et merde
10/08/2007 00:41 par lalignenoire
23h 55
je suis dans une rage terrible. Pas pour grand chose de méchant, mais merde. Alice part au Canada, voilà, ça me fait royalement chier. Je l'ai vue ce soir, pour la dernière fois avant un bon moment. A l'an prochain, chérie. Putain de merde. J'ai une malédiction. A chaque fois que j'arrive à copiner vraiment avec une fille, il faut qu'elle se barre sous d'autres cieux. ça a commencé avec Laetizia et Johanna, en primaire. Elles étaient gitanes, alors elles bougeaient beaucoup. Puis Viviane, 5ème. Puis Marie, 3ème (on est toujours en contact mais ça a fait très mal). Puis Johanna, celle que je vais aller voir à Biarritz. Très, très, très mal. Tellement mal que je me suis demandé si j'étais pas un peu tombée amoureuse d'elle, d'une certaine façon. Puis Charlotte, qui est à cheval entre l'Auvergne et Grenoble. Puis Delphine, qui est partie je sais plus où. Puis Alice. ça me fait mal, ça me fait chier.
Le poids redescend doucement, ça me rassure. J'aurais dû pleurer quand j'en avais envie, tout à l'heure. Juste après que ma porte d'entrée se soit refermée sur elle. Maintenant j'ai la haine et j'ai envie de me couper. Et oui c'est con. Mais j'ai envie de sang quand même.
J'ai parlé à une nana tout à l'heure. Elle m'a abordée dans la rue, comme ça, et m'a demandé sans aucun préambule si je la trouvais grosse ou maigre, puis a précisé qu'elle était anorexique boulimique. Bin tiens. Je me demande pourquoi c'est moi qu'elle a abordé. Elle avait la quarantaine, stylée, mais un peu trop maquillée. C'était triste. S'en est suivi une conversation sur le fait qu'on se trouvaient toutes les deux grosses, elle se trouvant plus large que moi alors qu'elle fait du 34 (je lui ai demandé), et puis elle m'a dit qu'elle aurait aimé perdre encore 4 kilos "après j'arrête". Phrase fétiche de l'anorexique. Je me demande pourtant si elle l'était vraiment. Je sais pas. Je lui ai dit qu'il fallait pas qu'elle perde encore, elle risquait de se mettre en danger. Elle m'a dit la même chose. Bien sûr, je suis certaine que ni l'une ni l'autre n'avons pu nous croire. Ce soir, on doit être toutes les deux en train de jeûner. Ou de se goinfrer, enfin là c'est pas mon cas - j'ai de nouveau plus aucune envie de manger. Je crains de retomber sur elle au supermarché du coin. Elle était en train de rentrer chez elle et elle habite vraiment pas loin. Putain de bordel. Rencontrer des gens quand je fais des courses est vraiment quelque chose d'atroce. Je déteste qu'un proche puisse regarder dans mon panier. L'autre jour, j'ai fait des courses avec Marion, interpellée par les prix vraiment bas du magasin où on était. J'ai pris les trucs habituels, salade composée, yaourts, jus de fruit. Elle a regardé et m'a dit que c'était très équilibré. Ouais. Mais non. Le gras c'est vital, paraît-il. Je crois que le pire qui puisse m'arriver serait de tomber sur quelqu'un quand je suis en crise. Pas du tout en état de parler, dans ces moments là. Complètement stressée, une vraie boule de nerfs. Je remplis généralement mon panier de trucs gras, sucrés principalement, et puis je cavale à la caisse, et puis je cavale chez moi. "Une furie", dirait Seb. Il aime bien me dire que je suis une "furie" quand je m'énerve. Va savoir pourquoi.
Et le pire du pire, ce serait de tomber sur Rej ou Christian, en courses, en crise. Parce qu'ils me féliciteraient sûrement de me voir manger. Ahah. Merveilleux.
Rej, et Christian. Je les aime beaucoup, mais ils comprennent rien aux TCA et à tout ce qui s'en rapproche. Pour eux c'est tellement agréable de manger. En plus les deux étant un peu maigres, ils font tout pour prendre du poids. Mc Do, pizzas, quiches, kebabs. Tout ce que j'évite. Quoique non, le Mc Do j'aime bien. Surtout leurs pâtisseries. Et leurs salades. Au début j'aimais bien goûter à tous leurs sandwiches. Et puis j'ai réduit aux cheeseburgers (plus petits) et à la mandise (gâteau excellent, avec du chocolat fondu dedans). Maintenant il reste la mandise et le coca light. Quelle putain de sacrée saloperie, cette merde. ça fait bien longtemps que j'ai pas bouffé un sandwiche du commerce. Avant je mangeais tout. Et puis je me suis mise à trier, ou balancer à la moitié. Et puis j'ai plus acheté du tout. En ce moment, je carbure principalement au thé, soupes, et yaourts. Et compotes, j'adore les compotes. Quand je fais un effort parce que je suis accompagnée, je prends du coca. Pas light. Et je culpabilise déjà, un peu. J'ai dévié du sujet, je parlais de mes deux zozos. Leur seule envie, en ce qui me concerne, est de me payer des mégas menus délicieux, hypercaloriques et bourratifs. Ils me l'ont jamais dit directement, mais je crois qu'une fille qui mange pas, ça les inquiète. (Je peux pas parler que de moi dans l'histoire, parce que Rej a voulu sortir avec Johanna, qu'ils ont été très proches à une période, et que niveau restriction, Johanna est très forte. 45 kilos l'été dernier).
Christian me parlait de Steve, la dernière fois, avec qui je me suis embrouillée à propos de bouffe. J'avais pas supporté qu'on me dise "MANGE" de façon grossière et irrespectueuse. Et il y avait d'autres choses aussi. C'est là qu'il m'a dit que Steve devait s'être senti concerné, et que même s'il l'a mal dit, il devait se faire du soucis, au fond. ça m'a fait bizarre. Sur le coup, je me suis sentie tellement agressée que je l'ai dégagé en beauté.
J'aime pas voir l'air concerné de mes potes quand ils essaient de me convaincre qu'il faut que j'arrête de maigrir. [C'est pratique hein? d'avoir un problème genre bouffe ou scarification. quand il y a un problème de base, genre "j'ai mal parce que Alice quitte le pays", mon esprit pense un peu au problème, avant de se déporter très vite sur comment le stigmatiser, et ça devient de la coupure ou de la bouffe. putain] Yvann est le dernier a m'en avoir parlé, il a essayé de me montrer que je flottais dans ma veste. Bah oui je flotte, je le vois bien. Normal, c'est pas ma veste. Elle est à Rej. Alors pour moi, forcément, une fringue de mec va aller plus large à une fille, c'est évident. Du coup j'ai pas pu être convaincue. Et puis merde, 53, 54 kilos, c'est pas si mince que ça? qu'est-ce qu'ils en savent, ceux qui me voient pas nue? Comment peuvent-ils être aussi sûrs d'eux? Comment Bruno a-t-il fait pour me situer tout de suite du côté anorexique, comment fait Yvann pour me dire que lui, mes rondeurs il les voit absolument pas? Je comprends pas, merde! Je me vois toujours aussi grosse! Et des fois ils ont l'air tellement sérieux, tellement graves en m'en parlant, que je me dis qu'ils doivent bien avoir une raison de se montrer si inquiets, alors je regarde, je pèse, je scrute, et je me trouve toujours aussi large. Il faut perdre, c'est une certitude.
J'ai percuté un truc, l'autre jour, quand même. Quand je suis la fille la plus mince d'un groupe (avec d'autres filles, s'entend), je me sens un peu mieux. Je me dis que peut-être, je suis la plus conne, mais au moins, j'ai ma minceur avec moi. Je suis rassurée, presque en sécurité. Il faudrait encore poser des questions à ma mère, mais à quoi bon si elle répond pas, hein? Etre maigre me paraît comme une sorte de havre de paix. Si je pesais 5 kilos de moins, je me dis que je serais inattaquable. Peut-être complètement dans la merde par rapport à moi-même, mais totalement en sécurité par rapport aux autres, par rapport à tous ceux qui veulent me faire manger, par rapport à tous ces gens qui me font peur avec leurs envies et leurs désirs débordants.
J'ai une peur horrible de me faire gaver, chez mon père. Mais je crois que s'il y a bien un sujet sur lequel je serais incapable de faire l'autruche (comme me l'a conseillée ma psy), c'est la bouffe. J'ai envie d'étriper les gens dès que j'entends des remarques sur ma façon de manger, et que ces gens ne connaissent pas mon histoire, voire me connaissent pas du tout. Idem pour le sommeil. Quoiqu'à la limite, là c'est encore pire. Je suis souvent prête à tuer quiconque me réveille, Jérémie le mec à Morgane peut en témoigner, parce qu'il s'est fait insulter la dernière fois qu'il a essayé. L'avantage, c'est qu'il a jamais recommencé.
Bon qu'est-ce que je voulais dire au final? bah jsais pas. MERDE.
du vent
07/08/2007 18:52 par lalignenoire
17h 36
il fait moche et je suis de sale humeur. week end mouvementé au programme, où je me suis pris la première et dernière cuite de ma vie. voilà ce que c'est d'abuser sur l'alcool, et le reste, et de s'engueuler avec son père. putain de saloperie de merde, mon père. il me soûle déjà, et ma seule envie le concernant est la fuite, rapidement et très très loin de lui. en fait il ne m'a rien fait de mal, mais le simple fait qu'il soit là, tout heureux d'avoir repris contact avec moi, d'avoir sa fille à disposition dès qu'il lui prend un caprice de bonté paternelle, ça me donne envie de gerber.
littéralement.
je suis de nouveau dans une période où je bouffe tout ce que je trouve sur mon passage, et d'ailleurs ayant fait ça toute la journée de dimanche, j'ai repris deux kilos. bon j'essaie tant bien que mal de les reperdre, mais c'est beaucoup plus facile quand j'ai envie de manger rien du tout plutôt que là. pas très française ma phrase, mais merde. merde, merde et encore merde. je suis en train de me retenir à grand peine de partir faire des courses, et je crois que ce qui me scotche le plus, c'est que ma psy doit appeler dans une bonne demi heure. hors de question de louper son appel parce que je serais en train de manger, alors du coup je reste là, en ayant envie de tout casser, ou de pleurer un grand coup, et à cogiter.
j'ai foutrement pas envie de voir mon père. et en même temps, je me dis qu'il faut bien tenter l'expérience, putain c'est mon père, et que si on s'entend pas et si j'ai envie de l'envoyer chier après, je dois bien lui donner une chance, tout de même. trop envie de pleurer. je suis grosse et moche et mes parents sont tous les deux aussi dingues l'un que l'autre. mon père me demande avec insistance ce que j'ai foutu dans ma journée et ma mère m'a parlé de son aspirateur tout le week-end. et oui, de son aspirateur. et moi je suis au milieu de ces espèces de dingues, qui ont fait la connerie de copuler ensemble, et j'essaie de gérer comme je peux. Et dire qu'ils sont même pas d'accord sur mon prénom. Mon père est enchanté de m'appeler Anh, ma mère utilise toujours Alice. C'est bien. Je crois que si je pouvais, je les étriperais tous les deux, tant pis si l'un paie pour l'autre.
à part ça, point positif de la semaine, je vois Bruno ce week-end. Le pauvre, il a une luxation ou quelque chose du genre et du coup il est en arrêt maladie, et il doit resté coincé dans son patelin paumé, sans pouvoir sortir de chez lui ni conduire - et il a même pas internet. Alors du coup il déprime sec. Tu m'étonnes.
Je me suis inscrite il y a un mois sur un forum goth/ métalleux, pour voir l'esprit de mes congénaires, et je cogite souvent sur un sujet qu'il y avait, sur la séduction. Sur quelles méthodes on utilise pour séduire, ce qu'on aime quand on nous drague, tout ça. J'en ai absolument aucune idée, mais je me dis que la "méthode" que j'utilise fonctionne plutôt bien parce que j'ai toujours plein de potes mecs, et que sur ce nombre là il y en a toujours quelques uns qui goûteraient bien à la marchandise. Mais je sais toujours pas ce que je fais. L'autre jour Nuny me demandait ce que j'avais raconté à Bruno, quand je l'ai recontacté après quelques semaines de silence. Je lui ai dit que j'avais juste envoyé "coucou, je t'ai pas oublié, bises". Je trouve ça un peu bébête, mais elle ça l'a fait mourir de rire et dire que j'étais vraiment excellante, que tout était dit en quatre mots et que je prenais ma place de femme comme ça, si facilement. Arf. Encore ce genre de truc que seuls des diplomés en psycho peuvent comprendre. N'ayant pas eu le mien, je n'ai toujours pas compris. Enfin si, la place de femme, tout ça, je capte, mais ce que mon texto débile à a voir là dedans, non. Bah, peu importe. C'est pas grave.
Moi une autre question que je me suis souvent posée depuis l'an dernier, et qui me paraît beaucoup plus importante, c'est pourquoi tous mes potes sont des psychopathes en puissance. Cette question m'est tombée dessus comme une trombe d'eau après qu'un de mes potes à l'hôpital m'ait annoncé qu'il avait attaqué un mec à coups de hache, qu'il avait fait 48h de garde à vue en pleine crise de manque, et que le type avait du aller se faire faire 50 points de suture. "Et à part ça, tu vas bien?" Ce jour là j'ai halluciné. A l'hosto, il semblerait que j'ai eu le don pour m'entendre avec les mecs les plus violents du service, ceux qui finissaient par se faire jeter par les vigiles, par les infirmiers, qui remontaient complètement défoncés/ ou bourrés ou qui faisaient des scandales régulièrement. Là je repense donc principalement à Yoann (qui était là pour se faire sevrer de l'héroïne) et à Ex Perf (jamais su son nom mais je l'aimais beaucoup). Ex Perf était là aussi pour se faire sevrer, de l'alcool, il était immense et pendant un temps il me faisait très peur, et puis ce qui était bien avec lui c'est qu'on avait toujours l'impression d'être dans l'ombre d'un géant - et qu'à la fin de son séjour, le géant m'a offert des roses. Bordel je m'étais mise à pleurer. Il m'avait aussi presque hurlé dessus, en me disant que j'étais une fille intelligente et qu'il fallait que je me sorte de cette galère, merde! je crois que ça m'a donné un sacré coup de pied au cul, qu'il dise ça. Sa copine avait le même parfum qu'une de mes nounous, quand j'étais petite. Dommage qu'elle se soit fait interner, après.
Enfin bref. Et après l'attaque à la hache de Yoann, j'ai appris des bons paquets de trucs sur tous mes potes, savoir qui s'étend de semaines en semaines, et du coup je me pose toujours la même question. Qu'est-ce qui fait que je m'entends avec eux? qu'est-ce qui fait qu'ils m'acceptent avec eux, qu'est-ce qui leur fait baisser les barrières et me raconter leurs malheurs plutôt que m'agresser, moi aussi? Alors je me dis très simplement que, peut-être, moi aussi j'ai une part de violence, et que du coup, ça colle. Mais en fait, cette réponse me suffit pas. Je la vois pas vraiment, la violence chez moi. Certes, quand je pète un plomb, je peux me faire gerber, m'envoyer aux urgences, tout casser chez moi et autres, mais chais pas. J'ai du mal à considérer ça comme violent, après tout, y a que sur moi que ça retombe. Et je suis la seule à le voir.
Les histoires qu'on me raconte me semblent aussi de plus en plus graves et je pourrai pas dire le détail ici, mais enfin il y a tout de même un bon tas de merdier, suffisamment important pour que je ferme ma gueule. ça me dérange pas qu'on me dise ce genre de trucs. En fait je suis plutôt flattée de voir qu'on me fait confiance.
La première personne que j'aie rencontrée et qui était de ce gabarit là s'appelait Jonathan. C'était au collège, et toutes les filles étaient amoureuses de lui. Un vrai connard. Disons que ça lui plaisait bien, de nous faire tourner en bourrique. Je me rappelle pourtant que j'aimais bien parler de lui à mes tantes, leur raconter sa consommation de shit journalière et autres conneries. Bien sûr, elles en avaient rien à foutre, mais chais pas, j'avais besoin de le leur dire. Je sais qu'aujourd'hui ce serait la même chose, si je les revoyais. J'aurais envie de leur en foutre plein la gueule, avec tout ce que j'ai vu et appris, depuis le temps, rien que pour les faire morfler ou regretter. Honnêtement je sais pas si ça marcherait, ni même si ça servirait à quelque chose. Probablement que non. Peut-être que parler de la violence des autres, c'est parler de sa propre violence? va savoir. Une autre question qui me trottait dans la tête quand je suis sortie de l'hôpital, c'était "comment c'est possible??" J'ai mis longtemps avant d'accepter cette idée, que ce qui m'étais arrivé avec ma mère avait été profondément malsain, et que du coup ça pouvait bien créer des situations de pétages de plombs atroces comme il y en a eu beaucoup là-bas. A vrai dire, rien que d'y penser, je me dis que je me fais des vues de l'esprit, que j'ai pas le droit de dire ça.
Dans ma famille, c'est simple. Tout ce qui est violent est mal vu. Les conflits, les problèmes, les coups de gueules, doivent soit être inexistants, soit rester cachés. Si on a un problème, on a pour ordre d'en parler à personne et de se démerder seul avec. La seule personne à avoir droit à ses problèmes, c'est ma mère. Martine fait office de la dérangée du groupe, celle qui est un peu faiblarde, un peu marginale, et qu'il faut aider. Moi y compris. Je suis sûre que le laxisme de ma famille en ce qui concerne ma mère lui a jamais fait de bien, au contraire. ça l'aurait plutôt autorisée à vivre là-dedans toute sa vie. Quelle tristesse. Un autre truc bizarre qu'il y a dans ma famille, c'est que c'est un milieu hyper fermé. En principe, on a ni le droit d'en sortir, ni le droit d'y entrer. J'ai dû voir qu'une ou deux fois des amis à A.M, une de mes tantes. Le reste, nada. Mes grands parents ont pas d'amis, et vivent à deux, point barre. Mon autre tante, je sais pas. Elle parle pas, de toute façon. Elle agit, elle speede, elle vise efficace et rentable. La dernière fois que j'ai vu ses enfants, j'ai été choquée par leur manque de débrouillardise. Evidemment, puisqu'elle fait tout à leur place.
Ma mère a pas vraiment d'amis non plus. Enfin, quelques uns, mais ils viennent jamais chez elle. Et puis, elle a l'habitude de considérer des gens qu'elle a pas vus depuis des années comme ses amis, encore. Les amis, faut surtout pas les faire chier avec nos problèmes, et d'ailleurs ils doivent pas faire chier eux non plus. Un service prêté est un service rendu. Je suis contente de voir qu'en ce qui me concerne, mes amis sont des gens sur qui je peux compter, dans l'ensemble. Et que je suis capable de sortir des schémas familliaux, petit à petit.
...
Ma psy vient d'appeler et ça m'a fait beaucoup de bien. vive elle.
fatigue
03/08/2007 04:38 par lalignenoire
4h 21, chez Yvann et Franck
Charlène dort à côté et j'espère ne pas la réveiller. Je suis d'humeur massacrante, et comme toutes les nuits en ce moment, j'arrive pas à dormir. Je suis épuisée, j'en ai marre de tout, j'ai le cerveau qui cogite sans jamais vouloir fermer sa gueule, ça tourne, ça tourne, ça tourne encore, ça tourne toujours, et moi je suis au milieu et je me gave de nourriture histoire de bien tout arranger. J'arrive plus à maigrir ce qui m'horrifie, je panique de voir mon père, je panique de voir Benoît, j'ai très envie de voir Bruno mais pour le moment c'est pas possible, je panique de devoir retourner à la fac et je me fous la pression pour réussir mon année, je panique de devoir retourner ce questionnaire de merde à la MC2 et de pas être embauchée, chose que je sens venir gros comme une maison.
Et bien sûr, je me trouve grosse, moche, bouffie de partout, sans parler du fait que depuis quelques jours, j'ai la tête et le cou qui me démangent à fond - c'est la première fois que ça me fait ça à ce point là et c'est très chiant. Je suppose que c'est le stress.
Soirée bizarre aujourd'hui. Je me suis pointée ici juste après avoir gerbé pendant 1/2h, donc en état de loque humaine. Puis on a joué au Scrabble, c'était très sympa mais plus le temps passait et plus j'avais la tête qui tournait, et puis à la fin, Yvann me chope et vois ma sale tronche, il me traîne sur le balcon pour parler un peu, et là, je lui fonds en larmes dessus. On parle un peu, ça me revigore, me donne la soudaine envie de manger. Et je mange, ce qui me procure honte et culpabilité. Petit à petit, ils sont tous allés se coucher, me laissant comater devant des épisodes de Las Vegas et me gratter la tête. Et il est à présent 4h 29 du matin. Demain, on va apparemment partir en ville pour trouver un cadeau à Franck, son anniversaire c'est samedi, et puis je dois voir Christian aussi.
Je commence à désespérer après des somnifères ou n'importe quelle substance qui me ferait dormir. Je crois que je vais prendre rdv avec un de mes 2 médecins et le supplier de m'en prescrire, rien que pour dormir un peu. ça doit faire 2 semaines que je me suis pas fait une nuit complète, j'en peux plus. J'irai peut-être m'arranger avec le Centre Hauquelin pour qu'on me garde ma boîte, on me l'avait déjà proposé l'an dernier. Histoire de pas repartir en couille avec. Ah, dormir. J'en rêve.
Et je me sens à présent tellement nerveuse que j'ai presque envie de me mettre à faire des pompes. Mais à quoi bon? mes muscles vont se remettre à trembler, tous, les uns après les autres, et la fatigue physique va revenir, je vais me recoucher, et là, changement de programme, ça va plus du tout être possible de dormir. Il faut pas non plus que je me mette à manger sinon je risque de refaire de la merde. Je sais foutrement pas quoi faire. Peut-être une infusion de qque chose et une cigarette. Dans 1h je pourrai toujours me relever pour aller pisser, humm, réjouissant. Je recommence à avoir bien envie de me couper, aussi. Il faudrait que j'appelle ma psy, voilà qui serait bien.
emmerdes suite
01/08/2007 17:55 par lalignenoire
17h 02
j'ai passé 24h chez Nuny et c'était vraiment bien. Je l'adore. Et Johanna m'a dit que ses parents étaient ok pour me recevoir, alors je vais pouvoir aller chez elle et c'est bien aussi. Et la Maison de la Culture m'a envoyé un questionnaire pour continuer à séléctionner les candidats au poste, alors ça veut dire que j'ai passé la première sélection.
J'ai eu Bruno au téléphone hier, et il m'a l'air toujours aussi attachant et gentil.
MAIS.
le reste.
Bruno, qui connaît en fait très peu Benoît, est en train d'en apprendre de belles par l'intermédiaire de Damien, leur pote commun. Et manque de pot, moi qui espérait me faire des idées, il est arrivé à la même conclusion que moi: si jamais il se passe un truc entre nous, Benoît va vouloir le tuer. Un ceinture bleu/marron contre de la rage folle: qui gagne? mais j'ai pas tellement envie qu'ils se tapent dessus, non vraiment, ça me dit pas. Alors il va falloir le dire à Benoît, de toute façon, si je continue sur cette lancée avec Bruno, il va falloir y passer.
Venons en au 2ème point négatif de la journée.
J'ai appris que Benoît retourne chez son ex pendant les vacances. On a jamais vraiment parlé d'elle, mais le peu que j'en sais m'a jamais donné envie de la rencontrer. Il me l'a décrite comme "pire que lui", en ce qui concerne le racisme. Miam. Une skinhead peut-être? En tout cas je me l'imagine violente, du coup. Il va la voir, bon, très bien, tant mieux pour lui, qu'il prenne du bon temps. Elle s'appelle Virginie. (Jamais pu m'entendre avec les 4 Virginies que j'ai connues, ça me donne encore moins envie). C'est sa confidente. Très bien, si elle peut l'aider et l'écouter quand il va mal. Sauf qu'il y aura bientôt quelque chose qui va lui faire du mal. Donc il va lui en parler. Prions pour que je me trompe et pour qu'elle ait pas cette soudaine envie de le protéger contre moi, la méchante vilaine mangeuse d'hommes. Parce que si c'est une cinglée je suis foutrement mal barrée, et je le serai encore plus si, par vengeance ou par faiblesse, Benoît lui barre pas l'accès à moi. Dieu merci, elle vit en Haute Savoie. Mais bon. J'aurais préféré qu'elle vienne de plus loin. Je sais bien que pour le moment il s'est rien passé, mais Bruno et moi on est en train de se préparer à un orage bien marrant, je pense. Et le pire c'est qu'on a rien fait, rien fait de mal du tout.
J'ai peur des filles. J'ai d'autant plus peur quand je sais qu'elles sont enclines à la violence, moi ça me fait perdre tous mes moyens. J'ai peur qu'elle veuille me taper dessus ou se mette à me harceler. Voilà c'est peut-être ridicule mais au moins, c'est dit.
Alors bon, on verra bien ce qui se passera, mais j'espère que cette histoire se réglera entre Benoît, Bruno et moi, et pas avec Virginie, et pas avec ses potes, et pas avec mes potes et les potes de potes et blablabla. OUi oui ça va, je sais, je psychote peut-être à fond. Peut-être que Benoît va rentrer réjoui de son séour chez elle, qu'ils vont se remettre ensemble, qu'il va se trouver un projet d'avenir, arrêter de boire, et que quand je le lui dirai, certes il aura mal, mais il laissera pisser.
Ou peut-être qu'il va juste avoir envie d'étriper Bruno, mais que lui hurler dessus suffirait à le calmer (Benoît).
Ou peut-être qu'il va s'apercevoir que Virginie ne l'intéresse pas du tout, et qu'il préfère rencontrer sa pote canadienne sur Skyblog, Saeb, une fille qui m'a tout l'air bien dans sa tête et parfaitement réglo. Jolie en plus. Ou peut-être que Virginie est une fille très intelligente, qui comprendra qu'elle aura rien à faire dans l'histoire, même si Benoît en souffre, et qu'elle se contentera de me regarder d'un air noir si jamais on se croise un jour. Ce serait bien. Ou peut-être que Benoît tiendra à m'achever lui-même, et dans ce cas là, tout est très simple aussi. Je me demande s'il serait capable de me tuer. Vraiment. Et comment il le ferait. Et s'il se tuerait après. Y aurait des chances, à vrai dire.
Et on en arrive au dernier point négatif, la MC2. J'espère vraiment être prise chez eux, en tant qu'ouvreuse, ce serait bien. J'aurais à déchirer les tickets des gens, leur souhaiter une bonne soirée, leur indiquer leur siège, et puis m'asseoir et profiter du spectacle. Saloperie de questionnaire: ils me demandent combien de fois j'ai été voir un spectacle à la Maison de la culture, et qu'est-ce qui m'a le plus marquée, et est-ce que je pratique de la danse, du théâtre, de la musique? merde!
Comment leur expliquer que quand j'ai des thunes, je préfère largement aller voir un concert où tout le monde va hurler et se taper dessus plutôt qu'un truc réglementaire, où tout le monde reste assis sagement? Comment leur dire sans me faire recaler que j'ai jamais foutu un orteil à la maison de la culture, sauf pour utiliser leurs toilettes? évidemment, postuler à un taf de ce genre sans avoir jamais profité des services de la maison, ça passe mal, très mal. ça me ferait foutrement chier que ce poste me passe sous le nez, et pourtant c'est ce qui risque d'arriver. Je vois pas l'intérêt de leur mentir, de toute façon ils s'apercevraient bien vite que je connais pas les locaux. Foutredieu.
Sinon qu'est-ce qu'il y avait d'autre comme truc chiant? bah jsais plus. De toute façon avec ces trois là j'ai ma dose pour la journée. J'ai de super solution ni pour l'un ni pour l'autre. Limiter la casse, bien sûr. Annoncer à Benoît quand il rentrera que je revois Bruno, que c'est comme ça, qu'il me plaît, et qu'en plus il est gonflé de me l'avoir interdit parce qu'ils se connaissent à peine - ils ont même pas échangé les numéros. Lui dire que c'est pas une décision prise contre lui, mais pour moi. Qu'il a pas à se sentir offensé, que ça change rien au fait que je tiens toujours énormément à lui. C'est vrai en plus. Et s'il comprend pas, et s'il s'entête à faire un meurtre... je sais pas. Passer à la vitesse supérieure, et au lieu de rester calme et raisonnée raisonnable, hurler, faire un scandale dont il se souviendra. S'il capte pas, le laisser se battre avec Bruno, après tout il pourrait bien se faire casser la gueule. Mais ça me plairait pas du tout. J'ai toujours considéré que laisser deux mecs se battre pour une fille était le pire moyen pour commencer une relation amoureuse. Parce que le mec gagnant se sent comme après avoir gagné un trophée, alors il va attendre que le trophée soit bien gentil et bien obéissant avec lui. Hors de question.
Pour la MC2 bah je peux... rappeler Rej et lui dire qu'en fait, je veux bien qu'il me pistonne pour Carrefour. C'est une idée. Ou ne pas répondre clairement au questionnaire et m'arranger pour avoir un entretien quand même. L'entretien ce serait parfait, parce que je pourrais prouver que je suis vraiment passionnée par l'art, mais que l'art que j'affectionne passe pas par la Maison de la Culture. C'est strictement vrai aussi.
merde
31/07/2007 00:00 par lalignenoire
23h 44
je rentre de chez Morine, et j'ai l'impression de plus avoir existé pendant tout le temps où j'y étais. Je suis de sale humeur. Le poids semble s'être stabilisé autour de 53 kilos et je voudrais perdre encore. Je me trouve énorme et grosse, comme toujours.
J'ai une peur panique d'aller chez mon père. Il va falloir lui faire accepter qu'il peut pas me refaire et que je suis une personne à part entière, avec des goûts, des dégoûts, des faiblesses et des qualités. J'angoisse ma race, surtout en ce qui concerne les repas. J'avoue que je me demande si je devrais partir avec tout mon matériel sauvetage : bouffe anti hypo (j'ai trouvé que le pain de mie est une invention formidable), sacs poubelles (en cas de gavage forcé), cutter. Mais je vais pas le faire, bien sûr. Je veux pas aller là-bas dans une optique de dissimulation de tout ce que je suis. Il faudra faire avec. Demain je vais voir Nuny. Elle a été super contente au téléphone d'apprendre que je partais chez mon père. Moi bof. Plutôt horrifiée.
Et sinon, j'ai horriblement besoin d'un mec, je sais pas qui, mais j'en ai besoin. Je suis pas habituée à être célibataire longtemps. Je suis pas habituée à être célibataire tout court, en fait. Heureusement qu'il y a Seb. Seb, je sais bien que je pourrais pas me caser avec lui, mais il est tout de même là, si j'ai besoin d'un calin, de n'importe quoi, il assure. Et il est si gentil, vraiment, je l'aime bien. Marion l'a vu l'autre jour au centre ville et il paraît qu'ils ont parlé de moi, et qu'il a dit que du bien sur moi. Quel mec adorable.
Benoît me manque toujours. Je sais pas quoi faire avec lui. Je me suis décidée à faire ma vie de mon côté, à voir Bruno si j'en avais envie et tout, mais Benoît reste irremplaçable. J'ai l'impression qu'il y a une partie de moi qui est restée avec lui, et que je pourrai jamais la récupérer. Tant pis. On a un peu communiqué par mail ces derniers jours, à la base parce que je lui ai pesté dessus, à cause de ce qu'il écrit dans son blog. Marre d'avoir des grands coups de frayeur en croyant qu'il s'est tué alors qu'en fait, non, ça va. Je viens de recevoir un nouveau mail, où il me rappelle que je lui avais dit que je lui expliquerai certains trucs, y a quelques semaines. Notamment, pourquoi il y a des fois où il m'a vue sans la chaîne qu'il m'avait offerte, et pourquoi j'ai enlevé ses photos de mon mur.
Soupir. Je me demande à quoi bon lui expliquer, maintenant. Au moment où je pensais le lui dire, je me disais que ça servait à quelque chose de batailler pour que ça roule avec lui, encore, et puis il y a eu la Fête de la musique, où il était complètement bourré en fin de soirée, et où j'ai réalisé que je voulais/pouvais plus. Trop compliqué, et c'est pas à moi de le faire se bouger un peu. En tout cas moi j'y arrive pas.
Les deux explications sont très simples. J'enlève la chaîne quand je me fais vomir, pour pas être gênée. De même que bagues et boucles d'oreilles. J'ai enlevé les photos parce que quand Seb vient chez moi, j'ai pas envie d'être regardée par Benoît. Mais à quoi bon lui dire maintenant? ça va lui faire du mal et ça servirait à rien. Et bordel, il me manque! merde!
Envie de pleurer un grand coup, ou de me défoncer la gueule pour plus penser à rien. J'ai même pas de nouveaux films à regarder. Déprime.
sweet misery
28/07/2007 00:50 par lalignenoire
minuit 5
Horreur, peine et damnation. Mon père vient d'appeler, oui oui, même si on est en pleine nuit. J'avais pas eu de nouvelles depuis un sacré moment, étant donné qu'après notre rencontre l'an dernier, il s'est mis à me harceler de messages et d'appels (jusqu'à plusieurs par jour), puis que ç'a été le silence radio, puis je me suis mise à ne pas décrocher quand il appelait, puis silence radio encore. Peiné, le paternel. Peiné que je n'accepte pas tout son amour comme ça, en un clin d'oeil, peiné que je l'ai laissé dans le vent pendant un an, peiné que je lui manifeste pas plus d'intérêt. Peiné et miséricordieux: il m'aime quand même, il l'a dit. C'est assez incroyable d'entendre son père dire à quel point il a pleuré quand j'étais petite et que mon grand père lui a dit de foutre la paix à ma mère, et à quel point il m'aime, moi, maintenant. Et pourtant, ça me fait pas vraiment du bien. Enfin, bien sûr, ça fait plaisir, mais je suis terrorisée. Terrorisée par ce père quasi inconnu, qui semble exiger de moi la perfection et l'amour absolu, avec qui j'ai du mal à discuter au téléphone à cause de son accent. Peur. Je lui ai dit que j'étais ok pour monter à Paris cet été, pour le voir. Lui, ma belle mère, et mon demi frère. Putain. Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir se raconter? qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire? elle parle français ma belle-mère? moi en tout cas je parle pas un mot de Vietnamien, et d'ailleurs je suis totalement étrangère à toutes les coutumes viet.
Horreur et damnation. Il faut que je perde encore du poids, beaucoup de poids avant mi août. ça va être une horreur pour lui comme pour moi si je mange rien chez eux. Donc il va falloir manger, donc il faut perdre avant. Putain de saloperie de merde. Je suis pas stabilisée à 53 kilos, en plus. Merde, merde, merde. Et dire que Nuny m'a proposé de me payer le voyage pour aller chez Johanna, à Biarritz. Si ses parents veulent bien m'accueillir, ça va de soi. Perspectives terrifiantes de kilos de repas collectifs, bourrés de gras, et de gens qui vont me regarder sous le nez et me dire "mange". MANGE. MANGE, MANGE, MANGE. Encore, encore, et encore. Et encore si c'était des gens que je connais bien, comme Nuny ou la mère à Marie, ça irait, mais là, c'est presque des parfaits inconnus. J'ai du voir les parents de Johanna plus souvent que mon père, ce qui doit dire environ, 3 fois. Mon père, une. Comment je vais faire pour ne pas craquer? comment je vais faire pour rester parfaite tout le temps que je serai chez eux?
Impossible. Complètement impossible. Il va falloir qu'ils s'adaptent, eux aussi. Je peux pas arriver et être celle qu'ils voudront que je sois. Chez Johanna passe encore, ils savent que je suis à peu près du même moule que leur fille, moralement parlant. Il y a que les repas pour me faire flipper. Mais mon père! Catholique! Traditionnel! Exigeant! Pour qui une femme est avant tout disposée à la cuisine et aux enfants! Mon père, complètement étranger aux mondes dans lesquels je vis, ce monde nocturne, défoncé, bourré, bruyant, déjanté! ou cet autre monde de calcul de calories, de poids, de graisse, de salades, de compotes et de yaourts dégraissés! ou ce monde anticonformiste, marginal, triste, solitaire, voire hargneux! comment je vais me démerder pour faire coincider tout ça avec lui? Il faudra que j'embarque mon ordinateur, sinon je vais dépérir. Là au moins j'aurai films, musique, écrits à ma disposition pour me vider les nerfs. Et je sais pas si ça va suffire. J'ai essayé de lui faire comprendre au téléphone, à quel point j'ai du mal à lui faire une place. Est-ce qu'il est incapable de se mettre à ma place, de comprendre que pendant 19 ans, j'ai eu que ma mère? comment aurait-il pu me manquer, lui qui a toujours été absent? comment pourrais-je avoir besoin de lui, comme ça, d'un coup de baguette magique?
Bien sûr, je savais qu'il existait, je savais même son nom et son prénom, mais c'est tout! non il m'a pas manqué, jamais. Jamais vraiment. Bordel. Je refuse de lui dissimuler qui je suis. Tant pis s'il aime pas ma couleur de cheveux, tant pis s'il aime pas mes fringues. ça n'est qu'une apparence. Il a pas intérêt à me demander d'en changer parce que ça risque de donner un résultat monstrueux - je risque de lui hurler dessus. Bah, remarque. En tant que père, il doit se douter que la crise d'adolescence, ça existe. Ohlala. Je prie pour qu'il soit pas aussi collant physiquement que la fois où je l'avais vu. Et vas-y que je te prenne dans les bras, et vas-y que je compte tes orteils, putain, trop bien, y en a cinq. Moi qui ai toujours détesté les gens envahissants, entre lui et ma mère j'ai été servie. Certes, d'une façon complètement différente. Ma mère me raconte sa vie, mon père veut tout savoir de la mienne, veut tout refaire à son idée et faire de moi une Franco Vietnamienne éduquée, racée, prête à marier et à se trouver un job excellent mais pas trop non plus, histoire de pouvoir faire des enfants. DROLE.
Et le pire, quand je l'ai vu, c'est ce sentiment de responsabilité que j'ai eu. Oui ça a duré qu'une journée, mais il m'avait l'air tellement largué dans ma ville, que j'ai eu l'impression de le prendre en charge autant que mon petit frère. Du coup je me sentais horriblement vulnérable, et déjà que c'est le cas tous les jours, c'était l'horreur. J'ai toujours adoré trainer avec des mecs plus grands que moi et protecteurs justement pour arrêter un peu ce sentiment de faiblesse. Prions pour qu'à Paris, je me sente moins en charge de lui. Normalement non. ça devrait pas être le cas, il sera chez lui et il y aura sa femme. merde, sa femme! je l'avais oubliée en cours de route celle là. Je sais même plus comment elle s'appelle - j'ai déjà du mal à retenir le prénom de mon frère alors... Oh bordel. Prions aussi pour que le contact passe bien avec elle. Bon je suppose que ça devrait aller, après tout, vu comme c'est parti, elle doit être dans l'ombre de mon père et aura sûrement rien à dire, ou pas grand chose. Du moins, je me la figure comme une femme douce et effacée : pas une menace, mais on sait jamais. Je l'imagine comme ma mère a jamais su/ voulu/ pu être. Soumise. Remarque, s'il s'attend à ce que je sois aussi soumise qu'elle ce sera cool, j'aurais zéro décision à prendre et j'aurai plus qu'à faire comme ma belle mère. Evidemment, ça risque de heurter un peu au niveau des fringues et de mes avis personnels sur certains trucs, mais enfin...
La nourriture. Comment je vais bien pouvoir gérer la nourriture. Comment vais-je pouvoir ne pas vomir et ne pas me restreindre comme je le fais ici. Comment vais-je pouvoir empêcher mes mains de trembler en cas de stress. Non, pas possible. Je vais de toute façon pas pouvoir coller à leur idéal, c'est une certitude. Je crains juste de blesser les talents culinaires de ... la personne qui va cuisiner si je touche à rien, ou presque. Il faudra que je leur explique qu'il y a rien contre eux, que j'ai pas l'appétit? et ils vont tous en conclure que je suis malade ou folle à lier. Surtout que tout ce qui est de l'ordre de l'anorexie ou de la boulimie doit être parfaitement inconnu dans un pays comme le Vietnam. Comme dans tous les pays pauvres, je suppose que quand il y a à manger, la moindre des choses, c'est de manger, justement. En France, tu me diras c'est un peu le contraire. Etant donné qu'on a trop, la moindre des choses c'est de se restreindre.
Et encore. Pfff, non, mauvaise théorie. Au niveau où je restreins moi, je choque tout le monde. 'Ai passé la soirée avec Seb hier, et je peux dire qu'il a tiré la tronche quand il a vu que son plat de ravioles avait absolument pas descendu au bout de vingt minutes. Heureusement qu'on se connaît bien et qu'il sait que je merde avec ça. Bruno avait tiré une sale tête aussi quand il a vu ce que je mangeais, la semaine dernière, au Mc Do. Presque rien. Et Rej qui propose de m'emmener au resto, histoire de me faire manger avec plaisir. Qu'il est gentil. Oui on a passé une très bonne soirée, en fin de compte, mercredi. ça valait le coup de textoter, sérieux. Il aurait pas été le meilleur pote à mon ex, j'aurais commencé à me faire des idées. Enfin, un seul ça suffit déjà, je pense. Putain de bordel de dieu. Tiens, faudra penser à pas la sortir, celle-là, en face de mon père. Non bien sûr, ça va pas être possible de vomir. Techniquement parlant, c'est pas plus mal. Vomir = pas bien, et d'ailleurs plus le temps passe et moins je supporte de le faire. Physiquement, je veux dire. Je suis dans un état horrible même si je vomis seulement depuis cinq minutes, alors du coup ça me fait arrêter plus vite. Donc non, bien sûr, vomir, il faut éviter. Mais étant donné que la seule solution que j'aie trouvé pour ne pas le faire est la restriction... ouaille. Et j'ai pas envie que mon père me pose des questions par rapport à ça. Déjà pour des Français, c'est difficile à comprendre. Pour un mec qui parle difficilement ma langue et qui est issu d'une autre culture, je crains que ça relève du miracle. Vraiment pas envie d'y penser, en fait.
Alors pour faire court: demain je vais en boîte. Gratuitement.
glissade
25/07/2007 20:08 par lalignenoire
19h 41
alors si ma mémoire devient pas une passoire, aujourd'hui, ce soir, maintenant, j'étais supposée voir Rej. En tout cas, il avait dit qu'il rappelerait et qu'on verrait ce qu'on ferait. Mais voilà : pas de signe de vie. Oh il pourrait bien le faire encore, un peu plus tard dans la soirée, mais venant d'un mec qui bosse 35h par semaine et qui doit se coucher tôt, s'il appelle pas très vite ça voudra dire que c'est mort. M'énerve prodigieusement. Je devrais le rappeler, lui dire d'aller se faire foutre et que je vais brûler la veste et le CD précieux comme ses prunelles de yeux en enfer et qu'il les reverra jamais de toute sa petite vie inutile et morne. Sauf que bon. Je doute. Comme toujours quand il y a un problème, je me demande si j'ai pas fait une connerie, si ce serait vraiment bien de le recontacter, si c'était vraiment aujourd'hui qu'on avait prévu notre truc, ou pas. Cela dit il me semblait vraiment que c'était aujourd'hui.
Il est 19h 44 et j'ai avalé en tout et pour tout aujourd'hui: une demie portion de pâtes, des céréales en toute petite quantité, et un yaourt, vers midi. On peut en conclure que d'une, j'ai faim, de deux, j'ai la tête qui commence à tourner. Et je me rappelle que j'ai changé les règles en ce qui concerne la fréquence des vomissements, je m'étais dit, il faut que j'attende 7 jours et ensuite on autorise. On est le 7ème jour. J'ai le droit de criser. J'ai le droit, oui, mais c'est pas bien. C'est même plus que stupide, quand on sait qu'il me suffirait d'envoyer un texto au malotru et de voir s'il y a réaction ou pas. Mais j'ai si peur, si peur de m'être trompée de date, d'heure, de personne, que sais-je, d'avoir faux sur toute la ligne, peur de l'envahir, de le déranger, d'être mauvaise, chiante, collante, un vrai pot de colle quoi.
J'ai faim. Mais je sais que si je me mets à manger, ne serait-ce qu'un yaourt, je vais partir en crise. Je suis suffisamment de mauvaise humeur et stressée pour que la crise s'enchaîne tout à fait comme d'habitude.
QU'EST-CE QUE JE DOIS FAIRE, BORDEL? si je veux éviter la crise il faut que j'ouvre ma gueule, que je parle, que je m'exprime, quitte à m'être trompée et à être la plus mauvaise fille de la terre. Cela dit, s'il s'avère que je suis la plus mauvaise fille de la terre, je vais effectivement faire une crise. Allons pouffiasse, prend ton portable et ouvre ta gueule. ...
J'ai peur. Peur qu'il appelle et qu'il me demande tout naturellement ce que je veux qu'on fasse ce soir, comme si je n'avais pas attendu son appel toute la journée, comme si tout allait bien, comme si je n'avais pas envie d'avaler des kilos de trucs dégueulasses, de plonger mes doigts dans ma gorge humide et de tout recracher, comme ça, jusqu'à en être horriblement mal et jusqu'à ce que mon estomac soit vide. J'ai pas envie qu'il appelle pour que je dise que je suis mal, que j'ai attendu qu'il se manifeste, que j'ai compté sur lui. Je me sens humiliée et réduite à rien, à une espèce d'horrible merde gélatineuse avec un ventre et un corps énormes et repoussants. Et pour ne rien arranger, le poids est remonté à 55 aujourd'hui, cause sans doute de ne pas avoir supporté d'avoir la tête qui tourne devant Marion et ses potes et d'avoir, honteusement et ignominieusement mangé. Non évidemment j'ai pas beaucoup mangé, puisque ce soir le poids est de nouveau à 54, mais enfin. Je préfère largement voir 53, évidemement puisque c'est le poids le plus bas que j'aie vu sur ma balance.
Et dire que je peux pas manger. Si je m'y mets ça va être terrible. En fait, je crois même pas que j'aurais besoin de me mettre à manger pour que la crise se déclenche, ce soir, j'ai envie de foncer directement à Monoprix. Maudits soient-ils de rester ouverts jusqu'à 9h du soir, de même que la petite alimentation générale en bas de chez moi et que le Mc Do, juste à côté, qui ferment eux à ... 1h du matin. Mais bon, chez eux tout coûte horriblement cher, alors ça me coupe un peu l'envie de faire une crise. Un peu on a dit. Allez, fais pas chier, prend ton portable, envoie un texto. Au moins je serai fixée. Et s'il se sent harcelé il aura qu'à s'en vouloir tout seul : c'est lui qui a dit qu'il rappellerait, c'est lui qui a dit qu'il était ok et que, ouais, on allait se voir. Sauf si je me suis trompée de jour, mais vraiment, je crois pas. Mais et si je rappelle et qu'on se voie, comment je vais gérer la bouffe d'ici là? est-ce que je vais me pointer en ayant rien mangé et en vacillant comme si j'allais être emportée par une tempête, ou est-ce que je me pointe, repue, au bord des larmes d'avoir mangé, honteuse et dégoûtée de moi? voilà, voilà ce que c'est les TCA. Une horreur sans nom. Putain de merde. Et si j'envoie ce con de texto et qu'il me dit qu'au final c'est pas possible, pour X raisons? bah au moins je serais fixée et j'aurai une bonne raison de lui rager dessus. Ah, riche idée, ça. Où est mon portable? Il me faudrait une clope, d'abord.
ça y est, c'est fait. Je flippe ma race. J'ai l'impression d'avoir fait un crime contre l'humanité et d'être mauvaise, horriblement mauvaise. Tant pis. J'ai ma clope au bec alors tout va bien. D'une certaine façon.
...
oh mon dieu, il a rappelé instantanément. Ouais bon. En fait, pour lui, c'était inutile de rappeler, puisque j'allais passer chez lui. Quel sens de la communication. En tout cas on se retrouve dans une demi heure en bas de chez moi. Brusquement, j'ai plus aucune envie de manger. Dingue non? mais j'ai toujours la tête qui tourne et il faut trouver une solution maintenant. Merde! apparemment il y aura que lui et moi. ça ce sera bien la première fois. Je me demande ce qu'on va se raconter et pour changer, je flippe. Je flippe ma race, surtout que j'ai cette stupide habitude de bafouiller en face de lui. Il a toujours l'air tellement sûr de lui et imprévisible que ça me déstabilise. Enfin bon. Je pourrai remercier Yvann de m'avoir montré le bon exemple. Lui en ce moment, apprend à envoyer chier dès qu'il y a un truc qui bloque avec les gens, tort ou pas tort. Vive lui. C'est en pensant aussi un peu à lui que j'ai textoté. Oulala. Bon de toute façon, si on trouve rien à se dire, il y aura toujours l'option de rentrer au bercail vite fait. ouf. Contente. Me sens très stupide, mais contente d'avoir ouvert ma gueule quand même.
la faim des haricots
22/07/2007 16:15 par lalignenoire
dimanche, 15h 46, jour de repos du Seigneur, journée de repos pour moi aussi, donc.
Vu Bruno hier et 'ai passé très bon moment en sa compagnie. Certes il y a culpabilité vis à vis de Benoît, mais en en ayant parlé avec Bruno, je me calme un peu: il a zéro envie de se prendre le chou, zéro envie de piquer la meuf d'un pote (en sachant que si un jour je prends une véritable décision à son sujet il en aura plein les oreilles et je laisserai personne décider pour moi) et me vois donc ss aucune ambiguité. Ou presque. Donc voilà, il m'a appelée en début d'aprème, moi, encore défoncée de la veille, je réponds comme je peux, il me dit qu'il déprime et qu'il a pas envie de sortir - alors du coup j'ai fini par aller chez lui, chose dont il m'a beaucoup remerciée. C'est assez marrant de constater que d'habitude, je vais plutôt à reculons chez des mecs que je connais pas, craignant qu'on essaie de me faire passer à la casserole, mais que là j'y suis allée en toute serénité, de la même façon que je l'ai fait venir chez moi ensuite. Avons pas mal parlé, le mec semble tolérent, ouvert, se prend réellement en main (qualité pour laquelle j'ai envie de le bénir), est une véritable tête en maths, et bonus, ne m'a pas forcé à manger quoi que ce soit, bien qu'il ait dit lui aussi que j'en aurais plutôt besoin.
Sinon pour le programme d'aujourd'hui, c'est ménage quand j'aurai la motive de sortir de chez moi, et puis je vais passer la soirée chez Yvann et Franck, histoire de profiter un peu plus vu que la dernière fois j'ai dû partir vers 7h 30 du matin.
Ah et truc intéressant : j'ai envoyé un texto à ma mère. Un texto assez assassin, dont voici la retranscription : "est-ce que j'ai un corps qui existe? est-ce que tu l'as déjà vu? est-ce que j'ai toujours été grosse et moche à tes yeux, sauf quand j'étais bébé? est-ce que t'as le sentiment d'avoir été intrusive et envahissante avec moi? est-ce que ça te fait quelque chose de voir mes membres avec des cicatrices de partout, est-ce que si un jour je pèse 40 kilos ça te fera quelque chose que tu pourras m'exprimer? pourquoi j'ai jamais eu de place, physiquement et moralement parlant avec toi? serais-tu prête à me dire que j'ai le droit d'en avoir une, que j'ai le droit de vivre, de devenir une adulte un jour, ou est-ce que tu voudras toujours que je sois 'alice, ta petite fille'? et est-ce qu'un jour j'arriverai enfin à te faire réagir à mon propos, en tant que personne qui existe, et attention parce que je veux pas d'une réaction molle, apathique, désolée et résignée comme tu sais bien le faire, je voudrais que tu prennes conscience de tout ça, et le jour où tu VOUDRAS REELLEMENT dire oui à toutes ces questions, alors je pourrai sortir de ma perte de poids lente et inexorable et aller mieux et être de nouveau en contact avec toi. ne réponds pas maintenant à ce message, ça servirai à rien je pense. bonne cogite et bon week-end à toi".
...
un peu vache le texto, j'admets. mais je me dis que bon. Je fais ce que je peux, quoi. Et puis ma psy semble penser que le jour où j'arriverai à péter une durite sur ma mère, à la rembarrer et à lui dire d'aller se faire voir, tout ira mieux pour moi. enfin bon. pr aujourd'hui, le poids au réveil est de 53 kilos. ça fait quelques jours que j'ai pas vu le 55 apparaître. je passe mon temps à essayer de me forcer à manger et j'ai beaucoup de mal. je suis en train d'avaler une soupe qui me fait absolument pas envie, mais il faut bien faire rentrer quelque chose dans ce corps... ça fait trois jours que j'avale presque rien. aujourd'hui quand je me suis levée, j'étais déjà en hypo. à vrai dire je le suis sans doute toujours. j'ai des vertiges. Je commence à paniquer parce que la bouffe ne me semble plus obligatoire quand il y a des gens. par exemple, Bruno m'a payé le repas hier soir, et heureusement, heureusement que je l'avais prévenu avant, parce que je n'ai été capable d'avaler que... du coca et une demie mandise (ingérée en environ 1/2h). mon effort principal a été de ne pas commander de coca light. suite à quoi, j'ai passé la soirée à essayer de lui cacher à quel point je me sentais faible, tout en me sentant au comble de la stupidité.
Tiens j'ai aussi parlé de tout ça un peu plus en détail à Marion récemment, et suite à ses réponses, je me suis jurée que surtout, surtout il fallait pas que je l'entraîne là-dedans. Morine se scarifie déjà et a déjà un peu merdé avec la bouffe, il y a deux ans. Elle a déjà essayé de se faire vomir mais n'y est pas arrivée - dieu merci. Alors on s'est dit toutes les deux que si on sentait une crise venir, il fallait se forcer à venir parler à l'autre, pour ne pas passer à l'acte et faire de la merde. j'ai aussi essayé de lui expliquer les choses chez moi qui déclenchent les crises, les solutions que j'ai essayé et là où j'en suis, histoire qu'elle hallucine pas complètement en voyant ma façon de faire. J'ai une peur horrible de l'entraîner dans les TCA, qui me donne du coup encore plus envie de me débarrasser de toutes ces horreurs. Le seul problème, bien sûr, c'est que je sais pas comment on fait.
Pour commencer, j'aimerais arrêter de me trouver grosse, même si tout le monde me dit que je suis très fine, et même si Bruno a dit hier que "pour que je maigrisse encore, il faudrait me retirer un os". Il exagère forcément. à 53 kilos pour 1m67, je peux largement perdre encore. Enfin c'est ce que je me dis.
émergeage
20/07/2007 22:13 par lalignenoire
21h 09, j'émerge en me disant que ce serait bien de retourner se coucher
non non, j'ai pas passé une journée inactive, loin de là. avons visité avec Morine appartement ce matin à 8h 30, appart qui nous a carrément tapé dans l'oeil, sauf qu'on venait d'apprendre que ses parents avaient au final pas du tout envie de l'aider, alors du coup on a passé le reste de notre journée à brasser chacune à droite à gauche pour trouver de la thune. et puis j'ai dormi, et lu le Journal d'une schizophrène. l'analyse finale faite par la psy de la patiente m'a fait pleurer comme une madeleine, tout était expliqué, la pulsion, le rôle de la mère dans l'investissement du corps, de la vie, de l'envie de vivre, le Moi, le psychisme. c'était bien. et puis j'ai appelé Bruno aussi, et on va peut-être se voir ce week-end, en sachant que ça va être de l'improvisation totale parce qu'on va bien brasser tous les deux et qu'on sait pas quand on sera disponible. j'aime bien sa voix au téléphone. je la trouve fraîche, presque rajeunissante.
en ce moment, j'ai l'impression de m'offrir une deuxième jeunesse. ou plutôt, de faire maintenant les conneries que j'ai jamais fait étant ado. le groupe de potes à Morine y est pour beaucoup. comme je les vois de plus en plus souvent et qu'ils sont pour la plupart plus jeunes que moi, je finis par m'adapter à eux, et du coup je me retrouve quelques fois à applaudire l'un d'entre eux en train de faire des flips en pleine rue, ou à marchander pour qu'on m'offre une bière, puisque j'avais pas envie d'aller dans tel bar à la base. rien de méchant, c'est sûr, mais c'est un comportement que j'ai jamais eu avant, ou seulement avec des gens très, très proches. j'essaie de me lâcher un peu plus, d'arrêter de contrôler tout, en permanence. et puis hier, j'ai dormi chez Yvann et Franck. quand je suis arrivée chez eux, Yvann était sur son adresse mail imaginaire, Meltemate, l'adresse dont il se sert pour exiger de mecs désespérés et obsédés qu'ils se branlent devant la cam, ou tout simplement pour les insulter quand il a les nerfs. Ce soir, ils sont allés plus loin que d'habitude parce qu'ils ont donné à leurs contacts le numéro de Jérémie, en faisant bien sûr croire que c'était celui d'une belle nana sexy. Jérémie, mort de rire, s'est prêté au jeu, et ça a fini en compétition de "qui arriverait à faire raccrocher les mecs le plus tard possible". comme ils étaient tous des mecs et que Morgane était allée se coucher, Franck a vite émis l'idée que ce soit moi qui réponde au téléphone, histoire de rigoler un peu. ça, c'est le genre de truc que j'aurais jamais fait il y a un ou deux ans.
J'ai répondu. J'ai dû rester 15 minutes au téléphone avec un mec habitant Paris, nu devant sa webcam, à le convaincre que j'étais sadomaso, qu'il devait m'obéir, et, suivant l'idée d'YVann, se mettre une carotte dans le cul. Ils ont tous dit après coup que j'étais très crédible, complètement à fond dans mon rôle de dominatrice exigeante. le plus bizarre c'est que les paroles sortaient de moi comme ça, sans effort particulier, j'inventais, j'osais, je prenais des iniatives, chose dont je suis difficilement capable dans la réalité. enfin disons que normalement, en ce qui concerne le sexe, je me sens plutôt timide et sur mes gardes. et le pire, c'est que j'ai réussi à convaincre le mec de se la mettre, sa carotte. il m'a fait horriblement pitié, mais par contre j'ai beaucoup ri quand il m'a annoncé qu'il avait une copine. là j'ai plus été capable de répondre et j'ai raccroché, morte de rire, morte de trouille, et en même temps, assez fière d'avoir fait rire mes potes. c'était une bonne soirée, mais j'ai du mal à comprendre où j'étais, dans l'histoire. enfin peu importe, parce que j'ai pas eu ce sentiment de dépersonnalisation, de oh mon dieu, je suis qui déjà? mais ça m'a quand même fait cogiter. je me pensais pas capable de faire ça, surtout aussi sérieusement.
à part ça, j'ai quasi rien avalé de la journée d'hier, et pas grand chose non plus aujourd'hui. j'ai peur de faire un malaise, un de ces jours. hier encore ç'a été, j'ai tenu avec seulement des fromages blancs, une petite quiche en fin d'après midi, et quelques biscuits, mais aujourd'hui, j'ai été en hypo beaucoup plus vite que d'habitude. vers 15h, chez moi, j'ai cru que j'allais m'écrouler, vraiment. alors, bien que n'ayant pas faim, je me suis fait du poisson, et je me suis forcée à finir. bon ensuite j'ai dormi et tout, et quand je me suis réveillée, c'est à dire, il y a 2h, je suis ressortie pour me forcer à manger encore un peu. avalé donc aujourd'hui : fromage blanc, compotes, deux parts de poisson + sauce, un cookie (putain j'ai eu du mal à le finir... je sais c'est con...) et la croûte d'une sorte de tartine grasse avec de l'huile et des champignons et des lardons. enfin, un peu plus que la croûte. disons que l'odeur me faisait envie, mais le fait de manger, pas du tout.
vu ma psy, hier. J'ai pas eu mes barbies, les parents concernés ont pris trop de temps. je les aurai à la rentrée. tant pis. ma psy m'a dit plein de choses, en fait, hier, c'était plus une discussion qu'un entretien psychanalytique au sens strict du terme. je me rappelle notamment que :
- selon ma psy, ma mère et moi avions un lien "pathologique", que j'étais l'objet des pulsions de ma mère (c'est à dire que c'est moi qui me prenais tout dans la gueule, qu'elle en ait ou non l'intention), que s'il y avait eu un homme chez nous, tout aurait été radicalement différent
- elle veut pas que je prévienne Benoît du fait que je vais sûrement revoir Bruno car : ce serait comme lui demander l'autorisation, donc rester sous son influence, alors qu'on est pas en contact en ce moment; car ce serait lui faire du mal pour rien, qu'il n'y a rien d'engagé avec Bruno. elle a aussi essayé de me faire comprendre que ma culpabilité vis à vis de lui est pas bien placée : je disais : pendant 2 ans, il m'a aidée, supportée, aimée, apporté tout ce qu'il a pu et en retour, je le trompe, je le largue et je drague ses potes. ma psy a corrigé : non, pendant 2 ans vous vous êtes battue, vous avez quitté votre mère, trouvé un appart, cherché du boulot, été à la fac, fait tout ce que vous avez pu pour vous en sortir et c'est très bien, mais qu'est-ce qu'il a fait pour lui pendant 2 ans? rien, il a pas bougé d'un iota. vous pouvez pas rester avec lui tant qu'il bouge pas de place un peu, tant qu'il ne fait rien pour lui.
J'ai pas l'impression de m'exprimer clairement par rapport à ça, mais disons que, sans nier toute l'aide qu'il m'a apporté, ni le fait qu'on ait eue une vraie relation de couple (je veux dire, pas seulement basé sur la déprime et blablabla), elle met en avant le fait que j'ai tout fait pour m'en sortir, et que lui non, et que d'une certaine façon, je pouvais rien faire pour lui, à part l'épargner - en lui cachant ce qui pourrait lui faire du mal. voilà, je crois que j'ai à peu près compris la logique de ma psy. j'ai failli me mettre à pleurer quand elle a dit ça, elle avait l'air remonté, ça m'a fait peur.
et puis qu'est-ce qu'on s'est dit d'autre?
elle m'a aussi certifié que j'étais pas psychotique, cause il y a des fois où je me suis demandé, tellement mon rapport à mon corps est bizarre. non, elle m'a dit que j'étais une "belle névrosée", chose qui m'a fait beaucoup rire, mais que voilà, c'est vrai, mon rapport à mon corps est dans l'extrême, parce que ma mère en a pas pris compte quand j'étais petite. ha oui alors ça c'est un truc que du coup j'ai compris hier : chez ma mère, mon corps a jamais eu de place, autant physiquement que moralement. je n'ai jamais eu de place chez elle, étant donné que tout l'appartement était encombré de ses objets, objets qui étaient d'une certaine façon, plus importants que moi et mon espace vital, puisqu'il était impossible de s'en débarrasser. par ailleurs, ma mère n'a jamais vraiment pris mon corps en considération, dans le fait que par exemple, j'ai dû apprendre à contrôler ma faim très tôt (si je lui réclamais à manger c'était pas bien); ou encore un autre exemple tout con, j'ai toujours adoré la danse, une vraie passion, mais qui semble toujours avoir été "invisible" aux yeux de ma mère. je sais pas bien comment dire ça, mais elle ne me voyait que le dessin, comme passion, la danse c'était... je sais pas. ça n'existait pas, tout simplement. je pouvais bien être en train de danser devant elle, c'était pareil que si j'étais assise, ou dans le mur. elle ne m'a jamais non plus que j'étais belle (ou alors, quand j'étais tout bébé, et bébé seulement), mais plutôt que mes fringues me boudinaient, que je mangeais pas correctement, elle me harcelait pour que je fasse du yoga, sa propre passion, ainsi que du roller, sa propre passion aussi. plus récemment, quand elle a découvert que je me scarifiais, la seule réaction à laquelle j'ai eu droit a été "mais c'est dégoûtant", puis elle m'a fait lui rendre son cutter (j'admets : c'était une bonne chose), et ensuite, le problème a été oublié, puisque je n'avais plus son cutter. mais moi j'avais pas oublié du tout, et elle a jamais tilté en me voyant faire la vaisselle manches baissées, ni des longues cicatrices sur les jambes. mes piercings lui ont toujours donné envie de vomir, le fait d'apprendre que j'avais des balafres catastrophiques sur les bras ne l'a pas fait réagir outre mesure non plus. en fait, la liste est très longue.
alors découvrir ça m'a fait un peu mieux comprendre mes envies de maigrir ou de me couper les bras. si mon corps est là, c'est qu'il dépasse, d'une certaine façon, alors pour correspondre au désir maternel, faisons de notre corps une chose qui lui plaise, qui ne prenne pas de place, rendons le androgyne et enfantin par sa maigreur (pour rester la petite fille avec qui le lien était si fort), etc. en ce qui concerne mon problème avec mes bras, c'est un peu différent. ma psy m'avait dit, au tout début que je l'avais rencontrée, qu'il y avait une partie de mon corps, qui inconsciemment, était pas à moi. ensuite, on a découvert que c'était les bras, et que, pire que d'être "absents", ils appartenaient à ma mère. d'où l'acharnement forcené dessus. c'est marrant hein? comme toute la psychologie de l'être humain peut être complexe. j'ai trouvé la dernière pièce du puzzle à l'hôpital, pendant une crise. une patiente que j'aimais bien, d'environ 30 ans, avait décrété que la santé, ça passait avant tout par le corps, alors, à moi et à d'autres jeunes du service, elle s'était improvisée notre petite maman, et nous faisait des séances massages, ou soin du visage.
ce jour là, il y avait pas d'infirmier qui tienne la route dans le service, et j'avais repéré des monstrueux bouts de verre dans les escaliers. il faut bien comprendre qu'à ce moment là, la scarification était une obsession redoutable, considérez moi comme une vraie toxico, je chopais tout ce qui me tombais sous la main, j'avais envie de me couper le matin en me levant et le soir en me couchant, et tout ce que je voyais de tranchant me faisait entrer en crise. là, c'était après que j'ai démoli une partie de la salle de bain (une étagère entièrement en verre...) pour me couper, et j'avais du coup plein de points récents sur le bras gauche, bon, c'était THE balafre. beurk. je commençais en tout cas à comprendre que c'était pas bien de se couper, à le comprendre vraiment, et sitôt les bouts de verre trouvés, je suis retournée au service en courant pour que quelqu'un aille vite, très vite les enlever de là. J'aurais étripé l'infirmier de service ce jour là: il n'a pas compris. il m'a dit de ne plus y penser et de ne pas aller dans l'escalier B de la section A. Le foutu petit connard. Comme si c'était possible, comme si un toxico aurait pu ne pas aller chercher de l'héroïne pure quand il est en manque depuis des semaines et des semaines, que ça va mal et que la tension est à son comble. Il n'a RIEN fait. alors j'ai sauté sur Angélique qui passait par là, j'étais en crise totale, les dents qui claquent, les mains qui tremblent, bref une vraie bonne méchante crise, et je lui ai dit que j'avais besoin d'aide tout de suite, que si on me laissait seule, dans 4 minutes on pouvait me recoudre, encore, et que je voulais plus de tout ça, je voulais arrêter.
Angélique a très bien compris. Elle m'a traînée presque par la peau des fesses avec elle, m'a interdit de la quitter ne serait-ce que d'une semelle, a été voir une aide soignante pour lui expliquer le topo. L'aide soignante a capté, et est partie tout de suite virer les méchants bouts de verre de l'escalier B de la section A. Angélique, elle, m'a réquisitionné dans sa chambre et s'est mise à me masser - les bras, en évitant les points. J'ai cru que j'allais mourir, il fallait que je m'échappe à tout prix. je ressentais aucun plaisir, en fait, j'avais plus mal qu'autre chose, et puis je cherchais toujours à lui retirer mes bras, à faire cesser ce contact horrible, atroce, envahissant. Elle m'a pas engueulée, mais elle est restée très ferme : je devais la laisser faire. alors j'ai obéi. et puis j'ai eu ce flash, d'un coup, de ma petite enfance, un truc tout con. ma mère me carressait énormément les bras, quand j'étais petite, avant de dormir. ça prenait toujours très longtemps, j'adorais ça. je lui disais toujours de le faire encore et encore, et elle, bien contente d'être autant en fusion avec sa fille, restait parfois des heures assise sur mon lit, à me parler et me caresser (les bras), et c'était des moments parfaits, où j'avais tout son amour pour moi et moi seule. alors voilà. c'était ma mère qui avait pris mes bras, ils étaient à elle. et personne ne m'avait jamais séparée "sainement" de ma mère, pas de père pour couper le cordon, alors j'étais partie comme j'avais pu, chose qu'elle avait jamais accepté, et mes bras, de partie du corps adorée, étaient devenus comme tachés, souillés par elle - alors il fallait tout couper. j'ai pleuré comme une dingue et je me suis jettée sur Angélique quand j'ai eu la révélation. pour moi, elle est la personne qui m'a rendu mes bras. Dans une certaine mesure, parce qu'il me suffit de voir des mères maltraitantes/ manipulatrices/ d'avoir des contacts avec ma propre mère/ ou de n'importe quelle femme qui aura un comportement identique au sien, et ça y est, j'ai les bras qui me démangent. voilà pourquoi je peux pas revoir ma mère maintenant. parce que je veux pas recommencer à me faire du mal, surtout vu l'ampleur que ça prend quand elle est là, c'est mauvais. certes, je pète très bien des plombs toute seule, mais la violence a rien à voir si ma mère est là ou pas. c'est cent fois pire quand elle est dans le coin. et deux passages à l'hôpital, ça m'a suffit.
club trance
18/07/2007 23:17 par lalignenoire
J'ai dit club trance parce que c'est le mot que j'ai entendu à ce moment là. Suite.
Chais plus ce que j'ai raconté la dernière fois que j'ai écrit ici, mais toujours est-il que ça y est, la recherche d'appart a commencé. 'Ai passé une bonne partie de l'aprème avec Morine, à passer des coups de fil et poireauter au téléphone et à nous faire ausculter le compte en banque, et puis on a un peu parlé de comment on allait gérer la bouffe (ce qu'elle m'a dit m'a rassuré, elle compte pas me forcer à manger), et les thunes, et puis on s'est dit aussi qu'on allait acheter des chats, du moins, si on a la place. Allons visiter demain 9h 30 appart cours Berriat, grand, pas trop cher, bien situé; l'aprème, on va continuer, et vendredi matin on en verra un autre plein centre, au rez de chaussé (super pour les chats), avec une cour (super!!), un étage, et pour un prix tout à fait acceptable. il y a peut-être anguille sous roche mais on verra bien.
A part ça, l'humeur est : mauvaise. Enfin, suis soulagée et contente d'avoir fait quelque chose de constructif aujourd'hui, et très contente de perspective habiter avec Marion, mais le reste est plutôt prise de tête. D'abord, il y a l'échéance "week-end prochain" qui est en train de se rapprocher à vitesse grand V, et j'ai toujours pas prévenu Benoît que je risquais de revoir Bruno; d'ailleurs, celui-ci n'a toujours pas rappelé pour confirmer. Je commence à baliser sérieusement, au point d'avoir paniqué et fait crise de boulimie, ce qui me fait royalement chier et qui est le deuxième point badant de la journée. Enfin, j'ai peur de comment gérer la nourriture avec Marion, une fois qu'on habitera ensemble. Car accompagnée, je suis incapable de rester à jeun. Je suis terrifiée par l'idée de ce que ne pas manger veut dire, et du coup, histoire de bien prouver que tout va bien, en public, je me gave. C'est atroce. ça fait 3 jours que je me suis remise à manger à peu près correctement, sans pouvoir m'en empêcher et je déteste ça. Je veux absolument maigrir. Je ne veux plus voir de graisse dans ce corps infâme. Peut-être même que je veux plus le voir du tout. Je résiste à la tentation d'aller finir de vomir, en fait. Car il y a encore un reste de cookies, un plat aux légumes, et des barres au chocolat qui sont dans mon ventre et je déteste ça.
Mais j'irai pas. La crise est passée. Du moins, en principe. Non, ne pense pas au paquet de gâteaux qu'il te reste. J'ai dû claquer pour quinze euros de bouffe aujourd'hui. Le poids semble se stabiliser entre 54 et 55 kilos. Je suis moche et grosse. Tous ceux qui disent le contraire sont fous, c'est une certitude.
La nourriture. Horrible sujet, vraiment. Ce matin, j'ai eu un grand coup de haine envers moi-même en constatant que je me prenais la tête sur les courses à faire avant que Marion arrive, parce que j'étais en train de prévoir : - ma propre consommation de bouffe - comment éviter d'être en hypo devant elle - comment ne pas trop manger non plus - des choses à lui proposer au cas où elle aurait faim - choses auxquelles, bien sûr, je n'avais pas le droit de toucher - et donc comment m'en débarrasser au cas où elle n'en mangerait pas. Quelques fois je me fais vraiment trop penser à une anorexique. C'est tout à fait typique, paraît-il, pour elles de prévoir à l'avance ce genre de choses, de s'accrocher à leurs habitudes alimentaires et de s'énerver quand ça se passe pas comme prévu, quand il y a des suprises. C'était tout à fait ce que j'étais en train de faire, et j'étais en plus limite en crise d'angoisse (dents qui claquaient en rentrant chez moi...). Quand elle est arrivée j'étais au bord des larmes, mais bon, c'est passé. Et puis au final, c'est moi qui ai mangé ce que j'avais prévu pour elle, ce soir. J'aurais dû les jeter avant. Je jette toujours énormément de bouffe. Très simplement, quand j'achète à manger dans une boulangerie, je me fais pour mot d'ordre de n'en manger que la moitié. ça donne des moitié de parts de quiches, de pizza, des moitiés de tartelettes au citron (j'adore ça), des moitiés de sandwiches. J'aime pas gaspiller, mais mon poids est malheureusement plus important que ça. Il y a que quand j'ai la tête qui tourne vraiment que je me force à tout avaler, et parfois j'ai du mal et je finis par jeter quand même.
Demain, je prévois journée jeûne. Soupir. Je sais bien que tout ça est d'une connerie confondante, mais c'est comme ça. Je fais ça pour éviter la boulimie, pour éviter d'être attrapée encore et de merder encore, et de vomir encore, chose que ma psy déteste. Elle préfère carrément que je me rationne plutôt que je me gave, alors voilà, je fais ce que je peux. Bien sûr, a-t-elle dit dernièrement, il faudrait pas que ça dure tout l'été, sinon je risque de ressembler à un cadavre ambulant quand on sera en septembre. Mais bon. Pour ça il faudrait que j'arrive à contrôler. Quel dommage que j'arrive pas à faire dans la demie mesure. Ce serait tellement plus simple, tellement plus reposant.
Pire que tout, je me hais. Je hais ce que je vais infliger à Benoît et je hais le fait de ne pas avoir le choix. Enfin, si, bien sûr, j'ai le choix. Je pourrais me sacrifier, lui obéir aveuglément, même si on se voit plus en ce moment. Mais ça voudrait dire, ne pas avoir de soutien ou de mec proche jusqu'à la fin des vacances, au moins. Y a qu'à voir ce que je deviens quand j'ai pas de soutien rapproché pour être convaincu que je tiendrai jamais ce temps là. En tout cas, moi j'en suis convaincue, à tort ou à raison. Et sans même parler de soutien, j'ai besoin de potes proches et mecs, c'est tout. J'aime ça. Avec les mecs je m'entends bien. C'est pas comme les nanas. Elles me font peur, pour la plupart. Ou alors je me sens ignominieusement inférieure à elles. Il faut que je fasse du sport, ce soir. Pour éliminer. Hors de question de rester avec toute cette nourriture molle dans le ventre.
Et puis j'ai une lettre à écrire, pour demain soir. Pour mon père. Ma psy, qui va partir en vacances ce week-end, m'a dit de le faire, c'est mon boulot. Je dois lui dire que je veux changer de prénom, légalement parlant, et que j'aurais besoin d'un mot de lui pour le juge. Je vais m'appeler Viet-Anh. C'est un joli nom, je trouve. J'aime l'idée que c'est mon père qui l'a choisi. Pas comme Alice. Rien que d'entendre ce nom là, j'ai la gerbe. Je me suis jamais reconnue là-dedans, depuis toute petite. Alice est une sale gamine grosse et stupide, qui se fait marcher sur les pieds par tout le monde. Alice est une chose à l'intérieur de moi qu'il faut détruire. Alice est l'enfant de ma mère. Viet-Anh est l'enfant dont ma mère n'a pas voulu, c'est beaucoup mieux.
Il y a déjà beaucoup de gens que j'ai converti au prénom Anh. Je dis Anh pour faire plus simple. J'aime pas quand les gens croient que c'est "Anne". J'ai jamais aimé Anne. A-N-H, voilà, ça c'est bien, et il y le hache à la fin. Encore mieux.
Benoît s'est jamais fait à ce prénom. Ah, lui et le changement, on a déjà remarqué qu'il aimait pas ça. Il a même pas changé le nom dans son répertoire de portable, et ça fait pourtant un an que certains m'appellent comme ça. Il a jamais voulu l'utiliser. Pour lui je suis Alice, point barre. Encore une raison qui a fait que j'ai voulu tout arrêter. C'est pas à lui de choisir mon prénom, même si je comprends que la personne qu'il a aimé s'appelait Alice. Il faudra que je mette Bruno au courant. C'est important, oui.
Quoi d'autre? rien. Si. J'aime pas l'idée que ma psy parte en vacances. Sans elle, je fais toujours comme je peux, et c'est pas toujours ce qu'il y a de mieux. Je me suis dit que j'allais changer les règles en ce qui concerne les vomissements. Plutôt que d'autoriser une crise par semaine, je vais essayer de les interdire pendant 7 jours consécutifs. Et puis on augmentera le temps petit à petit. J'espère que j'y arriverai.
Ce sera bien d'avoir un chat. Enfin, c'est pas une certitude, mais ça me plairait beaucoup. J'ai toujours adoré les chats. J'en avais un chez ma mère, mais c'était une sauvage qui attaquait tout le monde, connus ou inconnus. Ce qui m'a pas empêché de beaucoup l'aimer. Grizzeline. Oui un nom sarrasin, tout à fait d'accord. Très belle chatte. Yeux verts, poils longs, blancs, noirs et marrons. Elle avait deux traits noirs qui partaient du coin des yeux, comme si elle s'était maquillée, et deux petites tâches marrons sur les babines, comme si elle venait de boire du chocolat. Très mignonne. Moi mon futur chat, je lui donnerais bien un nom de psychopathe. Ou un nom de maladie. Je pourrais peut-être l'appeler Barbie. Ou Psychopathe, tout simplement. Ou Barbe Bleue. Ou LSD, ça sonne bien. Ou Verbigération, Logorrhée, Graphorée, Héautoscopie, Paranoïa, Mysanthropie. Ce serait sympa. Je me demande où est-ce qu'on va les trouver, nos futurs chats. Ce serait bien de ne pas les payer trop cher, voire de pas les payer du tout. Ce serait bien qu'ils soient déjà castrés et tatoués, aussi. Enfin bon. Ce serait bien de pouvoir les avoir, déjà.
