain revirement de situation, il se mette à me haïr et à me mépriser. Je sais jamais ce qu'il pense, et j'ai pendant longtemps cru qu'il me détestait, avant qu'il vienne un soir me demander des conseils sur sa relation avec une de mes copines. On verra bien.
Seb. Seb, Seb, Seb. Je l'ai vu jeudi soir, on a passé la soirée et la nuit ensemble. J'arrive pas à le cerner, j'y comprends rien. Toujours est-il que ces derniers jours, je me sens collée par lui. J'ai droit à plusieurs textos par jour et il insiste pour que je vienne chez lui. J'en ai marre. Il faudrait peut-être le lui dire. On a beau avoir une relation pour le moins ambigüe, il est hors de question pour moi de m'engager avec lui. Il me rendrait barge en trois jours. Ce mec, tout aimable qu'il soit, a tendance à me faire disparaître et dissoudre.
Benoît. Toujours pas de nouvelles. Enfin si, je sais qu'il a pas eu son année, officiellement. C'est pas une grande surprise. J'ai envie de lui. J'ai envie de le voir, et à la fois, non. ça serait trop douloureux. Ma psy me dit que moi, j'ai beaucoup évolué, mais que là où il est, là où il reste, je peux plus le suivre, sous peine de me refoutre dans la merde moi aussi. Elle a aussi dit... qu'il avait un problème "pathologique" avec la violence, et qu'il devrait s'en occuper. Le mot pathologique m'a fait froid dans le dos. Je sais qu'il a des problèmes, mais j'aurais pas mis la violence comme soucis principal. Je l'aurais plutôt mis en conséquence du reste. Elle a aussi dit que je devais pas le prévenir si je décidais de revoir Bruno. Pour plusieurs raisons: ne pas lui faire du mal et retourner le couteau dans la plaie, pour ne pas rester attachée à lui du côté morbide de la chose (ça peut durer trois ans comme ça, à me priver pour sa santé mentale) et enfin, pour ne pas me couper d'un soutien précieux avant d'en avoir trouvé un autre. ça m'a sciée qu'elle dise ça. Je suis du coup encore plus larguée qu'au début.Elle a raison sur le fait que son mal-être a tendance à m'attacher à lui et à me faire faire un peu ce qu'il veut, et aussi sur le fait que je peux pas continuer là-dedans. Je sais pas si c'est très clair, mais elle a dit ça suite à mon coup de panique de l'autre jour, où je me suis demandé s'il s'était pas suicidé. Bien sûr que ça me fout des bâtons dans les roues. Au moindre faux pas de ma part, je porte la culpabilité de me demander s'il va pas en finir. C'est totalement malsain, et c'est pour sortir de ça qu'elle me conseille de ne rien dire, du moins, si rien de sérieux ne se passe avec Bruno. Moi je sais pas quoi penser. Je voudrais juste qu'il se prenne en mains, ça m'arrangerait et me soulagerait beaucoup.
Et Bruno, enfin. Je lui ai envoyé un petit texto l'autre soir, juste pour lui dire que je l'avais pas oublié. La réponse m'a paru assez énigmatique, et je me suis demandé si je m'étais pas fait des films sur toute la ligne. Je sais plus si je l'ai dit ou pas, mais à la base, la raison pour laquelle il m'a donné son numéro était de me donner des cours de maths, étant donné qu'il fait une école d'ingénieur et que moi je rame en tout ce qui a l'air de près ou de loin scientifique. Mais si on recoupe les divers éléments de la soirée, le fait qu'il m'ait demandé si je voulais dormir sur ou sous lui (??), que je l'ai surpris en train de me regarder un certain nombre de fois alors que j'essayais de dormir (seule), qu'il m'ait fournie en clopes toute la soirée et qu'il ait dit à Benoît qu'il me trouvait très charmante, je me suis dit que les cours de maths n'étaient qu'un bon prétexte. hum. Voilà la réponse, texto : "ça va et toi? ya pas de pb pour cke jt'ai dit l'autre soir (les cours de maths?? il me semble pas qu'on ait dit quoi que ce soit d'autre, en fait), mais pas avant septembre... vu que jme suis trouvé un taf vers st jean de maurienne et kji suis jusqu'au 31 août. bisous à bientot".
...
Je réfléchis et je me demande pourquoi, tout bêtement, je lui ai pas envoyé un texto demandant ce qu'il entendait par "ce qu'il m'a dit l'autre soir". Stupide. Je devais être un peu perturbée sans doute. Ma réponse a été assez courte et pas vraiment chaleureuse, ça par contre j'ai pas vraiment fait attention. Quand je sais pas si je peux faire confiance ou pas, je prends très vite mes distances, de même que quand j'ai peur d'être collée. C'est insupportable. C'est même THE truc qui me fait fuir.
Dernier mec dans la liste: David. Non pas David l'infirmier, David le punk qui a un chien qui s'appelle Grabuge. Je l'ai revu. ça arrive régulièrement étant donné qu'on habite dans le même quartier. Il m'a dit qu'il glandait un peu en ce moment, et qu'il préparait une fête pour mardi soir, cause il va faire son anniversaire - 28 ans. Bon dieu, c'est vieux ça.
Alors pour expliquer un peu d'où je le sors, celui là, voilà. On s'est rencontrés vite fait l'an dernier, un peu à la même période, alors que j'étais en permission hors de l'hôpital, j'étais allée à la Fnac pour claquer des thunes et il était là, assis par terre. Je crois qu'il m'a taxé une clope, mais je me rappelle très bien que sa deuxième question avait été "pourquoi tu te fais ça aux bras?" Je venais de me faire ma deuxième méga balafre et j'avais des bandages blancs sur toute la longueur des avant-bras. Je sais plus ce que je lui avais dit, mais en tout cas il avait proposé de venir me voir à l'hosto, si j'avais envie, et j'avais dit que non. C'était déjà suffisamment le merdier entre Yoann et Benoît (je venais de le tromper... et de rompre), il y avait aussi Fred et Stéphane qui me couraient après, sans parler de Seb l'infirmier avec qui c'était un peu ambigu, et je me suis dit que j'avais pas envie d'en rajouter un 6ème. Ou plus parce qu'il y avait aussi l'étudiant en psycho, Ulysse, et un autre infirmier dont j'aurais bien fait mon quatre heures.
On s'est recroisés il y a deux mois, reconnus, échangé les numéros et tout. Suite à quoi, je l'ai rappelé, on a passé une aprème ensemble, aprème qu'il a passé à me demander quel était mon genre de mecs, à me demander si j'avais peur de lui (j'étais très sur mes gardes, comme d'habitude), puis on avait été chez lui, écouté de la zique; il m'avait montré des photos de ses ex nues, choses dont j'avais rien à foutre du tout, m'avait parlé de sa vie et de la mienne. Des fois je me dis que je livre trop, trop vite. J'avais pas aimé une certaine remarque sur ma mère, comme quoi il fallait que j'accepte mes torts moi aussi et ensuite tout s'arrangerait. J'ai eu envie de l'esquinter. Je m'étais cassée en prétextant avoir autre chose à faire, et tchao.
J'avais passé la semaine suivante en total trip asocial et boulimique, et il a passé la semaine à essayer de me joindre sauf que je répondais pas au téléphone. Il était très vexé, jusqu'à ce que je lui envoie un message comme quoi ça servait à rien de s'acharner, j'avais pas envie, et si j'avais envie, il le saurait. Point barre. En fait je suis en train de me dire que les mecs qui me plaisent, c'est à moi de les apprivoiser, pas le contraire. Je déteste qu'on me colle, qu'on me dise quoi penser, quoi faire, qu'on se permette de me juger sans savoir pourquoi je fais telle ou telle chose.
Alors du coup je me demande si je le rappelle ou pas, le David. Il est gentil, et je pense qu'il est honnête aussi. Mais s'il a envie de me sauter, c'est mort d'avance. Et puis bof. Je sais pas ce que je foutrais parmi ses potes, qui sont tous plus ou moins à la rue. Les mecs, passe encore, ils sont ceux qui m'abordent le plus quand je glande au centre ville, mais les nanas me terrorisent. Ils sont tous sur la défensive, et moi j'arrive là, plus jeune, avec des fringues de bonne qualité, toute proprette et innocente, et j'ai l'impression que je vais, soit me faire bizuter, soit me faire jeter proprement. Donc bof. Je crois pas que je vais rappeler.
ça me rappelle une conversation avec ma psy, il y a peu de temps. J'étais en train de lui expliquer avec quelles personnes je me sentais bien ou pas (c'était pendant la période asociale, je crois), et je lui disais qu'il y avait donc, Benoît, comme toujours, Marion et ses potes, Yvann et ses potes. C'était aussi le moment où je me demandais si je rappelais David, Seb l'actuel, Seb l'infirmier (je venais d'avoir de ses nouvelles), et Shon (un pote de fac dont la colocataire m'aurait bien fait goûter), et j'avais fini par conclure que non, j'allais rappeler personne de ceux là, parce que tous, ils voulaient quelque chose de moi. Pas forcément du cul, mais plutôt de l'attention, de l'amour, de l'écoute, n'importe quoi, et que j'avais rien envie de lâcher. Leurs attentes, j'en voulais pas. Ce qui fait qu'il n'y a que Seb que j'ai fini par rappeler, au bout de quelques semaines. Je regrette pas de l'avoir fait, mais il y a quelques trucs qu'il va falloir mettre au clair, je crois. J'aimerais bien aussi qu'il me rende mes mangas et les dvds que je lui ai passé.
En attendant... j'ai toujours pas envie de manger. J'ai la tête qui tourne, ça y est. J'ai à la fois le sentiment de faire une connerie, et en même temps... qu'est-ce que c'est agréable, de pas penser à la nourriture, de la faire sortir de ma vie. C'est presque comme des vacances. Pas de culpabilité, rien que l'impression de devenir mince et d'avoir le contrôle. Pas de questionnement sur les calories, les fringues qui vont cacher mon ventre etc, rien du tout. Je me demande ce que je vais faire, maintenant. Ce serait bien de sortir faire un tour quelque part, mais bof. Seule ça me donne pas vraiment envie. Mais accompagnée, je vais manger et j'en ai pas envie. J'ai pas non plus envie de sortir pour me rendre compte que je vacille et qu'il faut manger. C'est mieux de ne dépenser aucune énergie et de ne pas manger aussi. Enfin... en quelque sorte. ce que je comprends pas, par contre, c'est pourquoi j'ai les mains qui tremblent.
barbie sanguinaire
04/07/2007 20:44 par lalignenoire
Hum. J'avance doucement dans la recherche de boulot; j'ai postulé pour faire les vendanges fin août, pour deux postes de ménage cet été, et je suis en train de préparer CVs et lettres de motive pour faire ouvreuse dans des cinémas ou à la maison de la culture. Ce serait bien, ça. Vraiment bien. Enfin bon.
J'ai toujours trouvé que faire des lettres de motive relevait de la plus haute hypocrisie. Je pense que si on avait pas tous autant besoin de thunes, on se casserait pas la tête à rechercher du boulot. Surtout des lettres de motivation pour des petits boulots, c'est encore plus drôle. Bonjour, j'ai besoin de thunes prenez moi, voilà ce qu'on a tous envie de dire dedans. Surtout si c'est pour récurer des toilettes. Dire que ça va nous plaire et compagnie, c'est superflu : on sait forcément que ça va pas nous plaire, dans l'ensemble. Bref, passons.
Quoi d'autre. Une crise aujourd'hui, après avoir paniqué par rapport à Benoît, son blog laissait entendre qu'il allait se flinguer, j'ai eu très peur. ça a été une crise "glissante", où je me suis pas bien sentie partir, et puis tout d'un coup, après avoir avalé 2 sandwiche et la fin d'une tablette de chocolat, je me suis retrouvée en train de faire des courses, et j'ai compris que j'étais en crise. J'espère que ce sera la seule crise de la semaine. C'est crevant de vomir et je dors déjà pas beaucoup, sans parler du fait que j'ai peur de perdre ma psy si j'arrive pas à me retenir. Elle a dit l'autre jour qu'elle préférait que je mange pas plutôt que je me fasse vomir, quitte à choisir entre les deux. Peut-être parce que là, y a pas de passage à l'acte, au moins. Bon, j'ai pris note, et si à un moment je me sens avoir le choix, j'essaierai plutôt de rester à jeun et à huit milles kilomètres de toute source de nourriture.
J'ai été chez le doc, hier. Comme prévu, l'une des premières choses qu'il a faites, a été de me mettre sur la balance. Surprise et hallucination: 53 kilos. Bizarrement, dans ses carnets il avait marqué comme poids de base 54 ou 55 kilos. Moi j'avais retenu 56, 57. ça me fait chier de psychoter comme ça pour des différences aussi légères, mais enfin je peux pas m'en empêcher. 53, donc. Il a dit lui aussi que j'avais un peu perdu. Puis il a pris ma tension (à 10, c'est petit), puis après divers examens, propose une prise de sang. Bon bin allez, puisque lui aussi le dit. Il me demande ce que je mange. Des compotes, principalement. Des soupes, aussi. Des salades. Ou des trucs gras, mais en petites quantités - si je suis pas en crise bien sûr. Mmh, il est pas très enthousiasmé par mes menus, mais c'est pas la première fois. Ni la dernière, je le revois la semaine prochaine pour les résultats des globules. 53. C'est plutôt mince ça non? Ouais. enfin ça fait un résultat normal, quoi. Mince, mais normal. Bon sang, je voudrais tellement être maigre. Qu'on ne me voie pas sous mes fringues, ne pas prendre de place et avoir les os qui sortent. Oui c'est moche, tant pis. Oui c'est pas bon pour la santé aussi, je sais bien. 53! et ma balance à moi qui m'affiche 2 kilos de plus. J'aurais peut-être dû en prendre une plus chère et mieux réglée. La sienne est sans doute la mieux, vu qu'il est doc. Je me demande ce que mes globules vont dire sur moi.
Bon et à part ça, on en est où? Je suis contente, j'ai trouvé un pote qui veut bien me prêter une scie. Pour découper mes poupées, c'est pratique, leur plastique est plutôt dur. Je vais finir par avoir un musée des horreurs chez moi. C'est la 3ème barbie à laquelle je m'attaque et je regarde à chaque fois l'évolution qu'il y a entre elles. La première, que j'avais faite quand j'étais encore chez ma mère, a fini complètement coupée de partout, avec du sang sur la gueule et des inscriptions sataniques dans le dos. Je lui ai coupé un bras et une jambe, aussi. La seconde, faite à l'hôpital, pendant le deuxième séjour, a été entièrement peinte en blanc. Elle a aussi du sang un peu partout. Les deux ont du sang entre les jambes. Je me rappelle de la réaction de la pauvre femme de ménage en entrant dans la salle de bain, où j'avais mis ma barbie à sécher. Elle avait hurlé et demandé ce que c'était ce truc. C'était bien, c'était le moment où j'avais une chambre pour moi toute seule. Ce qui était moins bien, c'est que personne n'alertait les infirmiers quand je pétais un plomb. Enfin, c'est du passé tout ça.
Je parlais l'autre jour de mes poupées à ma psy, justement. Elle a ri et a trouvé que c'était une excellante idée. Je décharge mes pulsions sur elles, pas sur moi, c'est super. Elle est d'ailleurs prête à essayer de me fournir en vieilles barbies, si ça se trouve, demain je vais revenir de son cabinet avec une caisse remplie de poupées. Ce serait trop bien. Des fois en les mutilant, j'ai les larmes aux yeux. Je suis toujours dans un état second quand je m'attaque à elles. Je crois que je supporterais pas de les perdre.
Quelques fois je me fais penser à Drusilla, lol. Complètement malsaine et morbide, et en même temps, un peu gamine. Des fois mes potes me disent ce genre de trucs, quand par exemple je sors des obsénités pas possible, il paraît que j'ai une tête toute mignonne, comme une gosse qui demande un bonbon, tout en décrivant des jets de tripes et des hématomes sanglants. Moi je m'en rends pas vraiment compte, ça sort comme ça.
Je m'égare, je parlais de mes poupées. Elles ont toutes eu du sang entre les jambes, jusque là. Je disais à Mme Brainstorm que c'était comme si elles avaient été violées, et puis j'ai enchaîné avec ma propre mère. J'ai dit que j'avais souvent eu le sentiment d'avoir été violée par elle - et à ma grande horreur, ma psy a confirmé. Jamais rien de physique, mais disons que ma mère avait le chic pour m'expliquer un truc horrible, genre, la symbolique de la chambre d'une petite fille, ainsi que la porte, pour le transgresser et faire exactement ce qu'elle venait de me décrire, sans réaliser quoi que ce soit d'ailleurs. Du coup quand on "jouait", toujours à des jeux de rôles, et que je courais me réfugier dans ma chambre, il y avait souvent un moment où je prenais vraiment peur, et où ma mère forçait l'entrée de la chambre pour entrer. Là c'était horrible pour moi. C'était pareil quand elle me parlait des traditions religieuses musulmanes, comme quoi on montrait le sang perdu par la jeune mariée lors de son dépucelage, ou comme la fois où elle m'avait montré ses propres revues porno - j'avais demandé à quoi ressemblait un homme nu. J'étais horrifiée. Surtout que, en ce qui concerne le dépucelage, les jeux de rôles reproduisaient ce genre de trucs aussi. J'étais en primaire. Beurk. J'ai des frissons de dégoût rien que d'y penser. Alors mes barbies ont toutes été violées aussi. La prochaine, je vais lui couper la machoire et les seins, quand j'aurai ma scie.
J'aimerais bien rappeler Bruno.
dégoût
02/07/2007 18:25 par lalignenoire
Bon dieu ce que je me sens grosse. Horrible et grosse. Avalé aujourd'hui : 1 twix, 1 crème dessert aux fruits, 1/2 part de pizza, 1/2 cookie (de boulangerie). Et du jus d'orange. Je me sens énorme, bordel. Pourquoi les gens ne voient-ils pas à quel point j'ai besoin de maigrir? pourquoi est-ce qu'ils veulent tous me nourrir? j'ai l'impression que chaque personne qui me dit ça a un vrai problème grave dans sa tête et qu'ils refusent de voir la vérité en face, le fait que je suis large, que j'ai trop de cuisses, trop de fesses, trop de hanches, que je devrais arrêter de manger, point barre. Merde!
J'ai fait des photos l'autre jour. Dans l'idée désespérée de voir à quoi ressemble mon corps, je passe mon temps à le photographier. J'ai pris des pauses où on voit les os et je n'ai photographié que ça : hanches, ventre, cuisses. On voit les os. Pas beaucoup, juste un peu, mais quand même. Et c'est pas assez! j'ai l'impression que pour être bien, pour que j'aie l'air bien avec des fringues et dans des poses normales il faudrait encore perdre beaucoup!! merde de merde!
J'ai eu Marie au téléphone il y a quatre secondes et elle m'a dit : appelle Bruno comme ça il te dira que t'es mince! ouais! mais je le ferai pas sans prévenir Benoît d'abord. Et j'ai pas les couilles. Du tout. Ou enfin... pas maintenant. Ah! Benoît! ce que je peux penser à lui en ce moment c'est dingue. ça s'arrête pas. ça fait Benoît, Bruno, Benoît, Bruno, Benoît, Benoît, Bruno, Benoît, Benoît, Bruno, et avec les éternelles questions sur la bouffe, le boulot, la recherche d'appart et l'avenir en général, à force je fais overdose. C'est chiant. J'aimerais avoir la science infuse et savoir tout de suite ce qui est juste ou bon pour moi et le faire comme ça, tout de suite, sans avoir besoin de tergiverser pendant cinquante ans. Ma psy a dit que Bruno avait l'air d'être un "bon parti". ça m'a fait rire sur le coup mais ça me fait cogiter encore plus.
ohlala! et demain je vois mon médecin. On va encore parler de tout ce merdier, le sommeil, les somnifères, les anxiolytiques, la pilule, la nourriture. Je vais morfler. Je vais aussi sûrement me faire peser. Et comme toujours, je vais avoir eu l'impression de perdre, et en grimpant sur la balance, sur la sienne, je vais voir que je suis toujours au même poids: 56 ou 57. Horreur et damnation. Chez moi suivant les jours et les heures c'est soit 54,5 soit 55,5. Je déteste être au-dessus de 55. Et pourtant tout ça ne sont que des fluctuations qui se voient même pas.
Et après le médecin, je vais faire des analyses sanguines. Je flippe ma race. En ce moment j'ai souvent des moments où je me demande si je vais pas tourner de l'oeil, des coups de chaud et des accélérations du coeur, c'est très chiant, surtout que je sais pas bien à quoi c'est dû. La tête qui tourne, ça va, je connais, c'est quand j'ai pas mangé, mais ça, je vois pas. ça arrive que j'aie mangé ou non. Mystère.
Je voulais encore dire un dernier truc mais je m'en souviens plus. Tant pis. De toute façon il faut que je me casse. Je vais faire des photocopies et acheter des timbres, pour pouvoir envoyer des CVs un peu partout. C'est toujours plus facile que de téléphoner.
suite
01/07/2007 16:03 par lalignenoire
15h 11, j'émerge doucement.
J'ai la tête dans le cul c'est impressionnant. Trop envie d'aller me recoucher. J'ai enchaîné deux ou trois soirées de suite ces derniers jours. Vendredi soir, dodo chez Seb, où on s'est couchés assez tard. Samedi soir, virée boîte avec Marie. Très bonne soirée d'ailleurs, où tout le monde a admiré notre façon de danser: résultat, on a gagné 2 entrées gratuites dans cette même boîte, le barman nous a fait boire à l'oeil quasi toute la soirée, nous a invitées à une after, et à la fin, le DJ, le mec des vestiaires et le barman nous ont félicitées d'avoir mis "le feu à la piste de danse". ça c'est la classe.
Et hier soir, c'était l'anniv à Matt, un pote à Marion. Il avait loué une salle pour ses 20 ans. Au début, en ce qui me concerne ça a été plutôt mauvais. J'ai badé sec, d'abord parce que j'avais trop mangé et je me sentais aussi large qu'un hippopotame, ensuite parce que je trouvais personne de vraiment intéressant et que du coup ça me laissait du temps libre pour penser, donc je me suis mise à penser à Benoît, comme toujours depuis une semaine, et je me suis dit qu'il aurait haï toute cette soirée et tous les gens qu'il y avait dedans. Enfin, je connaissais personne.
Bon au final, j'ai réussi à passer une soirée ok, même si maintenant je m'interroge deux fois plus sur mes rapports avec les mecs en général. Cette nuit je me sentais trop pas à ma place. Je comprends mal les milieux où il y a autant de filles que de garçons parce que du coup chacun a sa place particulière à prendre - et que comme toujours, j'ai l'impression de passer pour une conne. Y a pas à dire, là où je me sens le mieux c'est, soit avec Yvann, Franck et Morgane (là, n'importe qui peut arriver, je sais que je vais passer une bonne soirée, on se connaît tous bien et je les adore), soit en compagnie de Benoît, seul ou avec ses potes. J'aime le fait qu'être fille m'apporte un statut particulier: celui de fille. Je repense souvent à cette période, juste avant les exams, où je courais partout comme une dingue et où je venais de rompre avec Benoît. Je me sentais devenir à moitié barjo et je sais pas exactement pourquoi. Disons que dans les groupes "normaux" si j'ose dire, là où j'ai une place à prendre, comme je sais pas comment faire, je prends la place à laquelle tout le monde s'attend; je rentre dans le désir du groupe, l'analyse, et fait tout ce que je peux pour y correspondre. Résultat, le groupe m'adore mais moi je ressors vidée, déboussolée et sans aucune idée de qui je suis et de comment je m'appelle.
Dans des groupes où il y a un sens de la hiérarchie plus élevé et une majorité de mecs, j'ai déjà une place très définie et c'est beaucoup plus simple. Leur présence me renseigne déjà un minimum sur ce que je suis, ce que je suis censée faire et ce que je ne dois pas faire. ça me maintient dans une sorte de boîte, où j'ai le droit d'être moi-même mais où je suis malgré tout fixée quelque part. Je sais pas si je suis très claire. Disons qu'avec ce genre de personnes, fières et élitistes, je sais qu'il y a des choses qui se font pas, genre s'insulter, se balancer des verres d'eau à la gueule et compagnie. Et ça me force à garder les pieds sur terre. Donc là quand j'en ressors, bin non j'ai pas oublié toutes mes prises de têtes ni rien, mais je sais qui je suis, ce que je vaux, ce que je fais. En fait on pourrait dire que d'une certaine façon, je me cale toujours dans les attentes des groupes où je suis, et que suivant les groupes, soit ça va me dévarier complètement parce que ça me correspondra pas, ou parce que ça m'aidera pas en tout cas; soit ça va me poser et me garder un certain cadre de vie.
ça me fait penser à Seb, aussi. Seb je l'aime vraiment bien et j'ai de l'estime pour lui. Il est sympa, intelligent, charmant, pas superficiel, bref, plein de qualités. Mais j'ai compris qu'il fallait pas trop que je traîne avec lui parce que sa présence a pas tendance à me poser, justement. Seb est un mec très, très libre, et même si j'ai aussi une place définie avec lui, il part dans tous les sens. Là aussi, je sais pas bien comment exprimer ça. Disons qu'il délire beaucoup et souvent et que moi à côté, je suis le mouvement, je rigole bien - mais je deviens dingue. Et puis il a une présence très forte, ce qui fait que j'ai beaucoup de mal à garder une individualité avec lui.
Je me demande si je vais garder ce schéma de relations toute ma vie. Pour le moment, en fait, je me sens pas du tout adaptable. Ma psy m'a d'ailleurs dit une fois que c'était mon problème: je peux m'adapter à tout le monde en surface, quitte à y laisser ma peau. C'est ce que ma mère et ma famille m'ont appris, n'est-ce pas? si quelque chose cloche dans une relation, ça vient forcément de moi et je dois forcément faire quelque chose pour arranger ça. Je suppose que quand j'irai mieux, quand je saurai un peu plus qui je suis, j'aurai moins besoin d'être gardée dans un cadre. Là, sans cadre, je m'écroule. Heureusement, heureusement qu'il y a mon éducatrice, David et Nuny. Et ma psy, mais là c'est pas le même genre de relation.
Je me demande aussi quels sont les autres critères pour qu'un mec me plaise. C'est pas possible qu'il y ait que cette histoire de hiérarchie, non? sinon je serais tombée amoureuse de tous les potes à Benoît. Alors qu'est ce qu'il faut d'autre? Du métal. Je sais pas si je pourrais vraiment m'accrocher si on a pas ce trip en commun. Pouvoir aller à des concerts et hurler et se déchaîner ensemble, ça c'est bien. Et pouvoir avoir des vraies discussions aussi, c'est important. Pouvoir avoir les mêmes lubies, et des coups de nerfs et de coeur qui vont dans le même sens.
Tout ça, je l'ai eu avec Benoît. Plus je pense à lui et plus je me demande s'il est vraiment remplaçable. Comme je le disais je sais plus où, peut-être dans mon journal, il a placé la barre très, très, très haut. Alors évidemment... ça paraît logique que ses concurrents directs puisse être ses potes. Arf.
Et je me demande à quel point ça va influencer ou pas mes sentiments vis à vis des membres du "bon groupe", tout ça. Je sais que je vais forcément ressentir une certaine reconnaissance envers eux. Surtout que généralement, dans les groupes de mecs métalleux et tout et tout, étant la seule fille, je me fais chouchouter à mort, tout le monde est galant. Bah ça veut pas dire qu'on va forcément me prendre avec des pincettes et tout le monde est très franc aussi, mais disons que dans cette ambiance là, envoyer quelqu'un se faire voir ou lui dire ma façon de penser, ça me dérange pas. ça me semble plutôt naturel, en fait.
bilans
29/06/2007 21:12 par lalignenoire
Le moral est remonté, aujourd'hui. Je suis pas si nulle que ça en fin de compte. Il y a juste encore beaucoup de sujets de cogitations, mais aujourd'hui j'ai envie de parler que d'un seul. La bouffe. Oui oui, je sais, c'est toujours la même chose, ça revient tout le temps. Que voulez vous? même quand je n'y pense pas, je suis bien obligée d'y penser puisque la nourriture est un problème quotidien.
Vu mon éducatrice aujourd'hui. Je lui ai parlé des doutes de David et de son envie que je me fasse analyser les globules, et elle a confirmé. Oui j'ai maigri, même si je le vois pas vraiment. Elle trouve même que j'ai beaucoup maigri, et que je ferais bien de reprendre du poids. "Vous avez les joues toutes creuses maintenant". Elle a même dit le mot "maigre". Moi, maigre? mais comment? pourquoi? j'ai l'impression d'être frappée d'ignominie quand on me dit ça, et pourtant, je sens cette réjouissance malsaine à l'entendre. Ahah! j'ai maigri! vous voyez bien que je pouvais le faire! et plus bas il y a encore une petite voix qui dit: alors, on s'inquiète pour moi maintenant???
oui je sais c'est mal. Je devrais pas chercher à montrer mon mal être, mais plutôt à le faire entendre, par des mots. Mais j'y arrive pas. Et puis je suis contente. Maigri. Mince. Fine. Les gens ont encore plus envie de me nourrir maintenant. Manque de pot, moi j'ai encore envie de perdre. Ce qui me fait peur dans l'histoire, c'est qu'au delà de la joie morbide que ça me procure, c'est ma santé que je mets en jeu. Là est le soucis. Le second soucis, c'est que j'arrive pas à y croire. Pour moi, je suis et resterai en bonne santé, je vois bien que j'ai pas les os qui dépassent de partout, qu'il me reste des cheveux sur la tête, des dents dans la bouche, que j'ai pas ce teint crayeux tipique des gens sous alimentés, alors à quoi bon s'inquiéter? je suis juste fine, voilà tout.
Mais voilà, si j'étais seulement fine, tout irait bien. Le problème c'est que c'est pas encore assez. Je me dis, oui, hum, c'est pas mal, mais enfin, ça pourrait être mieux - et je surveille la balance et les calories. L'un des autres problèmes que ça cause, c'est que moins je mange et moins j'ai envie de manger. ça aussi, ça me fait peur. L'autre jour, j'ai avalé un brownie, un petit, et j'ai eu envie de vomir. Non pas envie de me faire vomir, mais ce véritable sentiment nauséeux de quelqu'un qui vient de faire un bon repas et qui a un peu trop mangé. Je sais bien que c'était pas le cas. L'un des autres avantages de ne rien manger, c'est que quand on mange, on peut tout se permettre. Du coup voilà, aujourd'hui, la seule chose que j'ai avalée, c'est 2 pains au chocolat. ah ça, vous qui êtes au régime et qui faites 3 repas par jour, vous pouvez pas vous le permettre. Moi oui. Puisque je ne mange rien, ce que je mange doit être le plus calorique possible, si je veux continuer à tenir debout.
Mais tout ça est mauvais, mauvais, mauvais! je veux pas crever de dénutrition! je veux pas ressembler à un squelette! et ce soir je sors, je vais en boîte avec une copine. C'est très bien, mais il y aura de l'effort physique: il faudra manger avant. Et j'ai pas faim. Ou plutôt, pas d'appétit. Il y a un brugnon devant moi depuis un quart d'heure, et depuis un quart d'heure je me dis: dans cinq minutes, pas tout de suite. ça peut durer des heures ce petit jeu là.
C'est dingue comme le fait d'avoir des troubles du comportement alimentaire nous fait tout prévoir. Genre, je vais chez telle personne, je sais qu'il y aura à manger et que je pourrai pas m'empêcher d'en prendre, alors je vais rester à jeun pendant, disons, douze heures avant, pour pouvoir me le permettre. je me demande comment je vais me sortir de cette galère. Hier j'ai dormi chez un pote, et il y avait un autre ami à lui présent. Ils ont fait à manger. S. prépare toujours quelque chose de bon quand il reçoit des invités, et en plus il cuisine très bien, c'est agréable. A chaque fois je craque. bref. Qu'est-ce que j'avais mangé avant? aucun souvenir, mais toujours est-il que quand je suis arrivée, j'avais beaucoup bu (de jus d'orange...) et je me sentais parfaitement calée. Donc, pas de repas pour moi. Comment il s'appelait son pote? Camille. Oui, Camille. J'étais pas là depuis vingt minutes que j'entendais déjà "bin pourtant tu peux largement te le permettre, de manger..." et vlan, dans la gueule. Grossis ma vieille, t'en a besoin. Encore un truc que j'ai remarqué: je peux pas m'empêcher de parler de nourriture en public. Je peux pas m'empêcher de dire que j'aime pas mon corps, que je le trouve trop gros, et ensuite tout le monde me rassure et me dit qu'en fait, je ferais bien de manger. Je culpabilise à chaque fois de le dire et pourtant j'adore entendre que je suis mince. Trop mince. Non je sais pas. je sais pas ce que je veux. Oui j'aimerais perdre, mais enfin, si c'était fait d'une façon saine et irréfléchie et naturelle, tout irait bien, je n'aurais pas besoin d'être rassurée sur mon poids toutes les cinq minutes, mais il se trouve que c'est pas le cas et que j'ai aucune idée de ce à quoi je ressemble, alors il faut qu'on me le dise. Après tout, j'ai des kilos (sans jeu de mots pourri) d'amies plus minces que moi, mais étant au clair avec leur façon de se nourrir, elles gèrent leur faim, leur non faim, et personne n'a rien à y redire. Bon faut se dire qu'un jour j'y arriverai, et ce jour là... je serai mince.
humpf, humpf
le quart d'heure trac
27/06/2007 15:11 par lalignenoire
Je me réveille et je me demande pourquoi, pour qui. Je suis soulagée de plus avoir de somnifères chez moi, franchement. J'aurais trop peur que ça reparte en couille avec.
En ce moment j'ai l'impression bizarre d'être dans une rivière, et il y a beaucoup de courants contradictoires. Avec la bouffe surtout. Un courant me dit de manger, sinon ce que je fais en ce moment (c'est à dire, ne pas manger) va s'installer, que pour en sortir ça va être une horreur, que je suis déjà pas loin d'être dans l'incapacité de manger, que si je maigris trop ça va être dangereux et tout; et l'autre courant me dit de ne pas manger, parce qu'au moins je me fais pas vomir, parce que je maigris et que ça me soulage, ce corps qui change, qui rapetisse, prend moins de place, est plus facile à habiller, et plus à la mode aussi. Et moi je suis au milieu et je sais pas quoi faire. C'est en train de devenir quelque chose de très difficile, de manger. Je me force pour continuer à tenir debout, mais même en me forçant il y a un moment où je lâche prise et où j'arrête tout. Résultat, j'avale des quantités minimes de nourriture, grasses, certes, mais qui me font pas tenir plus de deux ou trois heures - et après, il faut recommencer.
Aujourd'hui, la balance me rapproche des 54 kilos. Si je continue comme ça pendant encore quelques semaines, aucun doute que je vais perdre encore du poids, beaucoup de poids. Là je panique pas encore totalement, parce qu'après tout, 55 kilos pour 1m 67 c'est pas Auschwitz, c'est même dans la norme et tout, mais enfin... c'est la suite qui me fait peur. Le pire, c'est même pas que je contrôle particulièrement ce que je mange, mais plutôt que j'ai une absence d'envie de manger. La faim ne compte absolument pas. Non, le seul truc qui compte, c'est si je suis en hypo ou pas: quand je commence à avoir la tête qui tourne et à m'appuyer sur des trucs pour ne pas tomber, là je me dis qu'il faut que je mange. Je sais pas comment en sortir, surtout que là ça fonctionne pas du tout par crises, il n'y a rien à essayer de maîtriser, il n'y a rien non plus à faire sortir, d'une certaine façon. Je sais pas si je suis très claire, mais éviter une crise de boulimie, c'est possible, très difficile certes, mais c'est comme pour se couper, si on me fait parler, longtemps, et pleurer un bon coup, la crise peut être zappée. Là non, puisqu'il n'y a pas d'évènement majeur. Rien ne rentre et rien ne sort non plus. Peut-être que j'agis avec la nourriture comme avec mes émotions, et qu'en ce moment, je ne veux plus d'émotions du tout.
Un autre truc qui me fait peur, c'est que j'ai remarqué que j'avais tendance à arrêter de manger quand Benoît se faisait absent et lointain. Pendant nos embrouilles cet hiver, c'était la même chose, je bouffais plus rien. Putain ça me fait chier, ce que je dis. J'aimerais que ce ne soit pas le cas, qu'il ne compte pas tant. Ou au moins, qu'il n'entre pas en compte dans ma façon de manger... mais c'est apparemment pas le cas. Lui absent, plus rien ne me fait manger. Je comprends pas pourquoi. Tout ce sujet me fait mal. Peut-être que ne rien manger c'est pour ne rien ressentir. Je sais pas bordel! Et je commence à avoir peur de manger, peur de tout d'un coup, ressentir ce déchaînement d'émotions qui me pousse à tout avaler, vite, et à vomir après. Et moins je mange et plus la nourriture me paraît lointaine, inutile et étrangère. J'ai peur, putain. J'ai d'autant plus peur que, en ce qui concerne Beu, nos dernières grosses embrouilles ont toujours fini par s'arranger, comptez environ 3 ou 4 semaines, et ça allait mieux, et on pouvait se revoir, mais là la décision qu'on a prise est définitive, et comment je fais moi si j'arrête de manger définitivement??? ça va pas aller du tout, ça c'est une certitude. Merde, merde, merde. Et en attendant, il est 15H 10, je n'ai encore rien avalé aujourd'hui, je n'ai encore rien envie d'avaler (ou alors pour le vomir après...), je ne sais pas quoi faire, je suis seule et j'ai la tête qui va pas tarder à tourner sacrément. ça commence déjà, en fait. Je vais me faire du chocolat chaud. Soupir. J'ai peur.
