tjr moi...
01/09/2007 23:43 par lalignenoire
19h 56
Je suis pas dans un gouffre noir mais presque. En ayant en tout et pour tout avalé aujourd'hui 2 fromages blancs et une soupe, le poids reste à 53 kilos, pile. Haïssable. Traître de corps maudit, pourquoi reste tu si gros, pourquoi ne pas redescendre à 52? c'était bien 52 non? moi j'aimais bien en tout cas. Corps infâme. J'ai l'impression d'être tellement large et envahissante que je pompe l'air de tout le monde, et comme je vois personne en ce moment, des passants dans la rue et des autres passagers dans les bus, qui ne peuvent que me remarquer par ma présence grassouillette et mon air de tête à claques ambulant. Je suis misérable et stupide, et je lutte comme une dingue contre la crise. Je m'étais fixé pour objectif de tenir jusqu'à mercredi, et si je résiste encore ce soir, mercredi c'est demain. J'ai pas de thunes, mais on trouve toujours de quoi se payer de la bouffe. J'aurais peut-être pas dû aller encaisser ma paie de 100€ tout à l'heure. J'ai envie de manger, terriblement envie, pour me punir de ce corps si laid et si gros, tiens, mange, mange jusqu'à en vomir, étouffe toi avec ta bouffe, nique tes intestins, nique tes doigts, tes dents, crève, baleine répugnante. Je désespère. je me demande combien de temps je vais devoir m'affamer pour perdre ce foutu kilo. Et dire qu'il en reste encore 3 ou 4 à perdre. Enfin, selon moi. Autour de 50 -49 kilos, là ce sera gérable. Là, je devrai arrêter de maigrir. Mais d'ici là, il faut continuer, souffrir, vomir, expier une faute que j'ignore mais qui est tout de même bien là, puisque je me hais tant.
J'ai revu ma psy tout à l'heure, et j'avais honte parce que j'ai pas de quoi la payer. Par contre je lui avais ramené un petit cadeau de mes vacances, et elle a dit que ça lui avait fait plaisir. Elle a dit que je serais tirée d'affaire quand je pourrai avoir des relations à la bonne distance avec mon père: ni trop loin, ni trop près. Bin putain. On est mal barré. Enfin cela dit, selon elle, il est beaucoup moins un cas desespéré que ma mère. Oui c'est ce qu'elle a dit, littéralement. Bon dieu, cette bonne femme me fait peur. J'ai tellement envie de manger. Monoprix est encore ouvert, Mc Do aussi. Non non non, je dois pas aller faire des courses. Après je vais grossir et si ça se trouve, le poids va remonter à 55, horreur fatale. Surtout que j'ai des difficultés à vomir ces temps ci, va savoir pourquoi, la bouffe ne veut plus ressortir. C'est dégueu. Et puis même quand ça sort, j'ai parfois cette impression d'étouffer, ou qu'il y a quelque chose qui me broie les tuyaux et que je vais crever, alors dans ces cas là j'arrête tout de suite (ou bien je ralentis un peu, si je suis incapable d'arrêter) et je vais faire du sport quand ça va un peu mieux. Je devrais peut-être faire ça ce soir, du sport. Mais je suis un peu emmerdée parce que je suis pas loin de l'hypoglycémie, déjà. SI j'allais manger, ça irait mieux. Oui mais si je vais manger, je vais plus pouvoir arrêter et je vais vomir, et quand je tiens pas debout, difficile de faire du sport. Putain de merde, si vous saviez comme j'en ai marre de tout ça. C'est tous les jours la même chose : je dois manger pour ne pas tomber ni être trop en hypo, mais manger provoque des crises et j'ai interdiction de vomir. Alors se pose la question: que faire? en référence à ce que m'avait dit ma psy, qui préférait que je restrictionne plutôt que je boulimise, je restreints. Mais je peux pas restreindre toute une semaine, c'est beaucoup trop long, et d'ailleurs je ferais un malaise bien avant la fin. ça y est, j'ai la tête qui tourne. J'ai une horrible et tenace envie de manger. Non non non, toujours pas. Si tu es bien sage, peut-être que demain en te levant, le poids aura descendu, un peu. Enfin d'un autre côté, quand on vomit bien tout ce qu'on a mangé, on peut perdre jusqu'à 2 kilos en 2 heures. ça j'avoue que c'est tentant aussi, ça m'est déjà arrivé. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai perdu les premiers kilos, en vomissant. Je conseillerais mon régime à personne, vraiment. Tout mais pas ça. Mangez des pois chiches, des carottes et de la nourriture de lapin. Faites de la corde à sauter,si vous en avez l'énergie. Cuisinez vous des plats délicieux à la crème allégée et au blanc de poulet. Quelle sainte horreur. Si j'arrive à attendre jusqu'à 21h, je suis sauvée. Ou presque. Il me restera plus qu'à déprimer sainement, je sais pas, appeler quelqu'un, pleurer un grand coup, continuer mes dessins, chanter, écrire, lire. Non non non non. J'ai tellement envie de manger. Je sais pas si je vais tenir. Je me dégoûte. Surtout qu'il faudrait bien tout vomir si je veux pas prendre du poids après, ou bien enchaîner la crise sur 1h de sport minimum. Ce qui est très difficile tant je me sens faible après une crise. Je frôle souvent le malaise.
BORDEL, j'ai la tête qui tourne atrocement, maintenant. Hier j'ai plus bouffé qu'aujourd'hui: 4 fromages blancs, une soupe et un mini pain aux noix. Oui les noix c'est calorique, merde. C'est peut-être à cause de ça que le poids veut pas descendre? Aujourd'hui, 2 fromages blancs et une soupe. Je passe mon temps à boire, je vais finir potomane, ce sera vachement bien. J'alterne thé, chocolat chaud (j'ai trouvé un truc qui se fait sans lait, à l'eau et qui est assez bon) et soupe, mais la soupe peut parfois déjà déclencher la crise, parce que c'est plus consistant que du thé, n'est ce pas? En fait, avec ce que j'ai mangé en deux jours, je me demande comment ça se fait que j'ai aussi peu eu la tête qui tourne, y a un truc pas normal. Peut-être la crise de samedi, pas intégralement ressortie. C'est con, en rentrant j'étais à 52, et j'étais même pas à jeun. Quand je serai à 52 de nouveau, j'essaierai de retrouver l'équilibre que j'avais chez Bruno. Thé vers midi, salade composée dans l'aprème ou du moins, quand j'ai faim, fromages blancs/ yaourt, et soupe le soir. Parfois en début d'aprème j'allais m'acheter une patisserie dans une boulangerie, genre tartelette au citron, j'adore ça. Dommage que ce soit si calorique, mais enfin, je l'éliminais dans l'après midi puisque j'allais marcher minimum une heure, après. D'ailleurs je rentrais souvent en hypo, mais enfin, ça restait très gérable et très correct. Je me demande combien de temps ça va durer, toute cette merde. Je me démerde beaucoup mieux quand j'habite chez/avec quelqu'un. Chez Bruno et Johanna, oui, ça allait plutôt bien. Certes l'envie me reprenait à intervalles réguliers, mais comme j'étais entourée, je résistais beaucoup mieux, par respect pour la personne avec moi. Là j'ai personne à respecter. Dans le principe, il devrait y avoir moi, mais on a déjà remarqué que ce facteur là rentrait pas tellement en compte.
Demain matin je vois mon éducatrice, Ariel. Ce sera bien de parler avec elle. Ce serait encore mieux si elle avait un peu de temps et qu'on pouvait aller boire un café quelque part, mais enfin, on verra bien. Après, normalement, Clara appelle et on doit se capter quelque part dans l'après midi. J'ai trop honte de me présenter à elle en mode TCA. J'espère qu'elle est à un poids normal, histoire que je sois pas tentée de l'imiter, mais plutôt de m'en sortir, moi aussi. Il faudra aussi que je mange, demain midi.
20h 33. Monoprix va pas tarder à fermer ses portes et faire le vide parmi les clients. J'ai faim. J'ai la tête qui tourne. Je dois pas manger mais j'en ai une envie... dévorante.
3h 20
j'ai beau essayer de pas y penser ou de me le cacher, y a pas à dire, le moral est à zéro. je me sens grosse et bouffie, moche et conne et avec les cheveux gras. Et seule. Week-end improductif et nullissime, où j'ai appelé personne et où personne m'a appelée. enfin, si, mais soit j'étais pas là pour répondre, soit j'avais pas assez de crédit pour re textoter. Minable. Mes seuls contacts humains ont été Msn, les clodos devant l'auto-école et la boulangère à qui j'ai acheté à bouffer tout à l'heure. Msn a aussi été hautement déprimant, puisque j'ai parlé tout à l'heure à Rej, qui m'a parlé de Johanna. Johanna, à qui il va payer la moitié du trajet pour venir à Grenoble pendant les vacances de la Toussaint. Johanna, que j'adore, mais de qui, il faut bien l'avouer, je suis jalouse. Et en y réfléchissant, je sais même pas si je suis jalouse du fait qu'elle soit si proche de Rej, ou du fait que Rej soit si proche d'elle. Alors bien sûr, je m'en veux. J'ai des vues sur deux personnes avec qui il pourra jamais rien se passer. Elle parce qu'elle est une fille et parce que je crois vraiment pas qu'elle me considère avec ambiguîté, et lui bah c'est impossible parce qu'il est le meilleur pote de mon ex ainsi que le futur mec de ma meilleure amie. Alors à quoi bon, hein? J'avoue que ces jours-ci mes vieilles envies de me flinguer me reprennent en masse. Je me dis que j'ai pas le droit de le faire, parce que si je le fais, je vais faire beaucoup de mal à tout le monde, et si je me loupe, je vais me faire taper dessus par un bon nombre de personnes, alors non, je vais rester sage ce coup ci. Je vais m'acheter des barbies, continuer à écrire de la merde, continuer mes dessins et me venger sur la bouffe quand je saurai plus quoi faire d'autre. J'ai évité la crise de justesse tout à l'heure, et vous savez comment? en constatant qu'il me reste que 40€ sur mon compte, et que je sais pas combien de semaines je suis censée tenir avec. Demain il va falloir aller voir mon chef pour lui demander ce que ma mère a fait de ma paie et lui filer un Rib histoire qu'elle me foute la paix. Il faudra aussi aller au Centre Hauquelin, prendre rdv avec l'assistante sociale pour comprendre tout ce merdier de paperasse qui traîne, prendre aussi rdv avec l'infirmière pour qu'elle me file un somnifère et que je puisse dormir au moins une nuit complète cette semaine, et aussi avec mon éducatrice parce que je me suis habituée à la voir régulièrement, problèmes ou pas, mais que là ça pourra faire que du bien. Tiens ça me rappelle que Nuny était censée rentrer d'Argentine aujourd'hui, et la dernière fois que j'ai eu ma psy au téléphone elle a dit qu'elle lui dirais de m'appeler, mais enfin, comme d'habitude, elle a pas appelé.
Je cogite Bruno qui veut sortir avec moi, Bruno qui est si gentil et si innocent ("une tafiole" a dit Rej), Damien qui m'aurait volontiers sautée et qui s'étonne que ni Rej ni Benoît ne lui répondent plus ("ex ou pas, si elle me fait des avances je la baise", a-t-il dit à Benoît, qui s'est efforcé de ne pas le planter sur place), je cogite Benoît, de qui je suis toujours dingue, je cogite Rej, à qui je devrais tout simplement pas penser, je cogite Johanna, qui me manque, je cogite Marie, que j'aimerais vraiment voir pour lui pleurer dessus et lui raconter mes malheurs sentimentaux, je cogite Clara que je dois voir mercredi, je cogite Corinne, que je verrai peut-être sous peu, mais peut-être pas, je cogite ma psy, que je revois mardi ( et j'ai pas de thunes pour la payer... ), je cogite mon poids infâme et le fait que tout le monde me dit que je suis une liane, je m'efforce de repousser les crises mais putain, tenir 3 jours dans cette ambiance me paraît foutrement impossible, je cogite ma nourriture (journée jeûne demain?), je cogite mon putain d'avenir et ma putain de rentrée scolaire (prévue pour le 10) et les putains de rencontres que je vais faire, je cogite la colocation avec Morine, qui va certainement pas être pour tout de suite, quand bien même elle aurait trouvé un taf, parce que j'ai rien sur mon compte, je cogite ma putain de mère, qui a passé ces 3 derniers jours à me harceler de textos, je cogite mon père, qui a compris qu'une certaine distance entre nous était nécessaire, je cogite les crises et le fait que ça va encore plus me foutre sur la paille que prévu; je me demande aussi comment laver les 3/4 de mes fringues sans aller au lavomatic et comment m'expliquer avec Yvann sans l'appeler, et comment gérer son anniversaire qui est pour dans dix jours précisément, et j'ai absolument rien qui me permette de lui faire un cadeau quelconque, je cogite tous les mecs que je foutrais bien dans mon pieu mais avec qui c'est impossible (Benoît, Benoît, Benoît), je cogite ma sale tronche et mes diverses démangeaisons, je cogite enfin le fait qu'il est bientôt 4h du matin, que j'ai aucune envie de dormir, que j'ai envie de brûler des calories, que je suis si grosse et avec tellement de kilos à perdre, et le fait que Bruno me trouve suffisamment sèche pour devoir prendre au moins 5 kilos (il me chope le poignet et me montre qu'avec ses doigts il peut en faire à l'aise trois fois le tour, ou presque), et tout ça me plonge dans un abîme de désespoir profond, dont le seul truc comique est la phrase de ma psy, me disant "rassurez vous vous n'êtes pas psychotique, au contraire, vous êtes une belle névrosée". LOL. Et Benoît vient de se connecter sur Msn, j'ai très envie de lui parler comme d'habitude, mais peut-être qu'il est bourré, vu l'heure qu'il est, et moi je vais mal et j'ai peur de l'envahir et de le faire chier avec mes conneries, mais enfin, j'ai vraiment envie de lui parler quand même, mais à quoi bon? j'irais bien faire un tour dehors. Avec un peu de chances vu l'heure qu'il est, je pourrais peut-être tomber sur un psychopathe qui m'achèvera à coups de hache et mettra fin à mes souffrances gothiques à la con, sauf qu'en fait, le seul mec que j'aie rencontré qui ait attaqué des gens à la hache, et bien j'ai baisé avec et même qu'il était vachement fort, parce que contrairement à certains, il connaissait le sens et l'utilisation du mot "clitoris".
Et voilà que je suis en train de parler à Benoît, dont le pseudo en ce jour de gloire est un simplissime "La Méchanceté". Quand à moi, ça fait quelques semaines que je suis Barbie Pulsion. Ah on est bien assortis tous les deux n'est-ce pas? miam, c'est beau l'amour. Pff. Minable, minable, minable.
...
Hum. Il est mignon. Non, ne retombe pas amoureuse. Ah, oui c'est vrai. c'est déjà fait, et depuis un petit moment déjà. N'empêche. La 2ème chose qu'il m'a demandé après le traditionnel "quoi de neuf", ç'a été si je sortais avec Bruno. Rhhaaaa. Je donnerais n'importe quoi pour avoir passé mes vacances avec lui et pas avec B. numéro deux. Soupir.
elle m'a fait bizarre cette photo... c'est Johanna qui l'a prise et putain, je me trouve longiligne dessus. au point de pas me reconnaître ou de me dire que c'est un effet de mon pantalon, qui est vraiment large. hum.
moi, chez Johanna..
22h 36
ça y est, ce coup ci je suis bel et bien de retour sur Grenoble, et en principe, y a plus de raisons que j'en bouge.
...
J'ai l'impression qu'il s'est passé tellement de trucs depuis la dernière fois que j'ai écrit que je sais même pas par où commencer. Alors je vais raconter mon séjour chez Bruno, ensuite on verra.
Lundi soir, après 2h de train dans un paysage magnifique, j'arrive à la gare de St Jean de Maurienne, avec armes et bagages. Bruno et Damien sont là, à côté de la voiture à Bruno, en train de m'attendre. Les voir tous les deux adossés à la bagnole me fait rire, ils ont tous les deux l'airs de deux beaux gosses en mode chasse, vous savez, l'air nonchalent, mais terriblement attentifs. Enfin bref, on embarque tous mes bagages et on grimpe dans la station au dessus de la ville. C'est l'heure du repas, et je me laisse entraîner dans une sandwicherie où il n'y a pas de salade, en pensant que ça va aller. Je me prends un norvégien à je sais plus quoi, les deux mecs se prennent des repas gargantuesques, comme d'habitude, je percute qu'il y a du fromage dans mon sandwiche - et c'est la crise. J'aurais dû couper ce putain de sandwiche en deux dès le début et balancer l'autre moitié, mais je l'ai pas fait. Après l'avoir presque entièrement bouffé, j'attaque les frites de Bruno, qui n'en veut plus, et sans même vraiment me rendre compte de ce que je suis en train de faire, je les finis. Puis, c'est l'obsession et la culpabilité, il faut que j'aille vomir. On rentre à l'appart, Bruno commence à prendre sa tête de "merde il y a un truc qui cloche avec elle", mais avant qu'il ait eu le temps de dire ouf, je suis déjà enfermée dans les chiottes. Et là tout d'un coup, je panique. Ils sont dans la pièce d'à côté, ils vont forcément m'entendre vomir. Je fume une clope, fais les 100 pas, enlève bague et chaîne, me retrouve à genoux devant la cuvette des chiottes, deux doigts dans la bouche. Non, impossible. J'ai trop honte de moi. Je me relève, refais les cent pas, me remets en face des toilettes... non, toujours pas. Alors, au comble de la honte, je ressors. Bruno voit ma sale tronche, me chope sur le balcon et me fait parler. Je vire crise d'angoisse, dents qui claquent, mains qui tremblent et compagnie, et puis petit à petit, je me calme. La crise s'en va. Bruno essaie de me faire voir le bon côté des choses, que j'ai déjà réussi à tenir des périodes données sans faire de crise, que je peux recommencer, qu'il faut y aller doucement, et il me dit encore à quel point je suis mince, que les frites que j'ai mangé ne vont certainement pas me faire grossir, etc. Quand ça va mieux, je lui dis qu'il va falloir que j'aille me faire des courses, les repas dans cette sandwicherie sont impossibles, pour moi. Je lui dis aussi que je suis pas sûre de mon coup si je fais des courses au Casino du coin, en journée, je préfèrerais ne pas être seule. On décide de redescendre sur St Jean de Maurienne le lendemain soir, d'ici là je devrai faire au mieux.
Le lendemain, je suis à peu près calmée, Bruno et Damien bossent sur le pas de tir, je brasse à droite à gauche, continue de visiter les environs, tout se passe bien. En soirée, Damien retrouve ses parents qui sont venus le chercher pour qu'il aille installer son appart sur Chambéry, il doit revenir jeudi soir. Je suis surprise et j'angoisse un peu de rester seule avec Bruno, mais bon, on verra bien comment ça se passe. On descend tous les deux en ville, on fait un tour dedans en parlant ordinateurs, prix, processeurs et compagnie, je fais mes courses et on remonte.
Le reste de la semaine c'est plutôt bien passé, même si je me suis mise à sérieusement angoisser pour la fac, le boulot, mon avenir en général et que ça m'a fait déprimer, mais en passant des coups de fil à droite à gauche (Marie, ma psy, Christian...), j'arrive à zapper ça. Je pars aussi souvent visiter le coin, en suivant des petits chemins de randonnée. J'arrive une fois à une vieille maison en ruine, avec vue plongeante sur la vallée, et je dis à Bruno de venir me rejoindre, si ça l'intéresse. Bruno se montre tout à fait aimable mais j'ai du mal à le cerner. En fait, plus le temps passe et plus j'ai l'impression de voir à quel point il est mal dans sa peau, peu sûr de lui, et du coup pour faire oublier ça et plaire, il se met parfois à parler en faisant "genre", ça m'énerve mais je dis rien. Et, je sais plus quel soir, il m'annonce aussi qu'il a des vues sur moi, et que bon, il aimerait bien qu'on sorte ensemble. Pour moi, c'est le blocage direct. Je l'aime bien et son corps m'attire, mais sortir avec lui, là maintenant tout de suite, c'est non. Trop rapide, et puis j'aime pas avoir l'impression d'être le mec dans le couple - j'aime pas être celle qui domine, j'aime pas être celle qui contient, j'aime pas être la plus sauvage et la plus dure. Alors je crois que ce sera non. Bruno, j'en aurais bien fait un pote de baise, mais le fait qu'il connaisse à la fois Damien, Rej et Benoît m'en coupe toute envie. Je crois que c'était jeudi soir, je me suis mise à pleurer comme une dingue dans mon pieu, à regretter que ce soit pas Benoît, avec moi dans cet appart. Je pense peu à lui parce que ça fait mal, mais putain, il me manque atrocement. Je l'ai pas dit à Bruno, mais c'est aussi une des raisons qui font que je vais pas sortir avec lui. Ou pas maintenant du moins.
Damien est pas remonté dans la station, après. Bruno a fini par lui dire que ce serait mieux qu'il remonte pas, histoire d'avoir moins de bordel à gérer au moment de redescendre, alors on est restés tous les deux toute la semaine. Hier soir on a été en boîte et j'ai passé une sale soirée. J'avais pas envie d'y être avec lui, j'avais honte de sa façon de danser. Une fois de plus, j'ai regretté qu'il essaie tellement de plaire, de se montrer fort et tout. ça marche pas, ça se voit trop. Et ça m'énerve. Benoît serait peut-être très content d'entendre ça, qui sait.
Enfin voilà, tout ça pour conclure que je suis sur Grenoble et que je cogite à fond. Il va y avoir beaucoup de paperasse à gérer: les APL (qui ont été coupées...), le dossier de la bourse, faire rembourser mon inscription à la fac par le Crous, voir ce que ma mère voulait qu'on fasse comme trucs, voir ce que donne la MC2 (je les ai appelés mardi et ils feront une première séléction la semaine prochaine, j'ai le trac), voir quand est-ce que ma rentrée a lieu et quelles matières je vais devoir suivre, voir quand est-ce que je devrai leur amener les papiers nécessaires à la réinscription, renouveller si possible mon abonnement à la TAG (pour avoir accès illimité aux bus), voir ce que ça donne au niveau de la recherche d'appart avec Morine (j'ai l'impression que ça va tomber à l'eau), me démerder pour être assurée par une mutuelle étudiante qui va encore me demander des millions de thunes que je n'ai pas, et peut-être que ça y est, j'ai tout dit. Hum, miam, moi qui ai toujours aimé la paperasse, je vais être servie.
Bon à part ça, ma psy a rencontré mon père, ça y est. Il paraît qu'il voulait vraiment comprendre pourquoi j'étais partie comme ça, si vite, et qu'il a vite changé d'avis en ce qui concerne certains trucs. Par exemple, ma psy lui a expliqué la situation entre moi et ma mère, lui a dit que c'était pas un caprice d'enfant mais que je pouvais réellement plus vivre chez elle (c'est d'ailleurs elle qui me l'avait dit la première fois...), qu'il était important que je sois nommée par lui; elle lui a dit aussi que non, je faisais pas partie d'une secte (il a pas aimé du tout mon aspect physique, piercings, pointes, noir et compagnie), que j'étais d'ailleurs quelqu'un de responsable et de sérieux, qui a du respect pour ses parents (dans l'ensemble). Au téléphone, elle m'a dit que pour lui faire entendre tout ça, elle avait dû lui raconter certaines choses de mon passé pour mieux faire passer la pilule, genre que ma mère me parlait de sa sexualité (il paraît qu'il a fait un bond sur sa chaise, le pauvre homme), que pendant 2 ans j'avais plus eu envie de vivre (putain ça m'a fait bizarre d'entendre ça parce que c'est pas vraiment ce que j'aurais dit), que chez ma mère j'avais failli me balancer par la fenêtre (strictement vrai) et que le personnel du 3ème B avait eu beaucoup de mal à me "récupérer" (ça je l'ai appris comme lui, faut croire) de là où j'étais, et puis elle lui a aussi fait comprendre qu'enfin, j'avais plus l'âge qu'on fouille dans ma valise et qu'on décide quelles fringues j'allais porter ou non. Il paraît qu'il a à peu près accepté tout ça, même si son comportement va peut-être pas changer du tout au tout. Il a aussi dit à ma psy qu'il s'inquiétait pour mon frère, qui se tape la tête contre les murs, mais quand elle a essayé de lui donner son point de vue, il a bloqué direct. Dommage...
Enfin c'est bizarre parce qu'en relisant ça donne l'impression que je me prends beaucoup la tête, mais étant donné que je viens de manger et de vomir, j'ai plutôt la tête vide. Je voulais dire aussi que... le poids a recommencé à descendre, j'en suis sûre maintenant. En rentrant, alors que j'étais pas à jeun du tout, le poids était à 52 kilos. Je suis contente, mais je commence à penser que si je descends en dessous de 50, je vais me faire engueuler par tout le monde. Il y a beaucoup de choses qui me bloquent chez lui, mais je dois dire que Bruno est vraiment bien en ce qui concerne ma façon de bouffer. Il a même failli me faire pleurer tout à l'heure, en me disant que j'étais maigre comme un clou. Bon je suis évidemment convaincue qu'il exagère, mais enfin, il avait l'air vraiment sûr de lui en disant ça. C'est la première fois qu'on me le sort, ça. Le problème, c'est que j'ai beau avoir conscience d'être un petit gabarit à côté d'à peu près n'importe qui, je me vois toujours aussi massive. L'autre problème, c'est que quand j'étais à 57 kilos, je me disais que 50 ce serait bien, mais maintenant que je m'en rapproche, je me dis que bon, 49 ou 48, ce serait mieux. J'ai l'impression que dans mon entourage, il y a encore que Benoît qui me trouve toujours "nickel". On en avait parlé le soir où il était venu dormir chez moi, il y a deux semaines. Nickel, mais il faut pas perdre plus, ça il le dit aussi. Nickel. C'est le mot qu'il avait employé, il y a 3 ans, quand je lui avais demandé s'il était bien avec moi. Pincement au coeur.
Tiens il y a un autre sujet qui me trotte dans la tête en ce moment, c'est que j'ai appris il y a peu que Corinne, ma meilleure amie d'enfance, avait accouché d'une petite fille en août. Et ouais. La fille qui m'a raconté son premier baiser, la fille avec qui j'étais en maternelle, primaire, collège et lycée, elle est maman. ça faisait longtemps qu'on avait pas été en contact, mais je crois que ma mère lui a donné mon numéro de téléphone (ou alors je sais pas où elle l'a eu), alors j'ai fini par lui proposer de se voir, la semaine prochaine. Je me demande vraiment ce qu'elle devient, si elle va bien. Même si on a dû radicalement changer depuis la seconde, Corinne est tout de même La fille avec qui j'ai grandi. De même que La personne qui m'ait initiée au rouge à lèvre, aux talons hauts, aux belles fringues et aux belles coupes de cheveux. ça me fait vraiment bizarre aussi de penser qu'elle est maman, et que moi je me débats avec des problèmes de bouffe, soit problèmes avec la féminité et la maternité. En parlant de ça, j'ai aussi eu des nouvelles de Clara, une des filles que j'avais rencontrées à l'hosto, et la seule avec qui j'ai plus ou moins gardé contact. Elle a énormément bossé cet été, et lundi elle va venir s'installer sur Grenoble, pour pouvoir aller à la fac. Normalement, on devrait se voir mercredi. ça fait un an qu'on s'est pas vues, elle aussi je me demande si elle va bien et qu'est-ce qu'elle raconte. J'ai juste un peu honte de me présenter à elle amaigrie et boulimique, mais heu, je fais ce que je peux. Je pensais pas que je tomberais là-dedans, honnêtement.
Enfin bref. ça fait du bien d'écrire, même si j'ai toujours un peu la gerbe. Je crois que je vais aller danser un moment... j'ai pas pu tout vomir tout à l'heure, j'avais l'impression que j'allais crever si je continuais.
1h 53, clope
Finalement, je vais pas rester à Grenoble. J'ai eu Bruno au téléphone samedi dans la journée et on a convenu que j'allais repartir chez lui dans la montagne. Enfin c'est pas vraiment chez lui, c'est un logement de fonction, mais bon, il est tout de même le locataire légal du studio. Cool, je vais être entourée de mecs (et oui j'adore ça, même si j'ai eu des mauvais échos d'eux), pas seule chez moi et dans un cadre super. Je vais de nouveau brasser comme une dingue demain. En fait, il faut que je refasse ma valise, que je résolve la question du "que vais-je faire de mon linge sale", que je renvoie de la paperasse pour le dossier de la bourse, apparemment il manque des trucs, que j'aille à la gare dans la matinée pour prendre mon billet, que j'appelle Bruno pour lui dire à quelle heure je débarque, et que je limite la casse avec la bouffe. Le poids est toujours entre 52 et 53. 54 quand je viens d'avaler un bol de soupe, du chocolat chaud et du thé (je bois beaucoup, dans l'espoir de me caler et d'éviter les crises). Pas vomi depuis que je suis rentrée de chez Jo, je dois dire que je suis très fière de moi même si je garantis rien pour demain. Cela dit, ce serait bien que j'évite, parce que se trimballer une valise quand on a des sueurs froides et des vertiges c'est vraiment pas sympa. D'ailleurs en parlant de sueurs froides, j'ai la tête qui tourne parce que j'ai pas vraiment mangé ce soir.
Week-end bizarre. Pulsionnel serait le mot. Samedi, je me suis réveillée en total bad trip, et Bruno m'ayant envoyé son petit texto pour savoir comment je vais, j'ai répondu pour la première fois que ça allait mal. Réaction immédiate, il me dit qu'il finit ce qu'il a à faire et dès qu'il est dispo, il appelle. Il a appelé, et c'est là qu'il a proposé que je revienne dans la montagne. Wouah, trop bien. J'ai adoré le lieu, bien que les touristes friqués soient pas forcément les gens avec qui je me sente le plus à l'aise. Pour la suite de la journée, je suis partie me balader en ville, j'ai chopé des bouquins à la bibliothèque, j'ai regardé et déprimé devant l'état de mon compte en banque (le mois de septembre va de nouveau être très serré...), ce qui m'a fait conclure que je pouvais pas me permettre de me racheter les boucles d'oreilles que j'ai oubliées chez mon père, ni m'acheter des barbies pour me passer les nerfs dessus, puis je suis allée faire des courses. ça c'est relativement bien passé, j'ai juste un peu compulsé avec des crèmes desserts, mais je suis quand même arrivée chez Yvann en hypo. C'était l'anniversaire à Morgane alors on a bien fait la fête, il y avait donc Yvann, Franck, Jérémie (un autre Jérémie), Gilles (un ex à Momo que je trouve tout à fait à mon goût mais qui habite Nice), Séverine (une sorte de goth bizarre avec un côté ado rebelle, mais aimable dans l'ensemble), son mec Yannick, et la mère à Morgane, Yannick aussi. Et Morgane, bien sûr. ça m'a fait super plaisir de les voir et j'ai été dans l'ambiance tout de suite. Vers minuit on a décollé de l'appart, direction chez Cathy, la patronne de Momo, dont le mari fêtait aussi son anniversaire. Vu l'état de Jérémie qui s'est remis à boire, on a dû mettre 3/4 d'h à traverser la ville. Arrivés chez Cathy, je constate la présence de plein de goths grenoblois que je passe mon temps à croiser sans jamais avoir eu l'occase de parler avec, l'ambiance est décontractée, Cathy ne semble rien avoir contre moi ce qui me rassure beaucoup.
Cathy, pour dresser un peu le tableau, c'est la patronne du salon de coiffure The Beautiful People, LE coiffeur goth du coin. Enfin, il y a aussi Zen et Scalp, mais ils font tous les deux des prix parfaitement inabordables, et l'ambiance à Beautiful People est beaucoup plus sympa. Cathy, la trentaine, maman d'une petite fille Cassandre, forte en tête, grosse voix, est typiquement le genre de femme qui me fait paniquer. Je rampe à plat ventre devant elle, à tel point que je sais même pas si je l'adore ou si je la déteste. Enfin bref. J'ai aussi toujours eu l'impression qu'elle et Seb, son mari, étaient un peu le papa et la maman des jeunes goths grenoblois, c'est marrant. Seb, je l'aime bien. Il est immense, baraqué, avec la nuque rasée et des écarteurs aux oreilles et des tatouages sur les bras. Il est gentil. Enfin bref, la soirée est plutôt sympa, même si j'ai du mal à me trouver une place au milieu de tous ces gens inconnus, et d'ailleurs parmi les gens que je connais, je suis la seule nette, semble-t-il. Je copine avec Gilles, un peu.
Milieu de soirée, toujours chez Cathy, je bade un peu parce qu'ils sont tous en train de parler d'un certain Jocelin qui craque en ce moment et qui a mordu et failli étrangler une copine à Cathy ces deux derniers jours. Cathy s'énerve et dit que s'il s'était pas passé telle et telle chose, elle lui aurait tapé sur la gueule. Puis, second coup de nerf, injustifié celui là, quelqu'un renverse une bouteille de bière sur le balcon de sa voisine, on se fait engueuler alors que la fautive, que j'ai vu faire, fait pas partie de notre bande de jeunes. Cathy nous râle dessus, Gilles et moi avons bien vu qui l'avait fait, je fusille la fille du regard, mais cette pouffiasse ne dit rien et on ramasse pour elle. Bref, passons. Si j'avais été une salope, ou si j'avais eu un peu plus de couilles, je lui aurais dit d'assumer ses conneries, point barre. Enfin bon. Vers 3h, on repart, on va se caler dans un parc un moment puis retour sur l'appart à Yvann et Franck. J'apprends qu'il y a eu beaucoup d'embrouilles avec Jérémie n°1, qui est à présent l'ex à Morgane, et j'en ai marre d'entendre râler Yvann à son propos. D'ailleurs plus il boit et plus il s'énerve contre ce mec, qui est même pas là ce soir. Il veut le foutre dehors, s'énerve contre Franck qui comprend pas ce qu'on lui reproche, et enfin bref, arrivés en bas de chez eux, Yvann est dans tous ses états, en mode pulsion totale, fonce chez lui, déloge l'intrus, lui hurle dessus et le fout dehors. Moi je bous de rage mais je me tais. Franck aussi rage. Perso, Jérémie ne m'a jamais rien fait, au contraire il a toujours été plutôt sympa et j'ai bien aimé le fait qu'il me soutienne quand j'étais à Paris. Alors je vais lui parler, une fois qu'il est en bas, à la rue, totalement largué et un peu dans le mal. Il finit la nuit dans le camion à Charlène. J'essaie de me calmer un peu et je rejoins les autres à l'appart. Fin de nuit tranquille pour moi, même si j'en veux à Yvann de s'être autant laissé aller.
Je dis pas que foutre dehors Jérémie était une mauvaise idée en soi (il vit tout de même chez eux depuis quelques mois...), c'est la façon de faire qui m'a mise sur les nerfs. Yvann est accro à Franck, et d'après tout ce qu'il m'a dit dans les précédentes semaines et mois, il se sent tout à fait capable de tuer quiconque se met entre lui et son homme. Or voilà, Jérémie s'est bien entendu avec Franck, en plus de s'installer dans son appart - et, horreur et damnation, Franck ne reproche rien à Jérémie et Yvann est jaloux comme un dingue. Alors j'aime pas l'idée qu'il se soit laissé mener par ses pulsions. Et j'aime pas non plus le fait qu'il m'ait hurlé dessus depuis son balcon pour pas que je parle à Jérémie, mais ça je sais qu'on en reparlera. Parce que j'ai des choses à dire à ce propos et qu'il va les entendre, un jour ou l'autre. Enfin, on verra ça plus tard.
Journée d'aujourd'hui, glande totale, jusqu'au moment où j'en ai eu ras le bol et où j'ai essayé de motiver les autres à bouger. Leur indécision et leur lenteur m'exaspère, ainsi que le fait que je lutte contre la crise et que je passe mon temps à grignoter des restes de gâteaux d'anniversaire, ce qui fait que je me dégoûte proprement. Yvann est distant. Morgane et Charlène le félicitent d'avoir jarté Jérémie aussi violemment, il se tait et moi aussi. L'inciter à rester toujours plus dépendant et accro à Franck me semble pas une bonne idée du tout, autant pour lui que pour Franck et leur couple. Et aussi parce que je vois qu'Yvann réagit toujours plus violemment dès que quelqu'un s'approche de Franck, alors ça passe bien tant que c'est sur des inconnus, des cons ou des têtes de turcs, mais si jamais il commence à s'en prendre à moi, Morgane ou Charlène, ça va être mauvais. Franck laissera beaucoup moins faire et moi je suis prête à remettre Yvann à sa place, si jamais mes intérêts personnels sont concernés. Ah bordel, je divague. Tout ça pour en revenir au fait que j'ai fini par péter un plomb, et qu'au moment où ils allaient enfin sortir, Rej me rappelle, me dit qu'il est ok pour ce soir, étant donné qu'on en avait parlé la veille, alors je réserve la soirée pour lui. Bref, en sortant de l'appart, je suis au bord du pétage de plomb et tout le monde le voit. Yvann essaie d'en parler un peu mais le contact passe pas. Il sait que j'ai pas du tout aimé sa façon de faire avec Jérémie et ça reste entre nous, alors il me laisse bader. Je les quitte presque en furie (sans avoir vraiment compris pourquoi..), rappelle Rej pour lui dire que voilà, j'ai envie d'étriper tout le monde. Il me rassure, me dit qu'on va aller se boire une bière et ça ira beaucoup mieux après.
Suite de la soirée avec lui: très bien. Il me change les idées en un quart d'heure chrono, on parle de Johanna, de Benoît, de Bruno. Il me redit qu'il a aucune estime pour lui, ni pour Damien. Il me dit que la remarque que Damien avait faite me concernant, avait été dite en face de Benoît. Ah le con. 'Paraît que Benoît a failli le planter sur place en entendant ça. Rej me redit que bon, je fréquente qui je veux, mais que s'il m'arrive quelque chose, "des têtes vont tomber". Il me dit qu'entre Bruno et son ex (la mère de sa fille), ça c'est presque fini en baston. Merde, c'est badant ça. Je lui dis que bon, moi j'ai rien contre Bruno, qu'il se conduit tout à fait correctement avec moi et que je tâte le terrain. Je me livre un peu quand on parle de célibat, je lui dis que d'habitude je me trouve des "potes de baise" et que ça fait bien l'affaire le temps de se trouver un mec. On rigole ensemble, il me dit qu'il a fait ça aussi une fois. Je mesure tout ce que je dis, quand même, parce que je sais qu'il est le meilleur pote à Benoît. ça me fait plaisir de voir que Rej a de l'estime pour moi. Je crains juste qu'il finisse par me préférer à Johanna. Je fantasme peut-être, mais parfois je me demande ce que j'aurais ressenti pour lui s'il y avait eu ni Beu ni Jo, et je me dis que, déjà, j'en aurais bien fait un pote de baise, justement. Au moins. Mais voilà, suivant ce qu'il dit de Johanna, je sais pas quoi penser. A vrai dire, elle elle me disait la semaine dernière qu'il lui avait fait des déclarations d'amour et tout et qu'il avait eu l'air vraiment accro, mais face à moi c'est pas le même refrain du tout. Il me dit qu'il est largué avec elle, qu'elle sait pas ce qu'elle veut, qu'il la comprend pas vraiment, et aussi, qu'il a peur de faire quoi que ce soit avec elle parce qu'elle est très jeune (elle vient de fêter ses 18 ans, lui approche des 23, a envie de se caser et de faire des gosses), et aussi par rapport à ses idéologies racistes, bin voilà, elle aime pas trop. Normal, elle vient de Côte d'IVoire, a des origines Franco Libanaise et Vietnamienne et je sais pas quoi encore. A ce propos, et c'est la première fois que je l'entends nous comparer, il dit que ça va, moi j'ai l'air assez cool avec ça. Elle non, pas vraiment. C'est vrai. Moi j'ai été vaccinée tout de suite avec Benoît, il y a bientôt 3 ans. Un jour on avait commencé à parler des racailles et tout, et il m'a fait comprendre son point de vue (racaille = arabe = merde) et là j'ai dit que c'était bête, parce qu'il commençait à bien me plaire. S'en est suivi une grosse réflexion perso de plusieurs jours, où je me suis demandé si je pouvais sortir avec un mec à tendance facho, et où je me suis dit que, quand même, le petit Benoît il me plaisait vraiment bien. On est donc sortis ensemble et on a appris à pas parler de politique. Avec Rej c'est un peu la même chose. On sait tous les deux qu'on est pas d'accord, et quand il se lamente en voyant passer des Blacks ou des Arabes dans les rues ("Pauvre France", dit-il), je me bouche les oreilles et je passe à autre chose. J'ai beau être moi aussi fille d'immigrant, je me sens beaucoup plus touchée quand il appelle les nanas des femelles. Là je lui fais la remarque. Mais c'est vrai que dans l'ensemble, je suis bonne patte.
D'ailleurs dire ça ici me fait vraiment bizarre. Parce que d'un côté, maintenant que j'en parle c'est vrai que je suis très tolérante sur des kilos de trucs, et en même temps, bah il me respecte, alors je me demande comment je me démerde. Bah, chais pas. Et même plus que de me respecter, il me protège. Je sais pas. Il doit y avoir un truc qui passe. C'est vrai que je sais pas. Ma philosophie, en ce qui concerne les gens, c'est que je m'en fous tant que je me sens pas directement touchée. Tant que mon équilibre perso est conservé, tant que je me sens pas attaquée par une personne, mise en danger, mise dans la merde, bouffée, envahie ou autre, je laisse passer. Ses remarques facho, je me sens à peine concernée. Ses remarques macho aussi, parce que je doute qu'il le pense sincèrement. S'il le pensait vraiment, il serait sans doute jamais sorti avec aucune nana. Et puis mis à part ses remarques à la con (en fait à force, j'en viens à en rigoler), il se conduit tout à fait bien. Alors j'ai pas de raison de le jeter, surtout que je l'apprécie et que le fréquenter m'apporte des trucs. J'aime bien son franc parler.
... ça me fait cogiter sur ma façon d'être, ça. sur mon éternelle question de pourquoi je fréquente des mecs apparemment aussi infréquentables (alcooliques, toxicos, racistes, potentiellement violents...). C'est vrai qu'en fait, moi je me fous un peu des idées des personnes, je regarde plutôt ce que cette personne m'apporte, comment je me sens avec, comment elle se sent avec moi, et si elle me respecte. A part ça, j'apprécie les personnes intelligentes, capables d'analyser les choses avec un minimum de recul, capables de raisonner et d'entendre des choses. Avec ça, c'est vrai que je peux trouver des gens de tous les bords différents. On remarquera que ce genre de personnes ne correspond, semble-t-il, ni à mon père, ni à ma mère, ni, peut-être, à ma famille en général, grands parents exceptés. C'est bizarre. Mais je crois que je viens de trouver un truc intéressant, alors tiens, je vais aller au dodo avec cette idée réconfortante en tête. J'espère juste ne jamais tomber amoureuse de Rej. ça, ce serait problématique.
3h 35, fond sonore: Manu Chao
Et bin voilà, je suis de retour. Et autant le dire tout de suite, l'humeur est mauvaise. Triste et torturée. J'aurais passé un été meilleur que celui de l'an dernier, mais assez merdique tout de même, et j'angoisse d'avance pour le retour à la fac. En fait, il y a plein de choses qui me prennent le chou et je sais même pas par où commencer. Je crois que je vais faire comme la dernière fois, je vais commencer par raconter les derniers évènements. Ma semaine chez Johanna, par exemple.
Alors d'abord il y a eu la journée du samedi. J'ai fini par aller à la gare dans un état totalement second, puis j'ai marché comme un automate jusqu'au magasin de bouffe le plus proche de chez moi, j'ai acheté des kilos de trucs, j'ai tout bouffé et tout vomi. Aucun souvenir de ce que j'ai fait dans la soirée, mais tout ce que je sais c'est que c'était pas intéressant. Dimanche, debout vers 6h, aller à la gare à 8h, puis train direction Valence, puis TGV jusqu'à Montpellier (3/4 d'heure d'attente), puis TGV jusqu'à Toulouse, ville que j'ai trouvée moche et déprimante, surtout que j'y ai poireauté 3h, que 4 cons m'ont abordée et que j'ai dû rembarrer méchamment un vieux pervers, et puis enfin, dernier train jusqu'à Orthez, je me retrouve assise à côté d'un vieil homme d'affaire, il sent mauvais mais il a l'air honnête et pas prise de chou, c'est bien. Après 3h de train, j'arrive à Orthez.
Johanna est là, éblouissante de beauté. Rouge à lèvre vermeil, noir sur les yeux, une veste avec de la fausse fourrure, jupe en pane de velours: tout le monde la regarde. Moi à côté, avec mon simple pantalon noir et ma veste sans manche vert kaki, je fais tâche. Peu importe. Elle me court dessus et on se serre fort. Dieu, elle m'avait horriblement manqué, je suis au bord des larmes, elle aussi, je crois.
Et puis je vais peut-être pas raconter ça jour par jour, mais enfin, on a beaucoup parlé. On s'est dit tout ce qu'on avait pas eu le temps de dire en deux ans, ça faisait beaucoup. Plus je l'écoute et plus j'ai mal au coeur pour elle. ça fait deux ans qu'elle est dans un isolement et une solitude horrible, et puis elle est beaucoup plus atteinte par les TCA que ce que je pensais, en fait, dans tous les domaines, la situation est pire que ce que je pensais. Ses mecs, hormis Rej, la foutent plus ou moins dans la merde, la font culpabiliser ou abusent d'elle, du coup j'ai envie d'en étriper la moitié. Ses potes semblent pas la comprendre, pour la plupart, la traitent d'anorexique dans le sens méprisant du terme - alors que ça devrait absolument pas être le cas, je vous rappelle qu'il s'agit d'une maladie, pas d'un caprice, merci. Ses parents, qui sont adorables, sont extrêmement envahissants. Sa mère, surtout. Elle veut tellement le bien de ses enfants, et c'est une intention louable, mais qui me détruit ma Johanna. ça me rappelle ma propre mère, quoique la mienne était beaucoup plus barrée. En fait, aucun des parents ne veut couper le cordon. Pour donner un exemple simple, Johanna et son frère Ali vont aller à la fac l'an prochain, et ils vont devoir aménager dans des chambres étudiantes à Bordeaux. Je pensais que c'était une bonne chose jusqu'à ce que je vois à quel point leur vie était déjà réglée et prévue d'avance par les parents. Ali, qui est pourtant l'ainé, ne semble rien y trouver à redire, mais sa soeur ne pense pas la même chose. Décidément, faire le ménage de son frère, avoir sa chambre juste en face de la sienne, retourner voir ses parents le week-end ou les vacances, sans parler du fait que les parents ont appris qu'il y avait beaucoup de Libanais dans cette fac, et que bon, ce serait bien si les enfants fréquentaient des gens du pays n'est-ce pas? Et puis d'ailleurs, ils ont bien envie d'aménager à Bordeaux, les parents, histoire d'être pas loin des enfants. J'ai été horrifiée. Jo et Ali vont quitter le nid familial, mais ça changera peut-être rien à rien. ça me déprime.
Enfin bref, j'ai beaucoup écouté Johanna et j'ai essayé de chercher des solutions pour que ça aille mieux. ça me faisait bizarre de lui donner mon point de vue, comme ça, un peu comme si j'étais sa grande soeur ou son éducatrice. Je me suis principalement basée sur ma propre expérience et sur la façon de faire de ma psy avec moi, c'est à dire, essayer d'évaluer le degré de souffrance et voir si on a dépassé le stade du supportable ou non, et ensuite, faire au mieux. Je pensais pas que Jo était déjà en mode Insupportable. Enfin... je change de sujet. J'ai fait ce que j'ai pu pour elle, j'espère que c'était bien et que j'ai pas joué à la petite prétentieuse de base. Je lui ai dit que ce serait vraiment, vraiment bien de couper le cordon avec ses parents (dans un sens de prendre ses distances tout en restant en contact), de s'entourer de gens sur qui elle puisse compter, et puis, j'ai aussi pensé que Rej pourrait beaucoup l'aider, étant donné qu'il est le seul mec dont elle m'ait parlé qui tienne la route et qui se soit occupé d'elle. Quel dommage qu'il soit si loin d'elle.
Et puis sinon, qu'est-ce qu'on a fait de beau? j'ai visité le petit village médieval où elle habite, très joli, mais avec beaucoup de cons dedans. En l'absence des parents, on s'est fait des salades équilibrées et on a rien mangé qui nous donnerait envie de vomir. J'étais inquiète quand elle allait aux toilettes après les repas. On a regardé beaucoup de films car elle est une grande cinéphile, j'ai donc pu découvrir 2 classiques que j'avais pas encore eu l'occase de voir: Tigre et Dragon, et Edouard aux mains d'argent. Deux chefs d'oeuvre. On s'est aussi baladé dans Orthez, on a parlé de fringues, de mecs, de bouffe, de déprime, de Benoît, Rej, Bruno, Sam, Yvann, Alice, Delphine, Steve, tous les gens qu'elle connaissait sur Grenoble, on a parlé de parents, de maltraitance et d'envahissement, on a cuisiné un fondant au chocolat pour une fête chez une amie à elle, puis on a été faire la fête chez cette amie et c'était bien; et puis on a aussi pris des photos de nous avec une webcam, et puis la semaine s'est écoulée en un clin d'oeil, et cette aprème, je me suis retrouvée dans un train, à pleurer tout ce que je pouvais et à regretter de devoir partir si vite.
J'ai aussi eu ma psy au téléphone en début de semaine, et on a parlé un peu de tout. Elle m'a dit que mon père avait accepté de la rencontrer (elle va être sur Paris la semaine prochaine et bien qu'elle soit en vacances, elle va aller le voir) et je lui ai dit qu'une de ses amies (à mon père) m'avait appelée pour me demander ce qui s'était passé et tout et tout. Amie qui avait sans doute les meilleures intentions du monde mais à qui j'ai pas parlé vraiment correctement - tant pis, merde. Je lui ai aussi parlé de Bruno, Rej et Benoît, et ma psy a été très positive à ce propos. Elle m'a demandé mes impressions à moi concernant Bruno, alors en y réfléchissant j'ai dit que je le pensais incapable de me faire du mal, que je le voyais très gentil, presque innocent, et moins violent que moi et que tous mes psychopathes habituels. Elle a rétorqué que certes, mes "psychopathes habituels" provoquaient toujours des sentiments très forts et que c'est pas forcément le cas de gens gentils tout simplement, mais qu'enfin, ça me ferait sans doute du bien de voir autre chose. Elle a aussi dit que si je le voyais comme ça, c'était sûrement la vérité parce que je suis très perspicace dans le fait de voir les gens, et par rapport au fait qu'il m'arrêtait pas dans mes coups de pulsions, il fallait lui faire comprendre qu'il y était autorisé - et ensuite on verrait. Par rapport à cette histoire de pulsions, c'est que j'ai réalisé que, si j'avais été en présence de Rej, Benoît ou Christian, mes 3 mecs les plus extrêmes, je me serais jamais laissée aller à me couper. Je me serais mise à pleurer direct ou je sais pas, mais enfin, j'aurais tellement eu peur de me prendre une baffe en cas de dérapage que je l'aurais pas fait. En tout cas, on verra ce que ça donne avec Bruno. Il a été très attentionné toute cette semaine, à m'envoyer des petits textos pour me raconter sa vie et me demander comment ça allait et tout. Très gentil en effet. Je suis carrément pas habituée à ça, mais c'est agréable. Je me demande juste s'il serait capable de m'arrêter en cas de pétage de plombs.
Tiens en parlant de lui, il m'a aussi proposé d'aller au Mans, en compagnie de Damien, lui et une copine à lui. Au début j'étais plutôt prête à refuser, et puis après discussion avec ma psy, qui m'a un peu mise au clair par rapport à ce que je veux ou pas, je me suis dit que ce serait une bonne idée, en fait. Le seul soucis, c'est qu'en fait il pourra peut-être pas y aller, trou financier oblige. Alors on verra. Pour tout.
Sinon pour parler de la bouffe toute cette semaine, et bin d'abord je suis plutôt soulagée parce que le poids est resté à 53 kilos et que les parents à Johanna ont été très cool avec moi, à me proposer plein de choses très bonnes et sans jamais me forcer à manger, ce qui fait que j'ai même pu manger des frites (oui enfin bon, j'ai culpabilisé ma race après coup, mais seule, je me le serais jamais permise).
Il y a juste eu hier soir où j'ai dérapé. Je m'étais sentie particulièrement grosse et moche toute la journée, et la mère à Johanna, Nathalie, qui est très bavarde, s'est mise à nous parler des enfants qu'elle aidait à l'école primaire où elle travaille, et puis en fait je crois que les gens bavards qui s'arrêtent pas ça a tendance à me faire disjoncter (sans doute des réminescencs maternelles...), et au cours du repas elle nous a parlé des cordons ombilicaux qu'on place sur le visage des nouvelles mamans en Afrique pour purifier et laver tout ça, et que si on le fait pas on l'expédie en Europe pour en faire des cosmétiques, et enfin bref là je suis partie en couille. On remarquera que c'est toujours les mêmes situations qui me mettent en mode pulsion : des adultes, ou des femmes particulièrement, qui parlent, qui parlent trop, au point que j'ai l'impression de disparaître, dans une situation où je dois faire bonne figure, où j'ai un peu peur de la personne, sans parler du fait qu'ici, elle parlait de détails gores de la maternité et de l'accouchement, sujet qui m'a toujours complètement révulsée. Enfin tout ça pour dire que j'ai foncé prendre ma douche et que j'ai gerbé mon thon à la tomate dedans en un rien de temps.
Je peux pas m'empêcher de me demander si c'est sorti si facilement parce que le sujet de conversation était particulièrement répugnant ou parce que j'étais sous l'eau chaude, mais c'est pas important. Je l'ai pas dit à Johanna, après. Je voulais pas qu'elle en veuille encore plus à ses parents, je voulais pas lui faire de peine, et je voulais pas lui donner envie de vomir à elle aussi.
J'écris vraiment décousu ce soir, j'ai l'impression. Je dois être fatiguée. Je sais pas où j'en suis. Demain c'est l'anniversaire de Morgane, je vais y aller. Pas de gueule de bois ce coup ci, c'est une certitude. Dans la journée, je pense que ce serait une bonne chose que d'aller m'acheter des Barbies, il y a beaucoup de pulsion dans l'air. J'aimerais bien arriver à pleurer un coup et ne pas tout détourner en vomissant ou en me coupant, histoire de faire un peu passer toute la merde de la semaine dernière. Enfin... ça fait une heure que j'écris, et bien qu'il y ait comme toujours aucune conclusion potable, je vais essayer d'aller dormir. J'espère que mon esprit voudra bien me laisser en repos un moment. Surtout que j'ai pas de somnifère chez moi. J'espère aussi que j'arriverai à pas faire de crise demain, mais j'ai un doute. C'était très limite ce soir en rentrant, et si je l'ai pas fait, c'est parce que j'étais en hypo et que passer au Mc Do avec valise et sacs était carrément au dessus de mes forces. D'ailleurs j'ai bien cru que j'allais m'écrouler dans mes escaliers. 5 étages à pied avec la tête qui tourne atrocement, une valise à porter et des sueurs froides, c'était pas génial du tout.
La nuit suivante, j'ai eu du mal à m'endormir. J'ai rassuré à peu près tout le monde en disant où j'étais et comment ça allait, et puis après avoir mangé chez Flora et Baptiste, un couple qui avait copiné avec Bruno et Damien, on est rentrés. Impossible de dormir, et mon téléphone sonne. Il est 1h 30 du matin, et Rej m'appelle. Il vient d'apprendre que je suis en contact avec Bruno et Damien, et me dit sa façon de penser. Pas par rapport à Benoît, mais plutôt parce qu'il considère ces deux gars comme des "grosses merdes", qui en veulent qu'à mon cul, pas dignes de confiance - pas dignes de moi, dit-il. Il est aterré. Moi aussi. Comme les deux mecs en question sont dans la pièce d'à côté, je lui dis de rappeler demain, en journée. Et puis j'ai dormi et fait la grasse mat, non sans avoir envie de tuer tout le monde.
Dans la journée, je suis seule. Bruno et Dams bossent au stand de tir, je peux bien faire ce que je veux. je vais me caler dans un coin tranquille, rappelle Rej. Il est encore plus consterné en apprenant que je suis chez Bruno, présentement. Il précise que, en ce qui le concerne il sait pas, mais il a déjà entendu Damien faire des réflexions à mon sujet, comme quoi au moindre signe de ma part il me saute dessus. Fantastique. Venant de Damien, je suis pas tellement surprise. Je lui ai jamais fait confiance. En ce qui concerne Bruno, je sais pas. Rej me dit de faire très attention à moi, de profiter du paysage, et surtout, de le prévenir au moindre pépin. Il me dit qu'il est prêt à les éclater tous les deux si jamais il se passe quelque chose. Je me dis que Benoît serait sans doute avec lui pour leur faire la peau, et même si je me demande si j'ai fait une erreur d'estimation grosse à ce point là, je suis contente d'entendre que Rej assure et se préoccupe de moi. ça lui ressemblerait pas de faire ça pour Benoît, ou pour foutre la merde. Encore une fois, je me pose la traditionnelle question du "qu'est-ce que j'ai qui plaît à des mecs aussi potentiellement violents", mais j'ai toujours pas de réponse. Pour le reste, je lui fais confiance. Après tout, il a été capable de m'accueillir chez lui à 3h du mat une nuit de grosse déprime, et ça, ça compte. Après son appel, encore plus larguée qu'avant, j'appelle Yvann. Je fais le point avec lui, il me passe Morgane, qui se dit dégoûtée par ce qui s'est passé avec mon père. Je commence à me détendre un peu.
Après quoi, j'ai grimpé dans les hauteurs, au dessus de la station, et j'ai profité du cadre. C'est très beau, il y a plein de grandes montagnes partout. Quand le brouillard tombe, je redescend. Il caille, alors je retourne bouquiner en bas. Dans la soirée, je passe mon temps à scruter les deux zozos avec moi. Ils sont dans leurs jeux vidéos, j'ai l'impression d'être transparente. je sais pas si Bruno serait capable de me faire chier, volontairement, mais en tout cas, il s'occupe presque pas de moi. Je fais bonne contenance, mais je me sens pas du tout en sécurité. Dans la nuit, le téléphone sonne de nouveau: ce coup ci c'est Benoît, qui me dit lui aussi de faire gaffe aux "gens" avec qui je suis, mais à cause de la came. Putain c'est pas possible, ça s'arrêtera jamais. Gros pétage de plomb, je fonce dans la salle de bain, me charcute entièrement un bras à coup de rasoir, ressort au bord du malaise (il y a eu une crise d'angoisse dans la soirée aussi, et le froid n'arrange rien du tout). Bruno est le seul réveillé, il a lâché ses jeux et s'intéresse à moi. Conversation nocturne où il me dit qu'il aimerait m'aider, mais qu'il sait pas comment s'y prendre, s'il va me déranger ou pas; il me dit aussi qu'il m'aime vraiment bien, plus que de l'amitié, qu'il s'est demandé pourquoi c'est lui que j'ai appelé pour squatter chez lui un moment. Dans la série "tout le monde veut mon bien mais je sais plus ce que je dois faire" c'est pas mal, je trouve.
Journée d'hier, j'ai de nouveau pas mal téléphoné et pas beaucoup dormi. J'ai parlé à Nuny, qui a été positivement révoltée par mon père: à la façon argentine, c'est à dire qu'elle l'a injurié et dit qu'il méritait des baffes, cet hijo de puta. Je l'adore. Elle me dit par rapport à mes mecs que je verrai plus tard, c'est vraiment pas le moment de se préoccuper des réputations de chacun. Elle me dit qu'elle pense fort à moi. Adorable, ma deuxième maman. Ensuite, j'ai appelé Johanna. Il paraît que ses parents se sont inquiétés pour moi, elle aussi, et qu'ils ont tous crus que je viendrais pas, finalement. On parle des horaires de train pour le lendemain (aujourd'hui), et ça me paraît difficile d'arriver chez elle avant 20h. Après, je suis partie faire mon tour quotidien, m'acheter à manger, j'ai aussi trouvé des petites sucreries pour la famille à Johanna et pour ma psy (ça va être la toute première fois que je lui fais un cadeau, ça me fait bizarre mais elle a tellement assuré que c'est le moins que je puisse faire), puis je suis partie me caler dans un champ et j'ai comaté. Ah, c'était bien, ce passage là.
Dans la soirée, on se fait un poker avec Damien, Bruno, Flora, Baptiste, et un mec nommé .. je sais plus comment. J'ai failli gagner, mais ma paire de rois finale était pas suffisante face à l'as de Damien. Dommage. Ensuite, ils décident d'aller s'acheter à manger dans une sandwicherie en bas. Je me dis c'est cool, il y aura des salades. J'ai lutté contre la crise toute l'après-midi, fantasmant sur des kilos de sandwiches à la mayonnaise. Arrivés en bas, horreur: pas de salade. Rien que des sandwiches à la mayonnaise. Je blémis, finis par prendre un cheeseburger, parce que c'était ce qu'il y avait de plus petit. Je me résous à n'en prendre que la moitié, voire un peu moins, pour éviter la crise. Face à mon assiette, je suis totalement seule. Malgré la conversation de la veille, Bruno est totalement absorbé dans le récit d'exploits anthologiques avec Damien et je suis absente. En plus, j'ai froid. je suis devenue très frileuse avec mes 4 ou 5 kilos en moins. ça au moins ils l'ont compris et je me retrouve avec 2 parkas sur les épaules.
N'empêche que je tiens plus. Trop envie de pleurer, et je me barre dans l'appartement pour avoir la paix. Avec le peu que j'ai mangé, impossible de vomir, c'est même pas la peine d'essayer. Bruno a fini mon sandwiche, heureusement. Quand ils rentrent, je suis sur mon ordi, à écrire ma rage sur le clavier, comme une furieuse. J'ai mis le casque pour écouter du Abruptum à fond. Bruno a l'air un peu désemparé, mais s'il attendait le coche pour me demander comment ça va, le coche est en train de partir à vitesse grand V. Mon téléphone sonne. Je commence à avoir un sale pressentiment, après ces deux derniers jours. C'est Johanna, qui m'annonce que... elle avait oublié de me le dire, mais il faut que je parte 3 jours plus tôt de chez elle. Merde, c'est pas vrai! ils se sont donné le mot ou quoi? Après avoir raccroché, c'est le mode pulsion qui parle pour moi. Retour dans la salle de bain, je résiste à l'envie de m'exploser l'autre bras, je pleure un coup. Je me dis que je vais retourner écrire un moment, et s'il y a toujours aucun signe de présence de Bruno (de nouveau devant son PC), il faut que je sorte faire un tour pour me calmer. Bon. Enfin un point positif, il se manifeste. Me demande si ça va ("super", ai-je dit), si je veux parler ("t'es dans tes jeux vidéos tu veux que je te dise quoi?"). Il est gêné, sait plus quoi faire, me redemande si je veux parler. "La question est si toi tu veux parler ou pas", j'ai répondu. Il a dit oui, et on est sortis sur le balcon.
C'était bizarre de se retrouver là, tous les deux, alors qu'on se connaît très peu et après tout ce que j'avais entendu sur lui. N'empêche, c'était pas mal de parler. Je vais peut-être être cruelle en disant ça, mais malgré le fait qu'il soit tombé à fond dans l'alcool et la dope pendant quelques mois, malgré le fait aussi qu'il ait failli se tuer, qu'il ait une fille et tout, je l'ai trouvé très innocent. Presque perdu, enfantin, ou pitoyable. Je sais pas du tout ce que je vais faire avec lui. Son corps et sa gentillesse me plaisent, mais sa façon de se vanter, de se mettre en avant, de pas arrêter de parler de lui, ça me gave. Si jamais on sort ensemble, ça durera pas longtemps. Et puis quand j'ai l'impression de dominer à fond quelqu'un, de pouvoir lui faire faire ce que je veux, de l'influencer, pour moi ça s'annonce mal. Parce que la personne, généralement, va se mettre à m'adorer très vite, mais ce sera pas réciproque. Je peux pas m'appuyer sur quelqu'un que je considère comme moins fort, moins féroce ou moins violent que moi. Alors je crois que je vais encore rester célibataire un petit moment. Bruno, il aurait été idéal comme pote de baise, un peu comme les deux Seb. Une relation complice, sympa, où je suis malgré tout pas amoureuse, mais qui fait du bien aux deux, en principe. Sauf que c'est impossible. Je baiserai pas comme ça, au pif, avec un mec connu par Benoît, Rej et Damien. On sait jamais ce qui peut se passer, et en cas de problème c'est hors de question d'avoir certaines choses qui me reviendraient aux oreilles. Enfin voilà. Je lui ai dit que s'il voulait m'aider, c'était à lui de monter dans le bateau, à lui de voir s'il pouvait supporter des situations extrêmes comme je suis capable d'en faire, à lui de voir s'il voulait prendre des initiatives. Mais moi, quelqu'un qui reste dans ses jeux vidéos, même en me disant après coup qu'il était disponible, j'y crois pas. Pas une seconde. Soit tu es là, soit non. Je crains qu'il espère beaucoup, à présent. Je me suis pas mal confiée, mais étant donné que j'étais en mode "contrôle total, domination et Mortifère", j'étais loin de tout. Il pouvait me dire n'importe quoi, j'avais un sang froid total. Voilà le rôle de Mortifère, quand Alice craque. Sauf que là, niveau domination c'était très soft. D'habitude, c'est plutôt que je me reconnais plus dans les glaces, que j'ai envie de tout casser et que je suis prête à tuer n'importe qui.
C'est peut-être pour ça que j'ai trouvé Bruno très innocent face à moi, même s'il est plus âgé.
à part ça, pour aujourd'hui, il faudra que je m'occupe de manger un peu (mais ça va être difficile parce que j'ai très envie de criser), d'échanger mes billets de train pour le lendemain (oh merde, est-ce que c'est possible vu que la date du départ a été dépassée?), d'appeler Johanna pour lui dire à quelle heure est mon train. J'avoue que pour le moment, ma seule préoccupation est de manger. Je viens de lire un rapport d'autopsie d'une fille boulimique et ça me donne carrément pas envie de faire la même chose, mais enfin, j'ai envie de manger. C'est un peu nul d'écrire autant pour arriver à une conclusion pareille, mais bon, pour la suite de l'histoire, de toute façon j'en sais rien. Bruno a dit qu'il ferait des efforts pour être plus présent. ll a l'air motivé. Je me demande à quoi bon, qu'il soit plus présent. Enfin on sait jamais. Demain je pars chez Johanna. Normalement. Elle m'a demandé mes préférences alimentaires par téléphone et j'ai dit de surtout pas me forcer à manger, pour le reste je suis pas difficile. Elle a pris note. Elle avait une toute petite voix, l'air pas bien du tout, ça m'a désolée. Surtout que j'ai failli l'étriper quand elle m'a appris que je resterai moins longtemps que prévu chez elle. Enfin on s'est dit qu'on aurait tout le temps d'en reparler demain.
13h 12, chez moi
Et bin ouais, je suis à Grenoble. Ma semaine a été une série de catastrophes et de coups durs et j'en ai carrément ma claque. Avant de me plaindre, je vais d'abord la raconter.
Lundi soir, après avoir écrit et bouclé ma valise, Benoît appelle. Il se trouve qu'il est chez Rej et qu'il est dans le mal à fond, alors il a besoin de parler. Vu l'heure et le lieu où il est, je lui dis de passer, et comme ça risque de faire tard pour son retour chez lui, qu'il dorme ici, si ça l'arrange. Un petit moment après, donc, il débarque. Pas frais. De sale humeur. En fait, ce que je lui ai dit dans l'aprème lui a foutu un sacré coup de pied au cul. Je lui ai dit qu'il se prenait pas en mains, qu'il prenait aucune initiative pour améliorer sa vie. C'était la 2ème fois seulement que je le voyais pleurer, ça m'a fait mal au coeur, mais j'espère avoir pu lui dire quelque chose qui va le faire avancer. Quand il va mieux, je continue à brasser et à stresser de plus en plus par rapport à mon père. Je tape presque une crise en constatant que j'ai perdu mes boucles d'oreilles. Ce coup-ci, c'est Benoît qui assure.
Au matin, coup de fil du paternel : il arrive. Le temps de me faire un thé et une clope, il est là, juste en bas de chez moi. Je fonds en larmes, me sens tout d'un coup incapable de descendre mes escaliers. Benoît est toujours là, me tapote l'épaule, me rassure, finit par me faire descendre et porte ma valise. Quel incroyable gentleman. En bas, je repère une magnifique voiture gris métallisé immaticulée Paris avec des Asiatiques dedans. ça ne peut être que la voiture de mon père, mais pour l'heure, je sais pas où il est, il a disparu. Alors je m'approche timidement de la nana que je suppose être ma belle mère, et je me présente. Mon petit frère est à l'arrière, plus jouflu et plus grand que l'an dernier. Et mon père débarque. Accolade rapide, on cale mes affaires dans le coffre, et go.
Le voyage jusqu'à Paris se passe plutôt bien. Mon père semble ravi de m'avoir là, sa femme semble plutôt bien m'accepter, je joue un peu avec mon frère. Pourtant il y a des choses qui me plaisent pas du tout. Comme, par exemple, l'habitude de Quoc Viet (mon frère, donc) de se taper la tête à grands coups, tout seul. Ou son air terrorisé quand mon père s'approche de lui. Au repas, je gère à peu près, mange presque suffisamment pour avoir la paix, et suffisamment peu pour ne pas trop culpabiliser. Je m'endors.
Vers 16h de l'après midi, ça y est, on est à Paris. On s'arrête au quartier chinois pour faire des courses et on se tape encore 20 minutes de trajet pour arriver à l'appart. Je flippe plus tellement, je me dis que mon père n'a pas l'air si méchant que ça. Erreur. Le quartier est une banlieue comme j'en avais encore jamais vue, j'ai l'impression de débarquer dans un pays du Tiers Monde : travaux abandonnés sur la voirie, routes défoncées, tags absolument partout, pas de noms de rue, des terrains vagues, et des gens qui me semblent tous avoir l'air triste et pauvre. Tout d'un coup je comprends mieux les rappeurs parisiens. Je sors moi-même d'une cité, mais à côté de celle ci, Teisseire est un véritable lieu de bonheur et de sérénité. Bref. On est à l'appart et j'hallucine. Tout est d'une propreté éclatante, mais ce qui me surprend vraiment, c'est la chambre de mon frère. Presque pas de jeux, une seule peluche (où est celle que je lui avais envoyée pour Noël??), et visiblement, il a pas de doudou non plus. Pour un môme de 4 ans, ça me choque. Pendant que Win Lin, ma belle mère, s'affaire à tout ranger, préparer à manger etc., je parle avec mon père. Ou plutôt: il me parle. Car il a beaucoup de choses à dire. En fait c'est très simple : il veut me refaire. Tout ce que je suis, ça ne lui plait pas. Il veut que je sois une Vietnamienne parfaite, c'est à dire, avec une bonne situation respectable, qui tient bien son intérieur, qui est soumise à son père et à son mari, qui fait des enfants et qui fait bien la cuisine. Bon. J'essaie de suivre le conseil de Mme B, ma psy, et de ne pas lui dire à quel point ça me correspond pas. Je laisse passer.
Je laisse passer, mais il arrête pas de parler. Il me raconte l'histoire de mes ancêtres Vietnamiens, qui étaient très respectés dans le village et qui ont participé à la libération du Vietnam lors de l'occupation Française. Il me parle de Dieu, de la moralité qu'il faut suivre, il me dit qu'il n'aime pas mes piercings, qu'il n'aime pas la mode, qu'il aime pas les homos (à ce point là, impossible de me retenir: je lui explique que mon meilleur ami EST homo, que la mode a rien à voir avec ça et qu'il est heureux, en couple avec son homme, et même qu'ils sont très respectables puisqu'ils habitent ensemble depuis un an et demi, voire deux ans), il me re- parle de la Moralité, il me parle de ma mère, il me parle de mes devoirs envers elle, envers lui, envers ma Famille. J'essaie de ne pas péter un plomb, mais quand il m'annonce, après environ 4heures de morale, qu'il refuse que je change de prénom, que ce n'est qu'une passade, que plus tard je le remercierai d'avoir refusé, je commence à craquer sérieusement. Qui a voulu m'appeler Viet-Anh? c'est pas lui par hasard? et c'est pas lui non plus qui m'appelait Anh l'an dernier? et Alice, tout d'un coup? le foutu connard! Vers 23h, après un repas où je suis de plus en plus mal à l'aise parce que je veux rien manger (et où, bien sûr, il se contrefiche de ce que je lui dis et m'incite à manger fortement), je craque carrément. Je fonds en larmes. J'ai eu une putain de sale semaine, et ce connard ne veut rien entendre. J'essaie de lui expliquer qu'il peut pas me refaire, que j'ai eu une vie avant lui, qu'il peut pas m'imposer tout ça, que j'ai un esprit et que je suis douée de pensée, mais rien à faire, il nie tout, me dit que je DOIS le comprendre, il fait ça par amour, pour mon bien, pour mon futur, et il parle, encore et encore, de tout ce que j'ai à faire et de tout ce que j'ai à changer. Comble de la connerie, il me dit qu'il avait établi pour moi l'an dernier un programme de morale d'environ 6 mois, pour faire mon éducation. Et qu'il voudrait vérifier le contenu de ma valise, pour voir mes fringues.
Je pleure comme une dingue à présent, et il arrête toujours pas, même quand je me barre dans la chambre qu'il m'a réservée, il revient, continue de parler, toujours des mêmes choses. C'est une horreur, je ne vis plus. Enfin, quand il s'aperçois que je l'écoute plus du tout et que je me contente de regarder dans le vide en triturant mes orteils, il se barre. "On en reparlera demain". Ouais, c'est ça. Je continue à pleurer à fond, en silence. J'hésite à aller choper un couteau dans la cuisine : si je suis à l'hôpital, il arrêtera peut-être de parler. Et puis non, tiens, j'ai pas à me faire du mal pour ce mec qui n'entend rien à rien, mieux vaut partir. Après tout, c'est comme ça que j'ai sauvé ma peau avec ma mère, je peux très bien le refaire. On est au 1er étage, c'est très simple, j'ai qu'à attendre que tout le monde dorme, que le quartier s'apaise (généralement vers 3 ou 4h du matin, selon mon expérience), puis j'aurais balancé mes affaires par la fenêtre, moi avec, et partir vite, appeler un taxi, aller à la gare, et retour sur Grenoble. Je sais que si je reste, je vais me couper ou me faire du mal et c'est hors de question.
Cette nuit là, j'ai été vraiment heureuse de l'entourage que j'ai. En fait, en faisant le bilan de cette semaine (affreux), je les adore tous. Tout le monde s'est occupé de moi. Pendant cette nuit, j'ai envoyé des messages désespérés à ma psy, qui voudrait qu'on parle avant que je prenne une décision (mais c'est pas possible parce que je peux pas sortir, et qu'en parlant je vais réveiller tout le monde), j'en ai envoyé à Benoît, pour lui dire que c'était l'horreur, à Yvann pour lui demander le numéro de Jérémie (qui est de Paris, à la base), à Jérémie, pour lui demander comment faire le trajet Clichy Sous Bois - Gare la plus proche, puis bizarrement, c'est Franck qui me répond, qui m'obtient les numéros de téléphone des taxis parisiens; entretemps j'ai aussi reçu des messages de Quentin, pour savoir comment ça allait, et de mon éducatrice, Ariel, pour me dire de pas oublier de faire l'autruche. Je suis résolue à partir, mais en fait, vu le peu d'heures de sommeil que j'avais déjà, j'ai pas vraiment tenu jusqu'à l'heure que je voulais. Et d'ailleurs, à 4h du matin, mon frère a fait une crise terrible et tout le monde était réveillé. Je suis donc restée.
Au matin, j'ai envie de tuer tout le monde. Mon père recommence à parler, comme hier, comme si rien ne s'était passé, comme s'il avait que ça à faire. La belle mère reste soumise à fond, le petit frère continue à se donner des grandes tartes dans la gueule, et je remarque aussi qu'il a des bleus sur les bras, et qu'il se couvre la tête quand mon père l'engueule. J'ai envie de faire un meurtre. Dans un moment de silence, je lui dis que je veux partir. Mon père est déçu et ça l'énerve. Il m'explique que les amis et les parents c'est pas pareil, que je peux pas dire "ça marche pas" à mon père, chose que je viens de faire à mon grand malheur, que l'amour d'un père est éternel et qu'il peut pardonner. Ouais, parlons en. Mes amis m'envoient des textos à 3h du matin pour me faire survivre à mon père. Parlons en de ton amour éternel, papa. J'arrive pas à me débarrasser de lui, même me lever pour aller aux toilettes semble impoli. Je lui dis que je vais sortir, j'ai besoin de téléphoner. Après environ encore 40 minutes de discours acharné sur le fait que j'ai tort et que je suis ingrate et stupide, il me laisse sortir.
Brusquement, la banlieue, aussi moche soit-elle, me paraît un havre de paix par rapport à l'appartement de mon père. Au téléphone, j'explique la situation à ma psy. Elle fulmine. Et encore plus quand je lui dis qu'il refuse que je change de prénom. Ah ça, il va l'entendre. Il semble capital, pour elle, que je sois nommée par mon père. Elle me confirme que je dois partir, d'urgence, parce qu'il se passe ici la même situation que chez ma mère, situation qui a failli me tuer. A la différence près que ma mère avait tout de même des moments d'écoute et d'attention, et que si je lui hurlais dessus en disant ARRËTE, et bien elle arrêtait de parler. Mon père, non. Rien. C'est un mur. Bref, je dois donc partir, et quand je suis dehors, je dois la rappeler. S'il me laisse pas sortir, je dois l'appeler aussi. On prévoit un vrai plan d'attaque. Ou de retraite, en l'occurrence.
Je continue à passer des coups de fil, après elle. J'appelle chez Johanna, des fois que je puisse directement aller chez elle, mais c'est impossible. Jérémie appelle, me dit qu'il est pas encore sur Paris, m'explique que je dois prendre le RER, aller à la gare de Lyon, me dorlote comme il peut. Et j'appelle Bruno, des fois que je puisse le rejoindre dans sa station. Je veux pas me retrouver seule chez moi après ça. J'ai pas envie de me refaire une semaine boulimique et rumination, il faut que je sois chez quelqu'un. Quand la session téléphone est terminée, je repars chez mon père. Je lui dis que je pars, maintenant, et il comprend qu'il peut rien y faire. Il se tait, se renfrogne. Pour lui, tout est de ma faute, c'est très clair. Je lui dis que Madame B., pour qui il a beaucoup d'estime, va l'appeler et lui expliquer les choses mieux que moi. Et je boucle mes bagages, après avoir dit à ma belle mère que c'était très gentil à elle de m'accueillir comme elle l'a fait, que ni elle ni mon frère ne sont dans l'histoire, et puis je lui dis de faire bien attention à lui et tout. J'aurais aimé lui demander de le garder en vie, plutôt. Je me sens assez coupable de l'avoir laissé à mon père, parce que dans 10 ans, Quoc Viet risque d'être un sacré cas. Soit psychorigide, soit camé, soit violent, à mon avis. Enfin on verra bien.
Et donc, je suis partie, la rage au ventre, les larmes aux yeux. Echec total. Au moins j'aurais testé. J'ai beaucoup brassé dans la suite de la journée, j'ai pris le taxi, le RER, je me suis fait coincer dans les portillons maléfiques du métro, j'ai appris que Bruno voulait bien m'accueillir chez lui jusqu'à samedi, je me suis paumée dans des gares, j'ai fait 1h d'attente pour faire échanger mes billets de train (ha, je savais bien qu'il se passerait quelque chose avec eux), puis j'ai repris le RER parce que j'étais pas dans la bonne gare, j'ai couru après mon TGV, j'ai poireauté à Chambéry, j'ai repris le train, j'ai papoté avec un mec nommé Damien, étudiant en musique, puis mon train a eu du retard, puis j'ai retrouvé Bruno, qui m'a emmenée au dessus de St Jean de Maurienne, dans la station Les Corbiers, où il s'apprêtait à organiser avec Damien un jeu de tir à l'arc avec quelques clients proches, où il faut tirer sur le verre pour obtenir un mélange vin/crème de cassis. Et puis on est donc arrivés à l'appart, pas plus grand que le mien et complètement en bordel, on a balancé mes affaires dedans, repartis au stand de tir, où je me suis soudainement trouvée avec un arc et des flèches dans les mains, dans un décor montagnard magnifique. L'hallucination totale.
22h 30, j'ai l'impression que ça fait des années lumières que j'ai pas écrit ici.
Qu'est-ce qui s'est passé depuis... jeudi? Oui, jeudi, c'est ce jour là que j'ai vu Alice. Alors, vendredi, j'ai pas fait grand chose, je suis en gros restée chez moi tranquillement, et je crois bien que c'est ce jour là que j'ai encore fait une crise. Ou alors c'était samedi, mais à la réflexion non. Oui voilà, c'était vendredi. C'était bien la première fois que je faisais une crise en pleine nuit. ça a commencé quand j'ai percuté que les noix que je venais d'acheter (je cherche des trucs peu caloriques et petits pour éviter d'être en hypo) étaient en fait hyper caloriques (600 pour 100g) et que j'ai culpabilisé à fond de tout ce que j'avais mangé. Du coup avec une salade composée, toutes les noix et une soupe, paf, crise. Le lendemain j'avais une tronche de mort vivante, avec le teint jaunâtre, mais enfin peu importe.
Samedi, j'ai commencé par aller faire le ménage dans une des deux auto écoles, puis j'ai vu Bruno. Miam, il portait un ensemble militaire complet, je lui aurais bien sauté dessus. Entre temps, Yvann a appelé pour qu'on aille en boîte et j'ai réussi à convaincre Bruno de venir avec nous. Avec Bruno, on a squatté un peu partout dans l'aprème, on est d'abord allés à la gare, puis chez Damien (chez qui il avait passé la nuit après être allé à Fréjus), regardé un match de rugby, ce qui m'a bien fait comater, puis chez lui pour qu'il se change (il doutait qu'on le laisse entrer en boîte avec ses fringues), miam, il se met en jeans, puis on va se chercher de la bouffe au Mc Do, on se cale dans un parc pour manger, puis il fait froid alors on va chez moi et on part dans une discussion artistique sur mes dessins. Je me suis en effet attaquée à une nouvelle oeuvre, à savoir, un ange qui tombe du ciel. Je dois dire que je suis très fière d'avoir autant réussi toute la musculature de mon ange, surtout dans les positions où je l'ai fait. Il reste encore beaucoup de choses à faire, mais enfin je suis contente de moi. Après, Yvann nous appelle pour dire qu'il est à Victor Hugo avec Franck et Quentin, alors on part les rejoindre. Là, on discute de ce qu'on fait, de qui veut aller en boîte/dans un bar/ ou ailleurs, et au bout d'un bon moment, de 6 bières, d'une bouteille de vin blanc et de multiples clopes, on arrive à se décider. Départ pour "La Luna", avec Yvann et Bruno; Franck et Quentin sont crevés et préfèrent aller dormir.
On était jamais allés dans cette discothèque, et bien qu'elle ait pas plue à Yvann, moi j'ai bien aimé. Dommage que la musique soit vraiment pas top, mais j'ai trouvé qu'il y avait une bonne ambiance, avec des couples gays et lesbiens à droite à gauche, des jeunes et des vieux, et des nanas qui aiment autant danser que moi. Résultat, quand mes deux hommes sont fatigués, je squatte l'estrade en fusillant du regard quiconque s'approche de moi. Quand ça ne suffit pas, et avant même que j'aie eu le temps de dire quoi que ce soit, Yvann arrive, bouscule le malotru et danse en face de moi en se marrant. Je l'adore. Bruno regarde du coin de l'oeil et danse de temps en temps. Vers 4h 30, ils en ont marre alors on se casse. On raccompagne Bruno jusqu'à sa voiture et moi je pars dormir chez Yvann. Arrivés là-bas, pas de place. Charlène dort dans le lit d'Yvann, Jérémie est à poil dans sa chambre, Franck et Quentin sur le canapé, alors Yvann et moi attendons que Charlène et Jérémie partent travailler (dans des marchés, d'où le fait qu'ils se lèvent très tôt) pour aller nous coucher. Je bade. Quand j'étais chez Damien, je l'ai entendu inviter pour le même soir des potes à Benoît pour une soirée poker, et je crains qu'il fasse une boulette. Net, Damien semble tout à fait capable de garder sa langue, mais voilà, il est pas souvent net. En journée, ça arrive déjà pas souvent, alors en soirée... je balise à fond et réalise que je vais devoir parler à Benoît, rapidement, si je veux pas que quoi que ce soit lui arrive aux oreilles. Echange de textos avec Bruno avant de dormir, il me dit qu'il a pas envie que je me prenne la tête à son propos. Il me souhaite bon courage pour la discussion avec Benoît, et me dit qu'il est là si ça va mal. C'est gentil.
Au réveil, en début d'aprème, je continue à déprimer sec. J'ai textoté Benoît, et on prend rdv pour lundi. Je rentre chez moi à moitié en larmes, avec un Quentin inquiet pour moi et qui me dit de pas rester toute seule. Pour le rassurer, je lui dit que j'appellerai un pote dans la soirée. Je n'en fais rien, pars faire la deuxième auto école, m'achète de la bouffe, et crise. Puis, comme si ça avait pas suffit, je me remets à pleurer tout ce que je peux. Je déteste l'idée de faire du mal à Benoit, je déteste aussi l'idée que, s'il avait argumenté et bougé ses fesses, je serais restée avec lui, et Bruno aurait jamais eu aucune valeur à mes yeux. Ou presque. En gros, je conclue que je suis amoureuse de lui mais que c'est pas possible. Bruno appelle dans la soirée pour savoir comment ça c'est passé, mais on reste pas longtemps au téléphone, étant donné qu'il a pas dormi depuis 3 jours, il est vanné. Donc je continue à pleurer, et finis par appeler Christian. Lui au moins, il est neutre dans l'histoire, et je peux bien lui dire que je suis amoureuse de Benoît, il est pas vraiment concerné par l'histoire. Il m'écoute gentimment et me dit de continuer à pleurer, c'est très bien. Ce que je fais. J'ai les yeux complètements explosés, tant pis. J'ai rarement pleuré autant, j'avoue.
Puis dans l'idée de dormir, je prends un somnifère. Le temps qu'il agisse, il est 3h du matin, et à peine couchée, je me dis que je veux surtout pas rester toute seule. Résultat, j'envoie un texto à Rej, qui rappelle dans la minute qui suit. Je viens de le réveiller, mais il m'en veut pas. Oui, je peux venir, bien sûr. Pas grave que je sois pas nette. Par contre, il y a Benoît avec lui. Pas grave non plus.
Quelle crème, ce mec. Du coup, complètement vacillante, je me rhabille tant bien que mal, prends le strict minimum, et hop, je sors. Je me fais reluquer sous le nez par une voiture de flics, puis des mecs dans une autre voiture me disent je sais pas quoi, bof, je m'en fous, je suis complètement stone. Arrivée chez Rej, je me cale entre lui et Benoît pour mater des sketches de Dieudonné, c'est bien, je me marre. Quand je suis trop crevée, je monte dormir dans la mezzanine.
Et ce matin, réveil vers 14h. Je suis contente d'avoir pu dormir chez Rej et voir Benoît un peu plus longtemps. Je lui ai parlé dans l'aprème et vous savez quoi? il a été très cool. ça lui a fait du bien d'aller chez son ex, d'ailleurs, ils ont failli se remettre ensemble. Il me dit qu'il s'en doutait, que je reverrais Bruno. Il me dit que j'ai le droit de faire ma vie, j'hallucine. Pour un peu, je serais presque déçue. Presque, on a dit.
Quand il repart, nouvelle grosse crise de larmes, toujours pour la même raison. Je lui envoie un message pour dire ce que j'ai pas osé dire en face: que je suis sans doute toujours amoureuse de lui, même si je sais que c'est plus possible. C'est mon tour d'avor mal. Je pleure encore un coup, me fais réconforter téléphoniquement par Christian et Yvann, et puis j'ai décidé de m'activer. Je boucle une lessive, je fais ma valise, cause je pars demain. J'ai aussi enfin acheté mes billets de train. Puis je pars me ressourcer en clopes et crédit de téléphone, puis.... courses de bouffe et crise monstrueuse. J'avoue que ces derniers jours, j'ai même pas essayé de m'en empêcher. Je me dis que pendant 2 semaines, je vais devoir me tenir à carreau et rester sagement du côté de la restriction, alors autant y aller maintenant, tant que je peux encore. Après avoir gerbé une première fois et avoir eu l'impression que c'était pas assez, je me remets à manger. Ce coup ci, rien ne veut sortir. ça me fout la mort. Alors j'ai enchaîné sur une heure de sport. Puis douche, puis vaisselle, et là voilà, je suis enfin posée. Bizarrement, je me sens pas particulièrement faible. Sans doute parce qu'un reste de tarte machin est restée dans mon ventre, d'ailleurs le poids en atteste: j'étais à presque 52 ce matin, je suis à 54 ce soir. Beurk.
Et il me reste encore à finir ma valise et finir de m'épiler, histoire que ce soit fait. J'ai la flemme. Quelque part, être aussi malheureuse par rapport à Benoît me rend plus contente d'aller chez mon père. Comprendre la scarification ou la boulimie, c'est difficile, mais comprendre des déboires sentimentaux, c'est universel. J'espère juste ne pas me remettre à pleurer comme une madeleine un peu n'importe quand.
...
La dernière fois que j'avais pleuré comme ça pour un mec, c'était en seconde. Il s'appelait Sylvain et il était beau et superficiel. Et il m'a jetée comme une merde après une relation de un mois seulement, mais ô combien fusionnelle. J'avais pleuré pendant des mois. Certes, c'était une relation assez malsaine, où j'avais été en quelque sorte son joujou, sa petite poupée. Une poupée c'est bien, on peut lui faire des tresses comme lui tordre le cou. C'est un peu ce qu'il a fait. Et puis j'étais complètement dépendante de lui, il y avait plus que lui dans ma vie. Là au moins, je me dis que j'ai pas fait la même erreur avec Benoît. C'était beaucoup plus sain avec lui. Il y a plus qu'à passer à autre chose, je suppose. Et Bruno est le seul mec que j'aie trouvé qui soutienne une comparaison avec lui. Oui ça va je sais, c'est horrible à dire. Ils sont carrément différents. Enfin j'aime bien Bruno. J'ai juste souvent peur de l'appeler Benoît. Bruno, Benoît, ça sonne un peu pareil. Prions que je fasse jamais ce genre de connerie, mais de toute façon, je suis pas prête à me caser du tout. Se caser pour oublier quelqu'un, c'est nul.
Putain, demain, je pars. Je me demande comment ça va se passer. Il faut que je boucle ma valise. Il me reste tout le nécessaire de toilette + médocs à embarquer, ainsi que trucs de survie: ordinateur (c'est un portable), lecteur mp3, bouquin, un bloc note, des stylos. Je me demande où sont mes timbres. ah merde, ça me rappelle que j'avais envie de lui faire un cadeau. Quand même, il va m'héberger pendant 5 jours... ce serait la moindre des choses. Sauf que faute d'inspiration et de thunes, j'ai rien foutu. Bon je trouverai peut-être un petit truc en partant, si l'état de mon compte le permet. Un cadeau pour Johanna et sa famille, ça m'aurait bien plu aussi. Pas d'inspiration non plus. On va improviser. Ah, merde, merde, merde! je voulais envoyer une carte à Nuny, et je viens de percuter que j'ai pas son adresse!! elle aussi je voudrais la remercier, sans elle j'aurais jamais pu payer les 150 € de billet de train! merde!
Et niveau bouffe j'angoisse trop. Je prie pour me mettre tout de suite en mode restriction et dégoût de la bouffe. Là au moins, c'est facile de tenir. Si je me mets en mode boulimique, d'une ce sera pas possible de se gaver, de deux, ce sera pas possible non plus de vomir. Et l'avantage, c'est que chez Marie, vu que j'étais fliquée par tout le monde et que je bouffais que de la salade (il y a eu juste une fois de la glace, et j'étais sous surveillance, c'était bien), j'avais perdu 3 kilos en 2 semaines. Ce serait bien de rentrer et de voir un petit 50 kilos sur la balance. Ce serait bien de pouvoir expliquer à mon père qu'il faut surtout pas me forcer à manger, histoire d'être un peu tranquille. Chez Johanna j'espère pouvoir le faire aussi. Le seul truc qu'il faut gérer après, c'est que tout le monde est inquiet à voir une fille qui mange rien - et tout le monde culpabilise un peu aussi. Il faudra parler, encore. Ohlala. Bon. On va arrêter de penser et aller compléter la valise. La suite au prochain épisode.