marre

30/09/2007 06:39 par lalignenoire

6h 20

Usée. Voilà ce que je suis. j'en ai marre, mais marre de m'embrouiller avec Benoît! à chaque fois qu'on se voie ça part en live. Dernier exemple en date: ce soir. et ça y est, c'est reparti pour un tour. je viens de lui envoyer un mail qui va sûrement lui faire très mal, parce que je lui dis dedans que je suis vidée par toutes ces embrouilles, qui durent en plus des semaines à chaque fois, que j'en ai marre qu'avec lui ça finisse toujours au tragique, y a pas moyen de dédramatiser cinq minutes, ni de souffler; je dis par ailleurs en gros, que j'ai besoin d'air, et pour finir, j'ai aussi dit que je pensais qu'il devrait fréquenter d'autres nanas, pour voir autre chose, pour apprendre à se postionner autrement avec une fille. Et oui. J'ai dit ça. et je le pense. Avec moi, les choses semblent immuables. J'essaie moi de changer de postion, d'arrêter de me mettre en mode "objet/faible femme fragile/possession qui doit lui obéir et lui plaire incessamment", mais lui n'a toujours pas compris ça, et du coup il arrive des trucs comme ce soir, où je me sens carrément étouffée, rien que par sa présence, et où il remarque bien que je suis plus détendue quand il s'éloigne. ALors évidemment, ça lui fait mal. Remise en cause direct : doit-on toujours se voir? ah ça, il y va pas par 4 chemins. Lui aussi commence à être usé, fatigué de tout ça. Le soucis, c'est qu'il voudrait que je sois à nouveau à lui, complètement sienne, du bout des ongles au bout des cheveux, et que moi, ce que je voudrais, c'est de l'espace, de la vie et de la liberté. Et il arrive pas à concevoir ça, pour lui c'est ça être en couple, c'est ne faire plus qu'un! et il refuse de l'admettre, bordel! comment je suis censée me démerder sans le fuir s'il arrive pas à comprendre ce que je lui dis?

c'est impossible. j'ai énormément besoin d'air, et d'autant plus qu'en ce moment tout ce qui est de l'ordre du désir masculin a tendance à me faire dresser les cheveux sur la tête. va savoir pourquoi...

enfin à part ça, je sors de soirée. Mis à part les emmerdes avec Benoît, c'était bien. Il y avait Morgane (qui a l'air fermement décidée à faire de la colocation avec moi), son mec Jérôme (surpris de voir à quel point elle est distante avec lui), un pote à eux dont j'arrive pas à me souvenir du nom mais qui m'a bien plu, et une goth appelée Corinne. Une bonne petite tribu bien sympa, je me suis entendue vite avec tout le monde. On a été à l'Adaep, où il y avait la suite de l'anniversaire du Mark XIII, et c'était pas mal. Je me suis fait draguer un peu de tous les côtés, par deux ou trois mecs, et aussi prendre des mains au cul par deux nanas. Bizarrement, le fait que ce soit des filles m'a beaucoup moins énervée que si ç'avait été des mecs. qui sait, je suis peut-être en train de devenir lesbienne. ??? je suis tellement larguée en ce moment que je crois que ça me choquerait même pas plus que ça. pffouuuuu. Demain, il faut que j'aille faire le ménage à l'auto école, que j'arrête de psychoter sur mon poids (qui remonte) et en soirée, je retrouve de nouveau Jérôme, Morgane et Machin (au début j'avais retenu Thomas mais c'était pas ça, Anthony peut-être?)(non non, oui voilà, c'était Marco), on va aller boire une bière aux Frères Berthom.  Jérôme veut me faire goûter des supers bières,  ça va être bien.  Si je pense pas trop à Benoît et si j'ai pas la tête qui tourne parce que j'ai vomi. J'ai trouvé un nouveau truc malsain pour vaincre mon corps, et j'arrive de nouveau à dégueuler. J'ai à la fois envie de dire merde et à la fois envie de dire youpi. Saloperie résumerait bien la question, je crois.

Va Te Faire Foutre

28/09/2007 02:14 par lalignenoire

1h 26.

J'ai pas décidé de l'écouter  mais voilà, il a décidé de se faire entendre et voilà ce qu'il me dit : d'aller me faire voir. Qui ça? mon corps, cet étranger. Cet inconnu qu'il faut mater. Et il tient un langage, semble-t-il, de plus en plus radical. En effet, il : - refuse de vomir à présent
                    - ou alors de l'eau
                    - ou alors c'est très douloureux
                    - il me jette au bord du malaise sans même que je sache pourquoi
                    - me fait des petites chutes de tension toute la journée, comme ça pour rigoler
                    - me fait voir des étoiles quand je me lève
                   - j'ai mal aux dents
                   - et à la gorge
                   - ainsi qu'à la nuque, ça doit faire 10 jours que j'ai des courbatures étranges qui refusent de partir
                   - parfois il me met dans un grand état de faiblesse, au réveil par exemple, ou encore en pleine journée, n'importe quand, que je vienne de manger ou non: j'ai les jambes, les bras, les mains qui se mettent à trembler, des sueurs froides, des vertiges, des difficultés à tenir debout et aussi à me concentrer
                   - j'ai aussi des sortes de petites migraines qui se pointent tous les soirs à présent
                   - j'ai perdu 7cm de tour de hanches...
                   - les gens qui me voient en ce moment finissent tous par avoir ce genre de remarques étranges "on dirait que tu es passée au rouleau compresseur", "t'inquiètes pas si tu tombes je suis là" ou encore "tenez vous au mur ça ira mieux"
                   - quand au transit il se fait foutrement capricieux
Et moi je suis là, au milieu de tout ce bordel dont j'ai, d'une certaine façon, même pas vraiment conscience, et j'ausculte mon gras dans une glace, et je me dis, hum, c'est pas mal, mais enfin, quand même, ça pourrait être mieux, allez allez, encore un ou deux ou trois kilos s'il te plaît... et si ça te plaît pas je m'en torche petit corps, je t'aurai quand même à la longue. Je l'entraîne à faire du sport sans avoir mangé, je m'apprends à marcher droit quand bien même j'ai des vertiges terribles, je claque des centaines de milliers de thunes dans de la bouffe que je vais vomir (ou du moins essayer si le corps le veut bien) et j'empile des tas de pulls dessus pour essayer de le réchauffer un peu.
Et pour parler de l'autre sens, je remarque en ce moment que ça fait bien longtemps que je me suis pas maquillée, que les fois où je fais un effort pour m'habiller se font rares elles aussi; je remarque aussi que les dernières fois où j'ai été au chaud dans un bain, que je me suis maquillée, que j'ai lâché mes cheveux ou essayé de les coiffer pour en faire quelque chose de joli, je me suis mise à pleurer; et je remarque aussi à quel point les câlins de Seb me paraissaient incongrus, déplacés, violents, alors que c'était pas le cas, non, qu'il était au contraire très doux et que si je lui avais dit quoi que ce soit pour qu'il arrête, il l'aurait fait tout de suite. Alors j'en conclue que mon corps va mal en ce moment, non pas bien du tout, et que j'y suis pour quelque chose, mais que je peux malheureusement pas arrêter les conséquences sans avoir trouvé les Causes du problème.
Je vais donc faire comme je peux, je vais essayer de vomir le moins possible, ce qui revient à dire une fois par jour en ce moment; je vais essayer d'être plus attentive à ce que le corps me dit, je vais essayer de le chouchouter un peu, ne serait-ce que d'un point de vue esthétique, mais en ce moment le regard des hommes me fait peur, j'ai envie de le fuir comme de la peste.
Et il y a Benoît, Benoît qui fait un comeback resplendissant et qui semble enfin savoir ce qu'il veut. Il a pris du temps mais putain! il est décidé maintenant, je l'avais encore jamais vu comme ça. Il me dit qu'il m'aime, il essaie de me convaincre et il veut changer. C'est dingue non? Je suis flattée. Et terriblement effrayée. J'ai peur de m'engager. J'ai une peur horrible de lui appartenir de nouveau, d'être enfermée. J'ai peur qu'on me touche. J'ai peur que la prochaine fois qu'il me voie nue, il sursaute. J'ai peur qu'il remarque les os dans mon dos. Moi je remarque que je commence à être gênée par mes os quand je m'asseoie ou quand je m'appuie quelque part. C'est très embarrassant.

ça me fait chier toute cette histoire. A la veille de mes 20ans, j'ai l'impression d'être au plus mal avec le corps qu'on m'a attribué. Je me demande même si je l'ai jamais autant fait souffrir, honnêtement. Oui bien sûr, la scarification c'était vraiment pas le pied non plus. Mais à la limite, hors moment de crises ça pouvait à peu près aller, corporellement parlant. Là, crise ou pas crise, je me prends les conneries de la veille en plein dans la gueule. Le corps ne semble à la fois plus rien emmagasiner et à la fois essayer de stocker le plus possible, je dois être en train de le rendre complètement barge. Je sais plus quoi faire. Je suis coupée en deux. Il y a le côté de moi, celui qui parle en ce moment, qui me dit que je suis une conne, une vraie putain de conne de me faire souffrir et de me foutre dans la merde comme ça, et il y a l'autre côté, qui veut pas fermer sa gueule cinq minutes, le côté qui me dit que je dois pas avoir de formes, nulle part, que j'ai des cuisses ENORMES, INFAMES, que je suis une MAUVAISE fille, et que pour me faire pardonner de tous mes péchés je dois MAIGRIR, encore et encore et encore, le côté qui me fait culpabiliser à mort ne serait-ce qu'à l'idée de manger SANS vomir, et c'est ce côté là qui est encore le plus fort en ce moment. Je sais plus quoi faire. J'arrive même pas à prendre rdv avec mon dentiste à cause de cette putain de carie parce que j'ai l'impression qu'il va lui aussi me dire que gerber, c'est pas bien. Parce que c'est de ma faute si j'ai une carie, non? si. Non vraiment, je suis perdue. Chaque jour est un nouveau calvaire nutritionnel, il faut chercher à chaque fois à contenter à peu près les deux parties, et manger suffisamment pour tenir debout et ne pas être trop mal, et ne pas manger pour ne pas partir en crise et vomir, ce qui me fout encore plus mal. Sauf que j'arrive même plus à trouver un juste milieu : mes salades me font culpabiliser elles aussi à présent. Bordel!

où est le prochain arrêt?

24/09/2007 20:01 par lalignenoire

18h 27
Quoi de beau depuis vendredi soir? - pas mal brassé, encore. J'ai vraiment l'impression de pas arrêter, moi qui pensais avoir un week-end tranquille. Enfin, disons que j'ai moins bougé que certaines fois, mais dans ma tête ç'a été pas mal mouvementé, tout de même.
Samedi surtout. J'ai rejoint Rej à l'improviste, et accompagnés par Trébout, on a été faire les magasins, ils se cherchent de quoi se déguiser pour une soirée étudiante la semaine prochaine. Je me suis retrouvée avec eux dans un magasin d'ocase baba cool, à les regarder essayer des trucs tous plus atroces les uns que les autres. Je me suis aussi notamment retrouvée avec une veste en cuir bleu turquoise sur le dos, ainsi qu'un certain nombre de chapkas en fourrure et quelques chapeaux bizarres. Rej me dit d'ailleurs "qu'avec cette veste, j'ai l'air d'être passée au rouleau compresseur..." J'ai traduit par un "putain ma vieille, tu te fais vraiment plate..." bon, peu importe, je sais qu'il dit pas ça méchamment. Ils sont repartis avec des étoles en fouines, oui oui, avec la tête, les pattes et même le trou de balle pour certaines, d'un mauvais goût exquis. Ils voulaient se faire des déguisements de trappeur, et se sont mis à m'asticoter sur le chemin du centre ville. Ce serait bien si je venais avec eux non? - en pagne. Ils semblent même prêts à me le fabriquer, ce pagne. Mouais! ou pas! Me balader à moitié à poil sur le campus pour une soirée où il y aurait entre 50 et 200 personnes bizarrement ça me dit pas. Surtout que c'est pas une soirée déguisée, à la base.
Après le magasin, on a encore zoné un peu puis il a été temps pour moi d'aller rejoindre Nuny en bas de la Bastille. L'aprème se passe plutôt agréablement, on confectionne des déguisements pour Zoé, sa fille, et sa copine Jeanne. Du coup je couds une jupe pendant une heure et demi, et curieusement, le résultat est très bien. Je me demande si je vais pas m'en faire à moi aussi, des jupes. Nuny brasse de partout. Il faut qu'elle s'occupe du jardin, du téléphone qui sonne constamment, des enfants (un petit Valentin vient rejoindre les filles en fin d'aprème) et des visiteuses qui viennent lui faire un coucou aussi. Bruno m'ayant proposé de passer la soirée chez lui, je le rappelle pour accepter, et après le repas (frugal en ce qui me concerne, mais ô combien frustrant), il vient me chercher.
Arrivés chez lui, on se cale devant un film sur la guerre du Vietnam. C'est badant, ça me plaît pas tant que ça de regarder des gens de mon pays se faire canarder comme des chiens, alors on zappe. A la TV il y a ce truc de la police scientifique, alors on laisse ça et on papote. Il bade un peu. Me dit qu'il a toujours des vues sur moi, qu'il essaie de se faire à l'idée que c'est pas possible. Je sais pas quoi dire. Il me dit aussi qu'il aimerait me faire un petit cadeau, pour me remercier d'être présente pour lui comme ça, pour dire que ça le touche. Moi ça me fout mal à l'aise. Je suis pas habituée aux cadeaux, et puis je pense à mon anniversaire qui approche, au fait que j'aurais voulu l'inviter, mais que j'ai dû choisir entre lui et Benoît, et que j'ai préféré inviter Benoît... et comme j'ai aussi invité Rej et Trébout, je me vois mal foutre Bruno en leur présence. Sachant que tous les 3 se méprisent souverainement, Rej trouve que Bruno est une tafiole, Bruno trouve que Rej est un facho de merde, Trébout idem, et quand à Benoît et Bruno, s'ils avaient pas de raison de s'en vouloir particulièrement, ma présence semble devenir un enjeu suffisant (du moins, pour Benoît). Alors c'est hors de question de l'inviter si c'est pour assister à un lynchage collectif. Même si ça me fait mal au coeur, je préfère qu'il soit vexé que je l'invite pas plutôt qu'il se fasse humilier et rabaisser publiquement par 3 grandes gueules. J'ai envie de le protéger, bizarrement.

Et puis vers 2h du matin, j'ai un coup de barre, alors je vais au dodo. Bruno ayant jamais aimé l'idée de me faire dormir par terre ou sur un canapé, il insiste pour me laisser sa chambre et son lit. ça me fait tout drôle d'y être, mais il prend le canapé et reste dans le salon, bien sagement. Je cogite, me tourne et me retourne. Mon malaise grandit sans que j'arrive à comprendre pourquoi, et puis je commence à sentir cette sale impression d'être observée. Alors ça, c'est un truc qui date du début de ma période schizo, qui a commencé en première, je crois. J'ai pas tellement envie d'entrer dans les détails, mais disons juste que j'étais tellement mal à cette période que je me suis créé un personnage, une femme, pour me... oh je sais pas. A cette période je m'appelais Alice, prénom abhorré, détesté, haï, et j'avais aussi créé un personnage pour représenter Alice. Alice était, à mes yeux, une petite fille stupide, moche, grosse, naïve, qui se laisse marcher sur les pieds par tout le monde. L'Autre était son contraire. Une femme maigre, sauvage, et qui avait pour but autant de détruire tout ceux qui s'attaquaient à moi que Alice elle-même. J'ai encore du mal à penser aujourd'hui qu'Alice ait pu être moi. Et enfin bref, le mal avançant progressivement, mes personnages prenaient de plus en plus de place, jusqu'à ce qu'Alice, enfin moi, ait plus pour seul but que d'échapper à l'Autre - et de se tuer, pour devenir enfin libre et l'Autre elle-même. On a moins de mal à comprendre à présent pourquoi je me suis envoyée 2 fois à l'hosto, la première fois j'avais même pas vraiment conscience que c'était ça, le problème de base avec l'autodestruction. Enfin, en partie. Disons juste que tant que je gardais cette logique là, j'allais jamais m'en sortir. Et donc il y avait des fois, tout particulièrement juste après que j'ai eu le bac, en 2005, quand j'habitais à St Bruno, où je me sentais regardée, le plus souvent par l'Autre, parfois par des visions de mères accusatrices avec les veines tranchées. ça me faisait complètement perdre le contrôle de moi-même, je me mettais généralement à tout casser chez moi, à balancer tout ce qui était balançable à travers la pièce et à me couper. J'ai jamais pu supporter de me voir dans des glaces dans les moments de pétages de plomb, et là, dans les crises les plus violentes, je me reconnaissais plus dans mon reflet; je voyais l'Autre, prête à sortir de la glace, à m'étriper. De même que je reconnaissais parfois plus mes mains ou mes bras, de même que j'ai parfois écrit des trucs dans ces moments là sans m'en rappeler ensuite. Bref. A l'hosto, j'ai à peu près réussi à prendre conscience et à calmer  ça mais il y a encore des moments où ça me revient, sans que je sache pourquoi.

C'est donc revenu et c'était atroce. Je suis partie fumer sur le balcon quand la crise a vraiment attaqué et, par chance, Bruno dormait pas et m'a vue errer et faire des gestes bizarres, alors il est venu me rejoindre. J'ai dû passer pour une dingue. Comme toujours dans ces moments là, je passe mon temps à surveiller tout ce qu'il y a autour de moi, principalement les zones d'ombres quoique la lumière allumée puisse ne rien changer à mon état, et comme ce sont des crises d'angoisses, j'ai aussi plus ou moins des spasmes, les dents qui claquent, des tremblements et compagnie. Enfin je suppose que ça doit être assez effrayant de voir ça.
Bruno a été très bien. Il a pas fait grand chose, mais rien que le fait qu'il soit pas parti en courant était bien. Il est resté à côté, à surveiller un peu ce que je faisais et essayer de me faire parler (peine perdue...), et puis quand j'ai commencé à me calmer, il m'a fait rentrer à l'intérieur de l'appart (il avait peur que je me jette par le balcon), a allumé la télé, la lumière de partout, et ensuite il a bien voulu écouter tout ce que je pouvais avoir à dire. Je déteste ce genre de crises, et je déteste encore plus le fait de pas comprendre pourquoi elles viennent, qu'est-ce qui les provoque. Et bien sûr, se sentir observée par quelque chose de complètement irraisonnable, absent, invisible, mais en être persuadé quand même, c'est franchement humiliant. Et terrifiant, aussi. J'ai presque l'impression que je vais mourir sur place quand ça m'arrive.

On s'est endormis vers les 4h du matin, dans le salon. Il m'a laissé le canapé et il a dormi par terre. Adorable. Je lui ai dit que j'avais trop peur que ça me reprenne pour rester seule dans sa chambre. C'était vrai.
Le lendemain, on s'est réveillés vers 10h pour qu'il aille s'acheter des clopes, et il m'a ramenée en voiture sur Grenoble. Je suis allée direct faire le ménage d'une des deux auto écoles, et puis j'ai lutté contre mon envie de manger, et j'ai échoué, alors je suis allée claquer 8€ dans du support à gerbe. Je suis rentrée chez moi et j'ai fait ma crise de A à Z. Suite à quoi j'ai dormi jusqu'à 19h, répondu à mon portable qui avait sonné entre temps, pris un somnifère, ce qui m'a fait m'endormir vers 23h. Ce matin, je me suis levée à 5h pour aller faire la 2ème auto école, puis je suis allée sur le campus pour découvrir que j'avais pas cours. Comme j'ai croisé Yvan, je l'ai suivi dans son cours de bio de L2, où j'ai retrouvé plein de gens de l'an dernier mais qui ont pas loupé leur année, ainsi que Morine et Caro. Morine était chaleureuse, moi mitigée. Tant pis. On a passé l'heure à dire de la merde avec Yvan, et à rigoler comme des bossus sur toutes les âneries qu'on pouvait dire. Suite à quoi je suis allée au secrétariat, régler 2-3 paperasses, j'ai repris le tram... combattu mon envie de bouffer, qui me tenaillait depuis déjà 7h du matin, sauf qu'il fallait faire des courses. J'ai faili tenir, mais j'ai pas tenu. Je me suis goinfrée comme une dingue, et au moment de vomir, surprise : mon organisme tout entier me dit d'aller me faire voir, il veut rien recracher du tout. Que dalle, nada. Bon. Inutile d'insister pendant 1/4d'h si c'est pour tomber dans les pommes après, ce con de corps doit bien avoir ses raisons. Après tout, depuis la crise (vomie) de la veille, je n'ai presque rien avalé. Il veut sans doute stocker, le petit ingrat. Tant pis, qu'il stocke. J'éliminerai.
Enervée, rebutée par ce corps qui n'en fait qu'à sa tête, je me suis réfugiée sur Msn, où j'ai heureusement trouvé Benoît et Rej. Tous les deux ont été assez patients pour écouter toutes mes jérémiades, mes angoisses infâmes sur la MC2, mes hontes, mes peurs; et j'ai pleuré comme une dingue devant mon pc. C'est plus facile de se confier par écrit, ça sort mieux. Et je me sens moins honteuse de pleurer, puisqu'il y a personne pour le voir, ou même, pour le savoir. Alors j'ai pleuré, et je me suis mise en retard pour mon rdv avec ma psy, qui voulait me coacher personnellement avant mon entretien à la Maison de la Culture, étant donné que c'est elle qui m'a pistonnée. J'ai attendu une heure dans la salle d'attente, l'estomac gonflé, remplie à bloc, avec, dieu sait pourquoi, la tête qui tourne et des nausées.
Ma psy m'a dit bien tout ce qu'il fallait. Que si, j'avais intérêt à aller à cet entretien, bon sang de bonsoir. Que j'allais me présenter comme une étudiante responsable, fiable, sérieuse, qui tient un taf depuis un an (ce qui est strictement vrai), qui a redoublé son année de justesse, qui n'est PAS en rupture familiale du tout, et qui est passionnée par les arts. Que du vrai ou presque, mais en mieux présenté. Elle m'a dit que le ciel n'allait pas s'écrouler sur ma tête sitôt la porte de la Maison de la culture passée, que le monde ne tournait pas autour de moi, et puis qu'elle était convaincue que j'allais être prise, j'avais le physique pour faire de l'accueil, j'étais aimable, j'étais tout ce qu'il faut pour ce poste. Alors je suis ressortie rassérénée; je me suis calée dans un banc faire un peu de lecture, je me suis fait aborder par un type qui cherchait soi disant ses clés, et l'heure du rdv est arrivée.

Il y avait une autre fille dans la salle d'attente. Mon âge à peu près, jolie, souriante, de style un peu baba cool classe. Mme B., la nana des ressources humaines, avait une demi heure de retard dans son planning, mais ni moi ni la fille ne le lui avons reproché, bien sûr.
Quand ç'a été mon tour, j'ai découvert que l'entretien allait se passer à trois. Je me suis trouvée face à ces deux femmes, visiblement aisées, la quarantaine classe et bien conservée, des bijoux, un maintien noble. J'ai essayé de me caler le plus possible dans tout ce qu'il fallait que je sois, et j'ai fait mon speech. J'ai dit tout ce qu'il fallait, à quel point j'aimais les arts, que j'allais peut-être faire du flamenco cette année, que j'étais déjà venue voir des spectacles ici, bien sûr, que j'avais pratiqué du modern jazz, que je vivais seule chez moi, et puis j'ai aussi carrément enjolivé la réalité, j'ai dit que je faisais du synthé avec des amis (c'est arrivé... une fois), que oui, j'avais une expérience en contact avec du public, parce que j'avais été serveuse pendant un petit moment et que ça c'était très bien passé (elles n'avaient pas besoin de savoir que je m'étais fait virer au bout de 4 jours n'est-ce pas? et d'ailleurs c'est vrai qu'avec les clients, ça allait plutôt bien, techniquement parlant), et je sais plus ce que j'ai dit d'autre. Je me suis dit que ç'aurait été pas mal que je prépare quelques questions à leur poser, histoire de montrer que je m'y intéressais, mais enfin, les explications de Mme B. me paraissaient très claires. Elle m'a dit qu'il y avait une 40aine de personnes qui étaient venues passer un entretien pour ce poste et qu'il n'y avait que 24 places de libres; que ce serait un contrat de 20h par mois environ, que je saurai demain si j'étais prise ou pas et que le travail commençait la semaine prochaine. J'ai plus qu'à attendre, maintenant.
En rentrant, j'ai été soulagée. Au moins, j'ai eu le courage d'y aller, et pourtant c'était pas gagné à la base. J'étais à midi dans le même état qu'avant de voir mon père, c'est pour dire. J'ai raconté à Bruno et Benoît comment ça c'était passé, et Benoît m'a félicitée. Moi je l'ai remercié. Ariel, mon éducatrice, a appelé aussi, il y a un petit moment. On s'est croisées au Centre Hauquelin tout à l'heure, alors que j'étais encore en train de tenir mon ventre de peur que 2 litres de nourritures en ressortent d'un jet incontrôlable, mais on avait pas vraiment parlé parce qu'elle était pressée. Elle m'a dit qu'elle s'était fait du soucis pour moi cette après-midi, j'avais l'air bien pâle en début d'aprème. Elle m'a aussi dit que le Centre Hauquelin pouvait bien me prêter quelques thunes pour mes inscriptions en sport à la fac, on s'arrangerait avec ma mère pour le remboursement. Il faudrait juste que j'évite d'utiliser ces thunes pour m'acheter à manger, ce qui pourrait tout à fait arriver.

La bouffe est en train de devenir une véritable drogue, ça me fait peur. Je pesais 52 kilos ce matin. Hier soir, j'ai repris des photos du même genre qu'il y a un ou deux mois, c'est à dire moi, nue, et j'ai été choquée par le résultat. J'ai effectivement perdu du volume depuis le temps, et même si ça se voit pas trop sur la balance, là comme ça, ça se voit. Les photos que j'avais faites il y a 2 mois montraient quelqu'un de très mince, mais sans plus. Là, j'ai vraiment vu de la maigreur. Allongée sur le dos, j'ai une photo de ma cage thoracique et des os de mes hanches. On dirait presque une morte. Et pourtant j'y crois toujours pas. Je veux bien accepter l'idée que j'ai maigri, encore, mais je me dis que ces photos sont une exagération, c'est la lumière, la position qui y joue. Mais n'empêche.

J'ai peur de me mettre à recoucher avec Benoît, ou de me trouver un mec, va savoir qui, qui sera horriblement horrifié par mon corps une fois nu. Parce que moi je serais là, presque en toute innocence, sans avoir vraiment compris ce que j'ai fait, et que lui verra un tas d'os, tout ce qu'il y a de plus débandant. J'avoue aussi qu'en ce moment, je me tiens à l'écart de toute source de désir masculin un peu trop envahissant. Je m'y sens pas. ça fais des mois que j'ai baisé avec personne, et même si parfois ça me manque, j'ai peur, j'ai presque plus confiance et j'ai pas tellement envie qu'on me touche non plus. L'autre nuit, chez Seb, bien que ce soit resté très innocent, je me sentais mal. Il était en train de me dire que j'étais maigre, mais ses mains étaient quand même sur moi, alors je comprenais pas. J'avais l'impression qu'il pouvait compter mes os, ou qu'il me méprisait, ou que je n'étais qu'un tas de viande, alors qu'il a fait que me caresser. Avec Benoît, ça va je suis un peu plus en confiance, mais je suis incapable de m'imaginer me donner à un autre mec aujourd'hui, par peur pure et dure. J'ai pas envie qu'on me touche, qu'on me juge, qu'on me dise de nouveau à quel point je suis mince. J'ai presque l'impression qu'on m'insulte en me disant ça. Ou qu'on me fait un reproche. Un peu comme les gens qui regardent mes bras et me disent "mais tu l'as bien voulu, quand même"... bin non. Je l'ai pas voulu. Si j'avais pu m'en passer, je l'aurais fait. De la même façon que si je pouvais me passer de culpabiliser à chaque fois que j'avale quelque chose, je le ferais. ça m'énerve les gens qui croient au contrôle absolu. ça m'énerve aussi qu'on me dise de me maîtriser.
En fait, je pense surtout à Seb, là. Soupir. J'espère que j'ai infesté son appart de poux, lol.

neuroneleptique

22/09/2007 02:23 par lalignenoire

1h 47

Je tourne autour du somnifère depuis le début de la soirée, et je l'ai toujours pas pris. Je me demande en combien de temps il va agir, j'ai l'impression que c'est jamais pareil et du coup j'ai du mal à doser. Je sais juste que quand je suis à jeun ça agit très vite, en 20 minutes peut-être, mais qu'à la période où j'y étais habituée, en 2h ça me faisait toujours rien, j'étais à peine un peu étourdie.

Hier a été une journée de fou, complètement. Avant-hier aussi, remarque, mais en un peu moins trépidante. Mercredi, je sais plus ce que j'ai fait le matin (ha oui : traitement anti pou, visite à l'infirmière du centre Hauquelin), mais en fin d'aprème j'ai vu Yvann, on est allés ensemble à Mystic Tattoo. J'en ai peut-être déjà parlé, je sais plus. Et puis j'ai dormi chez lui.
Quand j'y repense, j'ai l'impression que ça c'est mal passé, mais j'ai du mal à comprendre pourquoi. Peut-être parce que j'étais au bord des larmes en lui parlant de ma mère (c'est lui qui m'a interrogée dessus) mais que je l'ai senti tellement distant et lointain que je me suis retenue. Peut-être parce que pendant le trajet de retour, c'était le silence entre nous, bien qu'il se soit rien passé de mal. Peut-être parce que j'étais épuisée et que j'ai pas réussi à dormir à cause de la télé allumée. Peut-être parce qu'au total, j'ai dû dormir 3 ou 4 heures maxi. Peut-être aussi parce que le matin, je pensais que j'allais pouvoir être tranquille une fois tout le monde parti, mais que ça a pas été le cas, parce qu'il était là et qu'il voulait regarder des mangas sur son PC. C'est à ce moment là que je suis partie, et comme je viens de voir que je l'ai déjà noté ici, ç'a été la crise tout de suite.
Après, j'ai végété jusqu'à midi, heure où je me suis enfin décidée à me bouger le cul pour faire ce lavomatic, et je me suis tapée 1h30 de glande devant des machines à laver, où j'ai dépensé un total de 17€ (il faut compter le séchoir aussi... vu que j'ai pas de sèche linge, ni même la place pour le caser chez moi) et où j'ai fait 4 allers retour lavomatic - chez moi pour monter et descendre les sacs de linge; il y avait 4 sacs, et j'ai deux bras, jusqu'à nouvel ordre. Puis je me suis encore posée un moment, puis partie en direction de Teisseire pour aller chercher chez ma mère de quoi attaquer mes poux encore plus sévèrement, puis aller direct au cabinet de ma psy, puis le temps de me fumer une clope, je suis repartie, j'avais rdv avec Benoît. J'étais crevée mais le voir m'a fait à peu près autant d'effet que si j'avais bu 2 litres de café noir. La soirée avec lui s'est très bien passée, on était très complices, on a chanté du Pascal Obispo perchés sur le mur du cimetière, et ça a fait halluciner les quelques passants qui ont pu passer par là, c'était drôle. Ensuite on s'est fait des chatouilles et on a écrit des conneries sur la buée des parebrises des voitures du coin, des trucs puérils mais qui nous ont fait rigoler comme des gosses. Il m'a raccompagnée chez moi, mais il est pas entré, d'une parce que je l'ai pas invité, de deux parce qu'il était déjà tard et qu'il avait cours à 8h le lendemain.

Une heure après qu'il soit parti, j'ai reçu un texto. Il me demande si je crois que quelque chose est toujours possible entre nous, à l'avenir. Vaste question. J'ai déjà l'impression qu'on sort ensemble, sans la partie sexe... mais pour combien de temps? on est en train de retrouver notre bonne entente du bon vieux temps, et ça autant sur un plan physique que moral. Je me sens de nouveau presque coupable d'infidélité quand je regarde un mec dans la rue ou que je prends un nouveau numéro de téléphone. Quand à lui... et bien je crois que mis à part moi, sa vie sentimentale est un néant complet. Alors on va encore cogiter un bon moment.
On a aussi parlé d'enfants hier. Depuis la fois où il m'a sorti qu'un jour, je ferais une mère merveilleuse, j'ai le cerveau qui fait des bulles. Parce qu'il est le seul que j'aime suffisamment pour m'imaginer avoir des gosses avec - peut-être. Il y a des fois où je me sens tellement bien, tellement intime avec lui que je suis presque au bord de lui demander un truc du genre "quand est-ce qu'on aménage ensemble, au fait?", mais évidemment, mieux vaut garder ce genre de truc pour moi. Jusqu'à nouvel ordre.

A part ça, journée d'aujourd'hui: horriblement plate et décevante. Enfin disons que je l'aurais peut-être vue d'un autre oeil si j'avais pas eu envie de me gaver et de vomir toute la journée, c'est à peu près le seul indicateur dont je dispose pour me dire que ça va mal. Et mon envie de pleurer, je l'avais oubliée celle-là. J'ai fait ni l'un ni l'autre. J'ai d'ailleurs très peu mangé aujourd'hui, mais ayant suivi mon nouveau régime, je me sens pas trop patraque. (je sais plus si je l'ai dit ou pas, mais ma nouvelle façon de manger consiste à éliminer TOUTE source de matière grasse, mais à autoriser les féculents, comme le pain). Avalé aujourd'hui, donc: du pain de mie au réveil, 2 fromages blancs light, des tomates cerises, 2 soupes. Je viens d'avaler mon somnifère et je pense qu'il va monter très vite, d'ailleurs. Je commence à me demander si je devrais pas me mettre à les fractionner, je suis de plus en vite et de plus en plus fort assomée par mes médocs. Il faudra en parler au médecin. Enfin, revenons à nos moutons, la bouffe. J'espère que j'aurai le temps de développer un peu avant de me faire achever à coup de cacheton. La bouffe. Ma psy m'a dit hier que j'avais encore maigri. Moi, ma balance m'affiche 1 kilo en moins. J'oscille à présent entre 51,7 et 52,5. Elle m'a aussi dit que ça y est, stop, maintenant il fallait arrêter de maigrir, sinon je vais vraiment me mettre à être maigre et ce sera moche. ça y est, je suis défoncée. 2h16. Je l'ai pris à1H58

boulette

20/09/2007 11:39 par lalignenoire

10h 29

c'est pas une heure pour être réveillée, ça. Pas une heure non plus pour se gaver et gerber. J'aurais pas dû oublier mon carnet chez moi, en pensant naïvement que "tout irait bien". Je me dégoûte. Mes ongles manucurés me dégoûtent, ma quête de perfection et d'approbation me dégoûte, ma solitude me dégoûte, mon incapacité à communiquer me dégoûte, la frontière entre mes envies et ce que je fais me dégoûte.

On va reprendre depuis le début, qui sait, ça servira peut-être à quelque chose.
Lundi, j'ai eu cours. Histoire de la psycho toujours, les autres cours ont pas encore démarré. Deux heures, de midi à 14h, en amphi. J'ai pris la résolution il y a peu de ne plus regarder les calories que je mange, juste la quantité de gras, et de manger en gros que des légumes/fruits/salades et du pain si ça tourne trop. J'essaie de trouver un équilibre, quoi. Je me suis donc pointée en cours avec du coca light et une banane. J'avais envie de parler à personne et que personne me parle, et j'ai donc fait l'asociale de A à Z. Et en effet, personne ne m'a approchée, ce qui m'a donné l'impression d'être une espèce de prétentieuse solitaire, mais en même temps avoir la paix était assez agréable. A la fin du cours, je suis tout de même allée dire bonjour à une fille nommée Christelle, plus dans l'esprit de ne pas foirer avec le peu de gens que je connais dans l'amphi que par plaisir de la voir. Après, je suis allée me rendre compte que le secrétariat était fermé, bien sûr; je suis tombée sur Boris, un mec qui était au karaté avec moi l'an dernier, et on a commencé à refaire le monde, à avoir une discussion purement psychologique, à argumenter sur les mérites et les faiblesses de la psychanalyse et de la psy cognitive (moi étant très sceptique avec la cognitive, lui avec la psychanalyse). C'était intéressant. Au bout de 40 minutes, je lui ai dit que je devais y aller, "j'avais quelqu'un à voir". C'était vrai, mais c'était pas pressé. Je suis d'abord allée m'acheter à manger (une salade), et puis j'ai pris le tram, direction l'hôpital.

J'ai eu du mal à trouver la chambre de ma mère parce qu'elle était située dans l'ancien hôpital, que je connais pas du tout. Après avoir tourné à droite à gauche, je me suis tout d'un coup retrouvée face à elle, au bout d'un couloir, et ç'a été un choc. Les cheveux coupés, amaigrie, dans une de ces horribles tenues d'hôpital, l'air patraque, et pourtant enchantée de me voir. J'aurais pu me mettre à pleurer. Je l'ai pas fait. Presque en même temps que moi, Eva, la mère à Corinne, est arrivée. Elle amenait du dentifrice à ma mère et lui faire un brin de causette. J'ai presque grandi avec cette femme, et elle m'a pas reconnue - il a fallu que ma mère nous présente. J'étais presque morte tandis qu'elles causaient. Et puis Eva est partie. Je me suis assise sur une chaise, et on a commencé à parler. Je lui ai raconté mes histoires de mecs, mon ex, Bruno, la fac, les 10 h de cours par semaine, les soirées avec les potes; et elle m'a parlé de son travail d'où elle va démissioner, de son opération qui cicatrisait bien, de la vie à l'hosto, du chat. Je lui ai proposé de sortir faire un tour dans la cour, juste en bas, autant pour bouger un peu que pour pouvoir fumer. Elle était d'accord, le docteur a dit qu'il fallait qu'elle se remette à marcher.

J'avais l'impression d'avoir une petite fille avec moi. Elle me paraissait si fragile, si faible, si loin de la réalité. Elle aurait eu un filet à papillon avec elle que ça m'aurait même pas étonnée. J'avais envie d'étriper quiconque s'approchait d'elle, susceptible de la bousculer, de lui faire du mal, et j'avais envie de frapper toutes ces pimbêches qui la regardaient de haut en se demandant quelle espèce de tarée j'avais à mon bras. Ma mère parle souvent assez fort, et rien qu'à sa façon de parler, on se demande ce que c'est, son problème. C'est pas qu'elle est vraiment folle, mais plutôt qu'elle est tout à fait capable de babiller sur une mouche, de dire (en plaisantant, mais l'air assez convaincu tout de même), que cette mouche est son amie, qu'il ne faut pas la tuer et que la chasser ne sert à rien. Alors évidemment, elle jette une drôle d'impression. Je voyais les os de sa nuque quand elle marchait, ça formait comme une suite de petites bosses rondes dans son dos, un peu comme la crête d'un dinosaure, mais tellement plus triste. On a fait quelques pas dehors, j'avais peur qu'elle tombe mais ça avait l'air d'aller. On s'est posées sur une grille d'aération un peu surelevée, il y avait pas de banc. J'ai fumé. Elle a commencé à me parler d'un bouquin qu'elle avait acheté il y a peu, sur la mythologie des arbres, m'a dit qu'elle aurait dû l'amener, pour m'en lire des passages; elle a enchaîné sur ses habituels contes Navarro (elle s'intéresse énormément à la mythologie indienne) et sur l'un des personnages phares de cette mythologie, le coyote. Le coyote peut changer de forme comme il veut, et il essaie toujours de faire des blagues aux humains, de se mêler à eux, de leur piquer des femmes, de taper sur les hommes, et de partir avec leurs chevaux, mais ça marche jamais. Elle m'a raconté deux contes, en détail, a attaqué sur un troisième. Je l'ai coupée. "Tu ne voudrais pas plutôt me demander comment je vais?"
Elle a eu l'air surprise, s'est mise à récapituler tout ce que je lui avais dit, sur la fac, le boulot, les potes et les mecs. Comme si elle savait tout. Je lui ai dit qu'elle ne m'avait pas demandé comment ça allait quand même, et qu'elle était ma mère. Alors elle m'a posée la question. Elle ressemblait plus que jamais à une petite fille soumise, moi j'ai eu les larmes aux yeux.

J'ai ravalé mes pleurs. J'ai essayé d'être honnête, d'arrêter de tout dissimuler, et puis j'avais voulu qu'elle pose la question, il fallait y répondre à présent. J'ai dit que c'était difficile. Que j'arrivais plus à manger comme il fallait, que je me trouvais moche et grosse, et elle a eu l'air d'entendre ce que je disais, d'éprouver de la compassion. Elle était moins insensible que d'habitude. Elle a cherché à me trouver des trucs pour manger avec plaisir, m'a dit que la nourriture ça se partageait, m'a raconté les séances de son groupe de conte où Claudie (la conteuse professionnelle) les emmenait au resto tous les midis, et que c'était agréable. Elle notait les recettes des autres pour les refaire à la maison, et de fil en aiguille, s'est aussi mise à cogiter sur le fait de poser cette question "comment ça va", qui semble si élémentaire à tout le monde, mais pas à elle, pas avec moi. Elle est monitrice d'auto école, alors elle m'a cité des exemples de comment ça se passait avec les élèves, m'a dit que, oui, c'est vrai, l'apprentissage se faisait mieux quand on savait des trucs sur la personne en face de nous. Elle m'a parlé des réactons des élèves quand elle laissait passer des conducteurs énervés sans essayer de s'interposer, m'a dit que, elle, la violence, les conflits, "elle connaît pas". Pour quelqu'un qui rentrait à la maison en pleurant, en hurlant et en faisant voler les chaises quand j'étais petite, c'est un peu dur à accepter. J'ai relevé. J'ai pas été méchante ou agressive, pas du tout, j'essayais de lui dire les choses le plus calmement possible, mais j'ai tout de même dit que, si, dans notre famille il y avait de la violence, et que si elle voulait pas le voir chez elle, mes passages à l'hosto et tout ce que j'infligeais à mon corps en était la preuve vivante: de la violence, je m'en suis pris dans la gueule. Elle a pas vraiment cherché à argumenter, a semblé se ranger à mon avis tout de suite : "peut-être du côté des non dits?" Ouais, c'était ça. Entre autres. Je lui ai parlé de ma vision de la famille, avec toutes ses femmes qui portent la culotte et qui se font arrêter/calmer par aucun mec digne de ce nom, de toutes les petites piques qu'on m'a fait et que la seule question qu'on me posait régulièrement, c'était "comment ça va à l'école", que tout le reste, tout ce qui m'intéressait, la musique, les fringues, les gens que je fréquente, les sports que j'ai pratiqué, tout ça n'existait pas. Ma mère a essayé de me dire que dans la famille, on posait pas les questions qui peuvent être gênantes, on veut jamais embarrasser l'autre.
- C'est bien ça que je lui reproche, à la famille. Tout ce qui est de l'ordre du conflit, des problèmes, de la violence, ça existe pas, c'est annulé parce qu'on en parle pas, et d'ailleurs, ma présence à moi était annulée aussi puisque personne s'intéresssait à moi. Où était ma place?
Elle a rétorqué que si, j'avais une place dans cette famille, et je lui ai demandé si cette place consistait à faire tapisserie en souriant et en étant rien. Silence. J'avais touché un point sensible, peut-être.

C'était pas mal de parler avec elle, comme ça, même si c'était très douloureux et que ça changerait peut-être rien à mes problèmes actuels. De toute façon, on peut pas défaire ce qui a été fait, n'est-ce pas. On a aussi parlé de notre rapport aux hommes, dans la famille, et je lui ai parlé de Benoît, avec qui je me sentais si bien et qui me mettait tellement dans une place de femme, d'être humain, un peu plus fragile que les autres, un peu plus comme une sorte de possession précieuse, mais avec qui j'avais été heureuse - et respectée. On a parlé de mes tantes, Anne-Marie et Edith, de Anne-Marie qui s'entend bien avec son homme, gentil mais sans couilles, et de Edith qui castre le sien, qui doit sûrement en avoir bien marre depuis le temps, et qui doit avoir une amante depuis dix ans minimum (enfin, c'est ce que je lui souhaite, sinon sa vie serait bien triste). Quant aux grands parents, c'est même pas la peine d'en parler, ma grand mère dirige tout d'une poigne de fer, et mon grand père se plie à ses exigences, bon gré, mal gré.

Il était 6h du soir et il fallait remonter. Au CHU, le repas est servi à 18h 30, et il y a la tournée des médicaments et autres inspections avant. J'avais envie de frapper toutes ces infirmières qui parlaient de façon si hautaine et condescendante à ma mère, ça m'énervait. Je trouvais qu'elles lui manquaient de respect, et ma mère semblait se rendre compte de rien. Je me suis demandé si elle descendrait un jour de son nuage, ou pas. Son repas a été servi et j'ai été au supplice. Elle voulait que je mange, ce serait bien de manger toutes les deux non? J'avais mal de lui dire non, alors j'ai tapé dans les biscuits et autres chocolats qu'on lui avait apporté et qu'elle ne mangeait pas. Elle avait l'air tellement contente de me voir manger, mais le téléphone a sonné et elle a papoté avec ses amis du roller pendant 20 minutes environ. Ce qui m'a donné le temps de finir les gâteaux et d'entrer en crise. J'ai réussi à noter un petit quelque chose dans mon calepin, mais quand elle a raccroché, je lui ai dit que j'allais partir.

Elle avait l'air tellement triste, tout d'un coup. Si fragile, je me sentais fautive de tout ce que j'étais et de tout ce que je faisais. Elle m'a demandé si elle avait fait quelque chose de mal, je lui ai dit que non, rien du tout, il fallait juste que je rentre. Oui ne t'inquiète pas, on va se revoir maman. Pas pour manger, mais pour boire un verre quelque part, si tu veux. J'ai refoulé mes larmes, encore. Quand j'ai été dans la cour, je l'ai vue qui me regardait partir à sa fenêtre. J'avais l'impression de la laisser seule et sans défense dans un asile de fous ou dans un abattoir. Je lui ai fait coucou en souriant, et puis j'ai allumé une clope et je suis partie le plus vite possible.

Sur le pont pour retourner vers le centre ville, j'étais presque en train de pleurer mais j'avais une peur panique qu'on me voit, qu'on me juge. J'ai croisé Nadji, qui pour une fois ne m'a pas balancé de vanne, mais qui a été gentil avec moi. Il m'a dit qu'il allait voir sa mère à l'hôpital, et que ce serait sympa de se faire une virée tous ensemble un de ces jours, une soirée avec Marion, par exemple. J'ai dit oui. Je suis partie.

Après, je suis allée m'acheter à manger, et j'avais presque fini un paquet de gâteaux en arrivant chez moi. C'était pas grave, j'avais encore d'autres trucs à manger et à vomir. Je suis descendue à 52 kilos dans la soirée, et j'ai pleuré comme une dingue en allant me coucher.



Je sais plus bien ce que j'ai fait le lendemain. Tout ce dont je me rappelle, c'est que j'ai découvert que j'avais des poux, c'était pour ça que ma tête me grattait autant, et merde aux deux dernières personnes qui ont regardé et qui avaient rien vu. Je suis allée chez ma psy, j'ai pleuré tout le long de la séance. Elle m'a félicitée d'être allée voir ma mère, oui c'était pas facile, mais enfin, me défiler aurait rien arrangé. Je suis rentrée et je me suis occupée de mes poux.
Pour raconter brièvement la journée d'hier, j'ai vu Yvann. Je lui ai raconté mon excursion chez ma mère et j'ai failli pleurer, mais on était dehors, devant Mystic Tattoo, des gens que je vois en soirée, et j'ai pas pu. C'est la honte de pleurer. J'ai mal dormi cette nuit. J'ai failli pleurer ce matin, en me réveillant, quand Franck et Morgane sont partis au boulot. Yvann m'a demandé si je préfèrais pas parler, mais j'étais trop loin, je me sentais trop mal. J'ai demandé "à quoi bon?", et puis je suis partie manger et vomir. Chose faite.

Ma psy a dit que "c'était ça le drame, avec moi, que j'avais tellement été bien dressée, une parfaite petite fille modèle, qu'on m'avait appris que c'était honteux de pleurer et d'avoir mal, et qu'il allait falloir arrêter d'y croire un jour". Je vais retourner la voir cette après midi et j'ai trop honte de ce que j'ai fait. J'aurais pas dû vomir, j'aurais dû être plus forte et résister. J'aurais peut-être dû parler à Yvann, mais il y avait rien qui sortait. Cette aprème, je dois aussi caser un lavomatic (toute ma literie est à laver, ainsi que pulls et serviettes de toilette), aller chez ma mère (pour prendre de quoi éliminer encore des poux, je manque de produits)(elle sera pas là, elle est partie en maison de repos pour 3 semaines), puis c'est donc le rdv avec la psy, et puis je suis supposée voir Benoît en soirée. Et je suis crevée.  J'ai dû dormir entre 3 et 4 heures cette nuit.

...

16/09/2007 18:42 par lalignenoire

18h 12
j'émerge, sur fond de chants grégoriens et de clope

alors, alors. aucun souvenir de quand est-ce que j'ai écrit ici pour la dernière fois. tout ce que je sais, c'est que j'ai continué à brasser comme une dingue avec peu d'heures de sommeil et que je commence à être bien morte. Et aussi que j'avais pas dormi chez moi depuis deux nuits avant aujourd'hui. Qu'est-ce qui a bien pu tant se passer?
- je sais plus si je l'ai dit ou pas, mais je me suis embrouillée avec Rej et depuis c'est silence radio
- ma mère s'est fait opérer des fibromes, on lui a enlevé l'utérus, ça me fait très bizarre
- 'fai ait la fête hier puisqu'il y avait l'inauguration du salon de Cathy au Mark XIII, c'était le bordel, j'étais bien gaie, tout le monde était bourré aussi, j'ai parlé avec plein de gens inconnus, je ramène le numéro d'un mec qui s'appelle Jass et qui m'a donné son numéro 3 secondes avant que j'aille rouler une pelle à un autre mec (Benoît en l'occurrence...)
- on a donné ses cadeaux d'anniversaire à Yvann sur un trottoir, à côté de deux voitures, d'une bouche d'aération, d'une 20taine d'inconnus et de plusieurs verres d'alcools, c'était pas du tout prévu comme ça, mais enfin, voilà
- vu Elsa et Nadji, des potes à Marion, occupés à se bourrer la gueule à côté du Mark. on s'est balancé des vannes comme d'habitude et puis Nadji a fait une remarque comme quoi j'étais plate comme une planche à pain, ça m'a fait très bizarre, surtout que Elsa à côté de lui a eu une tête de "ho, ça se dit pas, ça, même si c'est véridique" enfin en tout cas c'est comme ça que je l'ai pris
- j'ai assisté à 2h de cours d'histoire de la psycho, c'était très étrange d'avoir enfin une prof digne de ce nom vu que l'an dernier on s'était tapés monsieur D., qui part régulièrement dans des délires qui ont rien à voir avec le cours (il a même fait la poule devant tout un amphi réuni, c'était bizarre pour quelqu'un qui fait des dictionnaires)
- j'ai reparlé à un mec appelé Olivier qui était l'an dernier en psycho avec moi et qui a redoublé, de même qu'à une fille appelée Jackie et qui redouble aussi avec moi. les nouveaux 1ère année de psycho me donnent tous des envies de bizutage, allez savoir pourquoi
- demain j'ai un cours fantôme, c'est à dire que je sais que j'ai cours, mais je sais ni l'amphi, ni l'heure
- ce soir je vois Benoît, je sais pas ce qu'on va faire du tout; j'ai envie de baiser avec lui mais étant donné qu'on s'est déjà embrassés hier en plein milieu d'un bar on s'est dit qu'on allait pas recommencer direct à se foutre dans des emmerdes interminables
- j'ai passé la nuit de vendredi chez Seb, j'ai eu droit à quelques câlins, mais l'humeur était pas au rdv, je me suis sentie inférieure et stupide pendant un bon moment, jusqu'à ce que je me casse
- j'ai combattu avec succès 3 crises boulimiques, je n'ai pas vomi depuis à présent presque dix jours je crois, ça craint
- j'ai envie d'aller voir ma mère à l'hopital, pour la simple et bonne raison qu'elle est ma mère et que je lui dois respect et soutien, ça fait partie de mes valeurs mais je sais que ça va me démolir d'aller la voir (je sens que je vais pleurer et tout, et le seul truc qui me rassure, c'est que j'ai largement dépassé mes délais d'interdiction de crise alors si ça va vraiment mal je sais que j'ai ça pour me raccrocher, oui je sais c'est mal)
- j'ai revu Nuny vendredi midi, on a mangé ensemble, putain ça m'a fait plaisir de la voir. ça m'a aussi fait très plaisir de manger avec elle, j'ai pris une salade absolument pas grasse, et un dessert sans doute consistant, mais bizarrement, j'ai très peu culpabilisé, peut-être parce qu'elle a mangé exactement comme moi
- Johanna m'a envoyé un mail marqué URGENT, alors tout naturellement je me suis dit qu'elle avait eu vent de mes embrouilles avec Rej et qu'elle voulait en savoir plus, sauf que non, elle m'envoyait des photos de sa nouvelle coupe de cheveux soi disant ratée et voulait mon avis avant d'oser sortir de chez elle (j'ai vraiment trouvé sa nouvelle couleur très bien, pas de quoi s'affoler mais je comprends tout de même)
- j'ai toujours la tête qui me démange atrocement, je sais pas quoi faire pour que ça cesse alors je vais retourner voir mon médecin la semaine prochaine à ce propos. ce sera après tout rien que la 3ème fois que je lui en parlerai, hein. si seulement j'avais des poux! au moins je saurais quoi faire pour m'en débarrasser et ce serait réglé depuis longtemps
- je suis retournée à 53 kilos, je gère à peu près sur les compulsions alimentaires quoique c'est très difficile, mais j'ai opté pour une nouvelle façon de manger. en hypo il faut que je mange du pain si ça tourne vraiment trop, sinon c'est uniquement des fruits, des légumes ou des salades, ou enfin n'importe quoi qui soit très pauvre en matières grasses (j'essaie du coup de ne plus regarder le nombre de calories, seulement le % tage de gras), je sais pas si ça va marcher mais en tout cas je suis en train de retrouver mon ventre plat, ça me plaît beaucoup. dommage qu'en contrepartie, j'ai plus ou moins la chiasse
- Seb est la 2ème personne à me dire que je suis maigre, chose que je n'arrive absolument pas à assimiler. je capte à peu près quand on me dit que je suis sèche, ou très mince, ou en forme de petit doigt, ou que j'ai pas besoin de maigrir plus, mais qu'on me dise que je sois "maigre", ça non, ça passe pas du tout
- à part ça, bien que je sois toujours aussi crevée, je continue à faire des petites séances de sport. hier par exemple, en rentrant chez moi à 2h du matin, je me suis mise à faire 20 minutes d'abdos et d'altères, ce qui me fait conclure qu'il y a vraiment des fois où c'est plus moi qui décide de quoi que ce soit, mais la maladie à ma place (parce que dans mon état normal, ou du moins, telle que j'étais il y a deux ans, c'est pas à 2h du mat que je me mettais à faire du sport, non, certainement pas)
- j'ai revu Bruno jeudi, ça c'est bien passé, même s'il est en mode désespoir total (je suis moche con bête et stupide et je vais me faire moine)
- je suis de nouveau très pote avec Yvann, c'est génial
- et je dois 20€ à Franck pour la gourmette qu'on lui a acheté
- et enfin, je sais plus quoi dire mais ça fait du bien de le poser. je crois que suis de nouveau en mode pile électrique et hyperactive, un peu comme avant mes exams de mai, sauf que là, je me sens pas complètement désaxée, dédoublée et coupée de ma personnalité au point de plus me reconnaître dans les miroirs, ce que je prends pour une évolution positive
- sur ce, je m'en vais prendre ma douche et faire quelque chose de constructif, genre aller me foutre sur mon balcon avec un bouquin et retourner chier.

pétages de plombs et divers évènements

12/09/2007 01:49 par lalignenoire

minuit 35

dieu sait comment, je passe mon temps à me foutre dans des situations bizarres, nouvelles et inconnues. je crois que la dernière fois que j'ai écrit ici c'était dimanche soir, alors je vais raconter la suite de ma life depuis ce jour.

Donc dimanche, j'ai vu Benoît, et pour résumer, on a zoné en ville comme au bon vieux temps et ça c'est plutôt bien passé. La nuit suivante je suis bien sûr pas arrivée à dormir, rentrée oblige, et le lendemain j'étais complètement fracassée pour aller à la fac, rien de bien nouveau là dedans non plus. J'avais pas cours mais il fallait que j'aille au secrétariat pour savoir quelles matières je devais reprendre ce semestre - et puis j'ai eu la mort parce que si j'avais pas eu ce 1 en histoire de la psycho (non je n'avais pas révisé), et bin j'aurais pu passer à minima en 2ème année.

Pour la suite de la journée, dans l'aprème je suis allée voir Morgane au salon de Cathy, où j'ai appris à Melissandre à faire la brouette ("mais qu'est-ce que vous faites?!" a râlé Cathy) tout en lui disant que non, je voyais pas sa culotte. Mellissandre a six ans, je tiens à le rappeler. Une fois sorties du salon, avec Morgane, on continue à faire le centre ville en long en large et en travers, dans l'idée de trouver des cadeaux pour Yvann, qui est tout de même notre petit chouchou. On finit par trouver plusieurs idées, notamment lui payer son futur tatouage, des huiles de massage pour que Franck puisse le caliner un peu, la traditionnelle gourmette (ça a commencé avec l'anniversaire de Franck, et suite à un délire, chacun se fait offrir la sienne avec son surnom dessus) et je crois qu'il y aura encore des autres trucs suivant l'inspiration et les thunes de chacun. Dans l'idée de trouver nos huiles de massage, on s'est tapé toutes les parfumeries de luxe de Grenoble, parfumeries où on s'est fait suivre par les vigiles à cause de notre sale gueule et où j'avais l'impression que tout le monde nous prenait pour un couple lesbien, va savoir pourquoi. Enfin c'était plutôt drôle, les réactions des gens face à deux filles sapées en noir, moi avec chaîne, sweat Carpathian Forest, New Rock, et Morgane avec ses cheveux bicolores, rasés d'un côté longs de l'autre, toute petite, très fine, et en bombers. La parenthèse fashion étant refermée, on peut arriver à la suite : y avait rien qui nous plaisait, c'était soit moche, soit les huiles étaient chères et sentaient mauvais, alors on a fini par aller dans un sex shop.

C'était une première pour moi, mais pas pour elle. Boutique dans un coin calme, jolie, avec de la techno à l'intérieur et un vieux bizarre qui a essayé de se frotter à Morgane, mais enfin le vendeur lui a fait comprendre qu'il le tenait à l'oeil. J'ai découvert avec bonheur des panoplies d'infirmière, des godes vibrants/roses fluos/ petits/ crochus/ grands/ larges/ moyens/noirs, des menottes, des fouets, des petites poudres comestibles, des trucs anti éjaculation précoce (la trouvaille du siècle, probablement), des kilos de dvds porno, et j'ai été émerveillée, tout me paraissait très mignon, vraiment chou, va savoir pourquoi. J'ai aussi découvert autre chose : qu'un mec qui était en anglais avec moi l'an dernier bossait dans la boutique, et me mettre à discuter avec lui pour la 1ère fois dans un endroit pareil m'a fait assez bizarre. Curieuse façon de faire connaissance avec quelqu'un. Et puis on a aussi trouvé nos huiles de massage, dans un petit coffret, qui sentaient bon, joli, avec une petite plume et de la poudre blanche comestible, ça aussi c'était très mignon, alors on a dit qu'on repasserait pour l'acheter parce que Momo avait oublié sa carte bleue. Après ça, enchantées, on a parlé de tous les partenaires sexuels qu'on avait eus, on a rigolé comme des gosses devant des bonbons, et puis on a refait le monde, assises sur un bout de trottoir. C'était bien. Yvann étant parti en vadrouille avec Charlène, on est ensuite allées à l'appart retrouver Franck et Quentin et on s'est tous posés. Barbara, une fille qui m'avait toujours terrorisée dans le passé, est venue nous rejoindre plus tard, et miracle, ça c'est bien passé - elle m'appelait même "la miss" en fin de soirée, ce que je trouve plutôt bien.
On a regardé des navets à la télé, Anaconda le prédateur (nul sauf si on a envie de rigoler) et Rats, dans le même genre mais avec, comme son nom l'indique, des rats. ça me rappelle maintenant que j'ai pas vu la fin du film, j'ai dû me mettre à comater avant.

Et puis à 2h du matin, c'est le drame, Benoît m'envoie un texto, comme quoi ça va mal. Avec lui, j'ai une toute autre réaction qu'avec Bruno, qui m'a lui aussi assaisonnée de textos depuis la lecture de mon mail (pour faire simple, il s'en veut, il déprime, je dois l'oublier et dieu sait quoi d'autre), c'est à dire que je m'inquiète tout de suite et que je l'ai pas lâché jusqu'à qu'il appelle. Si j'avais eu du crédit j'aurais même pas argumenté sur quoi que ce soit, j'aurais téléphoné direct. Une fois au bout du fil, il me raconte ses malheurs. Alors pour commencer, Rej, avec qui il a passé la soirée, a eu la connerie de lui dire que j'avais eu des "potes de baise". Ils étaient en train de parler de tromperies et de meufs, c'était tout à fait dans le vif du sujet, sauf que ça faisait partie des choses que Rej était pas censé répéter. Benoît est devenu vert, même en sachant que non, je l'ai pas trompé avec des "potes de baise". C'est juste l'expression utilisée et l'idée que je puisse me faire sauter par d'autres que lui qui le fait vriller, et aussi le fait que Rej cherche vraiment pas à l'épargner ou à lui rendre les choses faciles. Il passe son temps à oublier de l'appeler, lui balancer des vannes, puis revenir, s'excuser, et refaire la même deux semaines après. Benoît rage d'autant plus que lui essaie toujours d'arranger le merdier entre Johanna et Rej, et qu'il pourrait bien lui aussi dire des choses qui rendraient Rej complètement dingue à propos de Jo. Dans l'histoire, moi je rage aussi. A fond. Parce que je suis certaine que Rej aurait jamais tiqué sur le terme si j'avais été un mec, il aurait juste considéré l'anecdote comme quelque chose de marrant et de relaxant, point barre, mais voilà, je suis une fille. Et une fille qui a parfois envie de prendre son pied sans s'engager après, ça craint. Benoît me dit que Rej a pas dit ça d'une façon très respectueuse en ce qui me concerne, alors je vois rouge et c'est à mon tour de vriller.
Et, 2ème emmerde, il sest fait embrouiller par des redskins qui l'ont pris pour un skinhead. Ils étaient 4, mais ils lui ont pas tapé dessus, ce qui est une bonne chose.

Aussi sec, dès qu'il a raccroché, j'appelle Rej. Peu m'importe qu'il est 3h du matin et que j'ai que 3€ de crédit, pour ce que je veux dire, j'ai besoin d'une minute. Sauf qu'il répond pas, alors je lui envoie un texto bien assassin et je retourne me coucher, presque soulagée.

Pour la journée d'aujourd'hui, j'ai essayé de me démerder avec mes 3 mecs et j'ai eu envie de les éclater chacun leur tour. Bruno est toujours dans le mal complet et me laisse prendre toutes les décisions à son propos, de la façon la plus résignée et amorphe qui soit, Benoît essaie d'oublier l'Expression fatidique (et, je pense, des visions de moi en train de baiser avec un autre), et Rej m'a envoyé sa réponse par mail, pour me dire en gros d'aller me faire foutre, que non il me considérait pas comme une salope, et enfin bref il est très drôle, parce que certes, mes paroles sont allées + loin que mes pensées et que j'ai autant parlé pour Benoît que pour moi, mais à sa place, j'aurais fait profil bas. Lui peste et me renvoie à ma place. En gros, j'aurais rien dû dire, ou alors juste un petit mot pour dire ô combien il est méchant d'avoir dit ça, ô combien je suis attristée et contrite. Et puis il se serait excusé platement, et puis platement, j'aurais accepté, et passé l'éponge, tout en gardant un fond de haine et de rancoeur que j'aurais même pas voulu voir avant des semaines. Bah là ça c'est pas passé comme ça, quand j'ai envoyé ce con de texto, je me suis dit que merde, pour une fois j'allais dire tout ce qui me venait par la tête, faux ou pas, et qu'on verrait bien ensuite. Je dois dire que je me suis jamais endormie aussi vite après un conflit avec quelqu'un, alors peut-être qu'au final ça a servi à quelque chose. Même si Rej m'a dit qu'il avait plus aucune envie de me voir. En y réfléchissant, il est un peu gonflé quand même. Oh bordel.
Pour le déroulement de ma journée, l'aprème a été assez calme, j'ai fait les magasins avec Franck, toujours pour trouver des cadeaux pour Yvann. On a été dans une bijouterie et on a demand à la vendeuse, rigoureuse et droite, de graver "Orteil" sur une belle gourmette à 100€ pièce. On a encore plus rigolé quand elle nous a écrit orteil avec une faute  - "orteille". Honte sur elle, nous on s'est bien marrés. Vers 16h, j'ai repris le tram, direction le cabinet de ma psy, et puis là j'ai commencé à avoir une grande montée de nerf et de stress, alors une fois sur le divan, je me suis mise à pleurer et à lui raconter toute ma rage, ma honte et ma frustration. Elle semblait plutôt contente que j'accepte enfin d'entrer en conflit avec des gens, et d'ailleurs elle m'a dit qu'il fallait que j'arrête de considérer que tout était de ma faute, que c'était très bien d'avoir dit ce que je pensais à Rej, et que d'ailleurs, Marion mériterait bien de s'en prendre autant dans la gueule. A la fin de la séance, elle m'a annoncé qu'elle avait pris contact avec ma mère, et que celle ci allait bientôt se faire opérer - elle doit se faire retirer l'utérus pour cause de fibrômes. ça m'a fait pleurer deux fois plus fort, va savoir pourquoi, c'était horrible d'entendre ça. Elle a aussi dit que je devrais recontacter la MC2, ils ont pas encore fait les séléctions finalement, et que c'était dommage que je refuse de rentrer en contact avec mon père ce mois ci. C'était le dernier sujet dont on a parlé, et j'ai dit que moi, mon père, j'avais l'impression qu'il m'avait tuée, que je lui en voulais plus qu'à ma mère, que je considère pas comme responsable de ses actes alors que lui oui, qu'il aurait pu faire mieux et que toute cette histoire a été du foutage de gueule de bout en bout. Elle a simplement répondu qu'on en reparlerait jeudi midi.

En arrivant chez moi, je me suis calmée un moment, et puis ... j'ai eu envie de manger. C'était bizarre parce que j'étais suffisamment partie pour aller faire des courses, mais une fois les courses avalées, j'étais encore trop consciente de moi-même pour me faire vomir. Du coup, je reprends un gros, gros coup de nerf et je décide de sortir faire un tour, autant pour me calmer que pour éliminer unmaximum de calories. En cherchant mes piles pour mon MP3, je m'énerve méchamment et je commence à retourner ma piaule. J'ai dû me retenir de justesse pour ne pas balancer toute la vaisselle par terre, ainsi que portable et ordinateur. J'ai eu un gros coup de flip en voyant mon sac à dos heurter violemment ma fenêtre, mais ouf, elle a pas pété. Bon n'empêche que demain il va falloir s'attaquer autant à du rangement qu'à du nettoyage, mon appart est dans un chaos indescriptible. Suite à quoi, je me suis barrée, et j'ai marché aussi vite et aussi loin que possible. Une fois à l'autre bout de la ville, vers l'hôpital, je me suis calée à un arrêt de tram et j'ai envoyé un texto à Benoît. J'ai juste dit que j'aurais aimé le voir, que ça allait pas fort. Il m'a répondu que lui non plus et qu'il avait vraiment pas la foi de sortir de chez lui. Il a terminé en me disant de prendre soin de moi, qu'il était désolé et qu'il tenait à moi. Nouveau coup de nerf en ce qui me concerne, je repars en bombe de mon arrêt de tram, me dirige vers le centre ville en priant pour tomber sur n'importe quel connard et pouvoir lui taper dessus en toute légitimité. Bizarrement, c'est quand j'ai les nerfs que personne vient m'aborder. Quand je suis de bonne humeur, ça peut monter jusqu'à 4 personnes différentes par jour, c'est assez drôle.

Je suis quand même tombée sur un mec, mais je le traiterai pas de con. A ce moment là, j'étais pas loin des quais, et je vois ce type dont la tête me dit vaguement quelque chose. J'arrive à me rappeler qu'il vient du campus, mais impossible de me rappeler quoi que ce soit d'autre. Lui par contre, se souvient de moi, et d'ailleurs, avant même d'avoir compris ce qui se passait, il est en face de moi, me parle et me fait la bise. Comment il pouvait bien s'appeler ce mec? bonne question. Heureusement il se met à me parler d'escalade tout de suite, alors je me dis qu'il doit venir de là. Il me dit qu'il va en refaire cette année, le jeudi de 20h à 22h, et que ce serait bien que je reprenne, pour qu'il puisse me voir. Il y sera aussi avec un dénommé Julien, ou quelque chose comme ça, "tu sais le mec que je martyrisais cette année?" Non je sais pas, j'en sais rien du tout. Je lui dis que moi j'hésite, je sais pas si je vais en refaire, de l'escalade, que j'aurais plutôt envie de faire de la boxe. Lui a l'air un peu déçu. Et puis il part, et me souhaite une bonne soirée. Moi je suis partie pisser dans les chiottes puants du Jardin de ville, et après encore quelques détours et une ampoule sous le pied, je suis rentrée. Un site bien avisé m'a dit que j'avais brûlé près de 640 calories. Deux heure de marche forcée.

Et là maintenant, je suis calme. Le poids est à 54 kilos, mais vu ce que j'ai mangé en début de soirée je suis assez soulagée de voir que c'est pas plus haut. Après une clope, je vais me caler devant un film et faire encore un peu de sport, parce que je culpabilise. D'un autre côté, je suis assez contente de pas avoir vomi.


Un truc qui me fait bizarre aussi, c'est que je me mets à recracher ma nourriture, maintenant. Je mache, des trucs gras et qui me font envie, et puis je crache une fois que c'est prêt à être avalé. Je l'admets, c'est répugnant, mais c'est toujours meilleur pour la santé que de vomir. Et puis je me dis qu'un jour, j'arriverai à manger comme il faut, en paix. Et que j'arriverai à doser mes coups de gueule. Ce jour là ce sera bien.  Je me demande ce qui se passera avec Rej par la suite.

réveil

09/09/2007 15:29 par lalignenoire

14h 26, je me réveille doucement devant du thé et une clope. fond sonore : Abruptum

Alors alors, quoi de neuf. Beaucoup de cogite et encore pas mal de petites péripéties. Je vais raconter, voyons, la dernière fois que j'ai écrit j'étais au bord de la crise. Effectivement, j'ai pas tenu. J'avais déjà résisté à 2 démarrages de crises dans la journée et à la 3ème fois j'en pouvais plus. Je suis donc partie en bombe faire des courses à Monoprix, et pour le reste, je pense que les détails n'intéressent personne. Suite à quoi, je suis allée au dodo assez tôt, sauf que j'arrivais pas à dormir, alors je me suis relevée pour écrire. En le faisant, j'ai réalisé qu'en ce moment j'avais envie de dire des trucs à tout le monde, sans exception, et que comme je disais rien, je m'enfermais et me détruisais toute seule. Je parle pas forcément de trucs négatifs, mais disons que j'avais vraiment envie de dire tout ce que je pensais, des craintes, des envies particulières, de rapprochement ou d'éloignement, et des choses qui me faisaient mal en général. J'ai tout listé, et puis j'ai pris un somnifère.

Sur Msn, Benoît est venu me parler alors que je commençais à être bien défoncée, et autant le dire tout de suite, j'ai fait et dit que de la merde, en oubliant en plus ce que je disais au fur et à mesure. Résultat, il s'est fait un sang d'encre, il a failli venir et m'a envoyé 3 textos dans la nuit, en gros pour me dire d'aller me faire foutre. Moi j'ai rien capté, j'étais complètement assomée par le somnifère et d'ailleurs je me suis plus cassée la gueule sur mon lit que couchée dessus. Au réveil, je me rappelle brusquement de la fin de soirée, je culpabilise à fond et me demande comment ça a pu arriver. Je me promets de débrancher le net dès que je prends un somnifère, parce qu'en plus c'est pas la première fois que je lui fais ce coup là. En fait c'est là que j'ai réalisé qu'il fallait vraiment que je me mette à parler, à dire mes envies,  à les identifier et j'ai envoyé des mails et des textos à tout le monde, pour dire ce que j'avais besoin de dire. J'ai eu des réactions immédiates : Marie a appelé direct, enchantée, moi je me suis mise à pleurer au téléphone tellement c'était bizarre et difficile, et puis Seb m'a dit qu'il savait déjà tout ce que je lui avais dit, mais qu'enfin, ça lui faisait plaisir et qu'il était heureux pour moi. Benoît était déjà au courant d'un paquet de trucs, il m'a encouragée à continuer, et puis il a dit aussi que bon, il serait sûrement amoureux de moi jusqu'à la fin de ses jours, comme moi. ça m'a fait bizarre mais c'était pas une grande surprise.

Pour le reste, j'attends toujours qu'ils aillent sur leur boîte mail, ça viendra sûrement au cours de cette semaine. Il y a aussi Nuny et Morine à qui j'ai fait ça par téléphone, Nuny à qui j'ai dit que je l'adorais et que je la considérais comme une deuxième mère, et Morine à qui j'ai fait comprendre que j'étais très déçue de pas habiter avec elle à l'heure qu'il est. A sa réponse, je me suis dit que la colocation avec elle c'était complètement mort, parce qu'elle ne faisait que constater les choses et rien pour les bouger. Moi j'en ai assez de la tirer tout le temps et je laisse tomber. En tout cas je crois pas qu'elle ait capté ce que j'avais voulu lui faire comprendre. En ce qui concerne Nuny, c'est avec elle que ç'a été le plus difficile. J'ai paniqué à fond avant, il faut croire que mon ancienne peur d'envahir et de déranger des femmes d'âge mûr ne m'a toujours pas lâchée. On a pas encore parlé mais elle a appelé ce matin et laissé un message sur mon répondeur, comme quoi ça lui faisait très plaisir et qu'elle voulait bien qu'on se voit la semaine prochaine.

Sinon pour raconter la suite du week-end, samedi je m'étais dit que je ferais journée jeûne mais j'ai pas tenu. Enfin j'ai rien avalé jusqu'à 5h du soir, à peu près, heure où j'ai commencé à culpabiliser et à avoir la tête qui tournait, alors j'ai acheté du nougat, qui n'a rien changé à mon état, puis je me suis payé un repas à Mc Do (oui je sais, ça peut paraître vraiment bizarre, mais je privilégie souvent les magasins où je peux trouver de la bouffe en toute petite quantité), repas où il y avait un cheeseburger, un coca light et un mc crispy. Sauf que j'ai culpabilisé quand même, j'aurais dû opter pour la salade, sauf que ça aurait pas réglé le problème de l'hypoglycémie. Enfin bref. J'ai été chercher Morgane au salon de Cathy, où j'ai fini par passer une bonne heure, à regarder Cathy couper des cheveux en quatre, à écouter de la musique et à regarder Melissandre taquiner son père - Morgane étant en train de laver et de plier l'arrière boutique. Ensuite, fin d'après midi très agréable en sa compagnie; on a beaucoup discuté de mecs, d'Yvann, de Franck, de leur relation bizarre, de leur façon de s'enfermer dans la routine et de plus vouloir décoller de leur appart, ce qui est dommage. Et chiant, aussi, parce que nous on aimerait bien bouger un peu plus, plutôt que de rester sans bouger et se défoncer la gueule.

En fait, j'aurais bien voulu rester avec Morgane, mais Caro, Yvan et Marion avait prévu une petite fête pour notre petit groupe d'étudiants en psycho de l'an dernier, et à 9h, j'ai dû y aller. J'étais un peu dégoûtée de devoir quitter Morgane avec qui le contact passait si bien, et en fait, dès que je me suis retrouvée face à Caro j'étais déjà en mode "façade", et je me suis sentie mal à l'aise et pas à ma place toute la soirée. Oh ya quand même eu des moments sympas, notamment parce qu'Yvan était complètement bourré et disait que de la merde, ou quand on se racontait nos histoires de cul, mais enfin j'aurais été beaucoup mieux si j'avais été accompagnée par des métalleux ou quelque autre personne sauvage et incompréhensible. On est rentrés chez nous vers 1h du matin, et j'ai failli me faire étrangler et casser un bras par un clodo aussi bourré qu'Yvan, qui essayait de le faire boire en se cramponnant à moi sans réaliser que sa main autour de mon cou était vraiment serrée. En fait, mis à part le problème qu'il avait l'air un peu violent, je crois que c'est le seul moment où je me suis sentie vraiment à ma place de la soirée. Je sais pas si ça veut dire "entourée de bourrés", "entourée de mecs" ou "entourée de déchets", mais bon. C'est le seul moment où j'ai pas eu l'impression de devoir faire bonne figure, sociable, aimable, raconter mes vacances sans parler de tous les moments badants qu'il y a eu, parce que sinon ça met mal à l'aise, enfin vous voyez le genre. J'arrive toujours pas à comprendre pourquoi Morine traîne avec des mecs qui sont capables de la mordre ou de la frapper, pour rigoler bien sûr, mais qui lui font tout de même régulièrement des bleus impressionnants. ça me dépasse complètement, et avec elle je pense constamment à cette phrase de Benoît "un mec qui protège pas une amie, c'est qu'il a pas d'honneur". Et pour lui, l'honneur c'est très important. Un mec sans honneur, c'est un déchet, une merde. Il détesterait les potes à Marion. Perso je les trouve sympas dans l'ensemble, assez tripants, mais je comprends vraiment pas le manque de heu, discipline qu'il y a dans leur groupe. Je comprends pas comment ils se permettent tout ça, ça me dépasse. Enfin peu importe.

Retour chez moi vers 2h du matin, et si j'avais eu à manger... bah j'aurais fait une grosse connerie, sauf que ça fait plus d'un an que j'ai appris que je pouvais rien stocker chez moi à part yaourts et soupes. Bref, coup de stress, envie de manger qui revient, culpabilité intense d'avoir mangé, et bu de l'alcool qui est très calorique, plein de sucre et tout. Résultat, tout en me sentant complètement débile, je me mets devant "The man with the iron mask", avec Leonardo Dicaprio, le beau gosse, et j'enchaîne sur 45 minutes de stepping. Bizarrement, ça me fatigue pas, mais au bout des 45 minutes (alors qu'à la base je visais 20 minutes minimum), je me sens suffisamment calmée pour arrêter de faire l'anorexique. C'est plus ça qui m'a fait arrêter qu'autre chose. Du coup je suis allée me coucher vers 4h du matin et là j'émerge. Je vais me refaire du café. Cette aprème, je dois aller faire le ménage des auto écoles, et en soirée je dois voir Benoît. Je sais pas trop comment ça va se passer, j'angoisse un peu mais ça devrait aller.


Mes problèmes avec la bouffe me fatiguent. J'arrive à peu près à ne pas niquer tout mon argent dans de la nourriture, mais je sais plus du tout comment gérer ça. J'ai des envies de crises plusieurs fois par jour, les objectifs que je me fixe sont parfois atteints et parfois complètement illusoires. Je culpabilise de plus en plus pour des toutes petites quantités de nourriture, voire de grandes quantités d'eau, et je suis malade en voyant que mon poids reste stupidement statique. Je sais plus du tout ce que je dois manger, de la salade et des soupes c'est très bien ça me fait presque pas honte, mais le problème c'est que si je veux tenir debout il faut que je mange des trucs consistants. Et je tiens pas longtemps en hypo. Enfin, bien sûr j'ai jamais cherché à voir au bout de combien d'heures je faisais un malaise, mais bizarrement j'ai pas envie de tester ça. Je sais juste qu'au bout de 3 ou 4 heures il faut vraiment que je mange, et ça me fait chier parce que c'est le moment où j'ai enfin plus aucune envie de manger et plus de culpabilité non plus, je me sens bien, forte, plus forte que la nourriture. Mais honteuse à l'idée de ce que je m'inflige, honteuse que ce soit une belle connerie, honteuse à l'idée que je puisse m'écrouler en pleine rue, alors je finis toujours par manger. J'aimerais supprimer la nourriture de ma vie.

Je me disais qu'avec la reprise des cours ça allait être plus facile, j'aurais des horaires à tenir et tout, mais je crois que je vais avoir très peu d'heures de cours et que ça va être au final très décousu alors ça me fait chier. En ce qui concerne l'hypo, il faudrait que je puisse de nouveau m'acheter du pain de mie sans me jeter dessus, mais en ce moment c'est vraiment impossible. Il y a que les yaourts et les soupes que je peux garder chez moi sans catastrophe (et encore, j'ai déjà gerbé de la soupe, mais juste une fois). Il faudra que je parle à ma psy. Il faudra que je lui dise que je sais plus du tout quoi faire, manger équilibré et léger ne me fait pas tenir debout, manger autre chose me fait culpabiliser au point de faire une crise dans la journée. Il faudrait résoudre le problème du "je suis grosse". Il faudrait peut-être que je jette ma balance, mais ça me paraît impossible. Je vais faire quoi si je l'ai pas? comment je vais savoir ce que je suis, grosse ou pas trop? la raison pour laquelle j'en avais acheté une, à la base, c'est parce que j'avais tellement une image pas fixe de moi-même, prête à me trouver sincèrement obèse en début de journée et sincèrement maigrissime en fin de journée, ou diverses lubies, genre j'ai un nez énorme, il faudrait faire quelque chose pour ces joues, je marche en canard et tous ces trucs complètement infondés, qui venaient et partaient toute les 5 minutes et m'indiquaient à quel point mon corps était un étranger. Changer 8 fois de vision de soi en 24h, c'est très, très fatiguant. Je veux pas y retourner. Au moins, la balance me montre une image fixe de moi-même... mais en même temps elle me fait culpabiliser.

Tiens j'ai aussi reçu un mail de Johanna, à qui j'ai confié tout l'amour et l'affection que je lui porte (enfin, sans parler du côté ambigü) et elle me dit dans sa réponse qu'au niveau de la bouffe, elle va essayer d'arrêter de se peser et de se détruire. Quelle force, quel courage. D'un autre côté elle est allée beaucoup plus loin que moi en ce qui concerne la nourriture, elle a été très maigre et peut parfois se faire vomir 8 fois par jour. Il est carrément temps d'arrêter, donc. Mais moi aussi, d'un autre côté, il faudrait que j'arrête. Sauf que je sais plus du tout comment faire, manger, pas manger, manger quoi, manger quand, manger seule ou accompagnée. J'essaie de suivre certains des conseils vus sur des sites, comme quoi il faut réapprendre à voir la nourriture comme un partage, alors je mange parfois avec Christian, ou comme hier, avec Morgane, ou avec qui je peux, suivant qui c'est, mais accompagnée, je me force à manger, faim ou pas faim - et je culpabilise d'être aussi faible et sans volonté. Il y a même des fois où je souhaiterais presque être anorexique, parce qu'au moins, la ligne de conduite qu'elles s'imposent est fixe. Moi ça change tout le temps, un jour c'est l'orgie, le lendemain c'est jeûne, et ainsi de suite, et quoique je fasse, j'ai honte. Tous les matins en me levant, c'est la même question : comment gérer ce merdier aujourd'hui?? et j'en ai marre, mais marre...

dans le mal

07/09/2007 20:21 par lalignenoire

19h 50, je viens de rentrer.

Journée ô combien sociable, pour quelqu'un qui avait plus envie de voir personne la veille au soir. 'Suis retournée ce matin très tôt sur la fac pour faire les papiers qu'il manquait et valider mon inscription. Vers 10h, j'avais terminé tout ce que j'avais à faire, et là, envie de crise. L'autre jour, après avoir écrit mon article ici, j'ai recommencé à faire les forums boulimiques, gros, anorexiques bref n'importe quel endroit où j'aurais pu trouver des idées pour arrêter les crises, et je suis tombée sur une nana obèse qui disait qu'elle s'était acheté un bloc note, dans lequel elle notait ce qui lui donnait envie de criser, ce qu'elle avait mangé, ce genre de choses. J'ai trouvé l'idée excellente. J'avais déjà entendu parler de carnets alimentaire, mais celui là était plus ciblé sur le fait d'arrêter la crise et de comprendre sa cause. Alors hier je suis allée m'en acheter un, moi aussi, accompagnée par Christian et Adrian. Je leur ai pas dit à quoi il allait servir, le carnet.

Donc pour en revenir à ce matin, envie de crise. Au début ça a commencé doucement, alors j'ai eu le courage de noter mes trucs dans mon fameux carnet Playboy (je le trouvais joli, noir et rose, avec le célèbre lapin). Je me suis ensuite dit qu'en m'occupant jusqu'à 16h, ça devrait passer. Aussi sec, je fonce à la BU, rayon psy clinique, et j'ai chopé des bouquins sur la relation au corps et la boulimie. Je sais pas si c'était une bonne idée ou pas, mais pour le savoir il fallait tester. Je bouquine jusqu'à midi, heure où la BU ferme. Là, je me retrouve dehors, avec une moitié de gauffre au chocolat dans les mains. La crise revient, beaucoup plus forte. Je suis au bord de la crise d'angoisse dans le tram qui doit me ramener chez moi, et là, pareil, je me force à noter. C'est très difficile, ça fait mal. Je suis nerveuse comme un pou, et en écrivant, je me rends compte que l'ennui et la solitude y sont pour beaucoup, mais aussi, et c'est plus grave, que j'ai une honte terrible de manger à ma faim. Que quand je mange à ma faim, quand j'arrête une fois arrivée à satiété, je culpabilise. C'est sans doute parce que quand j'étais gamine, ce que je mangeais suffisait jamais aux dames de cantines et autres connes, et du coup je passais mon temps à me faire gaver - parfois jusqu'à vomir après, au grand dam de ses dames. La révélation me paraît importante, alors j'envoie un texto à ma psy, je lui dis tout. Et puis je suis allée faire des courses.

Par un heureux miracle, en me cramponnant à l'idée que je voulais pas me pointer à mon rdv de 16h en ayant des difficultés à tenir debout, j'ai réussi à tenir. Bon la salade et les yaourts que je me suis achetés ont été descendus en un temps record, et j'ai failli aller les vomir après, mais j'ai tenu. Parce que je me suis dit que ce serait bien de sortir pour aller acheter un cadeau pour la fille à mon ancienne meilleure amie. Du coup je suis ressortie, me sentant atrocement bouffie, gonflée, moche et grasse, et j'ai été acheter une petite peluche. Après, j'ai attendu Corinne en ville.
Avec elle, ça c'est bien passé. Elle avait amené une copine à elle, ainsi que sa fille, petit bout d'à peine 3 semaines. C'était diffiicile de reparler avec elle après tout ce temps, et je crois qu'on a bien compris toutes les deux qu'on faisait plus partie du même monde. C'est pas grave. Elle et sa copine sont parties assez tôt, la petite commençant à avoir faim, et je me suis retrouvée à un arrêt de bus, à discuter avec un des ex à Morgane (qui se choisit toujours des mecs très beaux, avec qui ça ne dure jamais bien longtemps), Michaël. Il finit par me raccompagner sur le chemin vers chez moi, et en chemin, on s'arrête au nouveau salon de coiffure de Cathy, histoire de voir. Comme prévu, Cathy et Morgane sont là, on se fait la bise, on parle, c'est cool. Un bon moment, quoi. Un peu plus tard arrivent Cindy, qui fait les piercings dans la boutique à côté, et Seb, le mari de Cathy. Je parle un peu d'Yvann avec Morgane, vu qu'hier soir on a eu une bonne petite explication, qui heureusement, s'est plutôt bien passée. On parle aussi de lui parce que son anniversaire c'est la semaine prochaine et qu'on a ni l'une ni l'autre d'idée géniale de cadeau. Je retourne la voir demain après son taf pour pouvoir en parler un peu plus. A 19h, fermeture du salon, je repars avec Morgane et Michaël. Et puis retour chez moi, toute seule, et... mes envies de crises me reviennent en masse. ça me dégoûte de passer d'agréables moments avec des potes à mes envies boulimiques, mais j'arrive pas à m'en empêcher. Le poids est toujours à 53. Il faut vomir pour qu'il diminue, et à vrai dire, je commence à sacrément manquer d'inspiration pour maigrir. Je peux pas restreindre plus mon alimentation. D'une parce que les crises seront deux fois plus fréquentes, de deux parce que les trucs gras que j'achète (hors crise, s'entend) me servent surtout à tenir debout. Le seul truc que je sois à peu près capable de tenir, c'est le jeûne total. Et pour être vraiment tranquille, il faut jeûner minimum 2 jours de suite. Sans vomir, j'ai l'impression que je peux plus maigrir, là. J'essaie aussi de faire plus de sport, mais mis à part me vider du peu d'énergie qui me reste, j'ai pas l'impression que ça fasse grand chose. Je désespère. Je supporte pas l'idée de rester au poids que je fais. Et surtout: j'ai envie de manger. Terriblement. Pour me tenir ce soir, j'ai rien. J'ai pas d'impératif, je vois personne jusqu'à demain, fin d'aprème. D'ici là mon corps m'appartient et je peux autant le faire souffrir que lui faire du bien, sauf que ça je sais pas faire. Ou du moins, pas quand j'ai envie de manger. Je sais pas quoi faire, je me sens seule, fautive autant de me restreindre que d'avoir envie de manger, je n'ai pas faim non plus, mais pourtant, j'ai envie de manger. D'une manière générale, en ce moment, ça me lâche pas.

...
Trop envie de manger, merde.

clope post gerbe

05/09/2007 22:27 par lalignenoire

Dégoût. Dégoût total de tout ce que je suis et de tout ce que je fais.

Vomir. J'ai tenu les 4 jours réglementaires, bravo. Un bon point. Mais à quoi bon? Il faut que je vise plus large. Prochain challenge: une semaine. Pas le droit de criser jusqu'à mercredi prochain, ça va être hardcore mais je veux tenir. J'en ai assez de tout ça, je veux arrêter, ça y est, c'est dit. Je devrais jeter ma balance par la fenêtre, aussi, mais ça par contre ça me paraît carrément au dessus de mes forces. Je me pèse entre 2 et 8 fois par jour. ça tourne à la psychose.

J'avais passé une bonne journée, pourtant. J'ai vu mon éducatrice ce matin et on a beaucoup parlé, et j'ai aussi vu Clara cette aprème, ça c'est bien passé et ça me faisait vraiment plaisir de la voir. Mais dès qu'elle est partie, va savoir pourquoi, crise. Je venais de découvrir une rentrée de thunes inespérée, je savais que j'avais tenu les jours qu'il fallait, et j'ai craqué, complètement. ça a été d'autant plus violent que je m'étais restreinte à fond ces deux derniers jours. La crise a commencé alors que j'étais encore dans le bus, je me suis mise à vider le paquet de barres au chocolat que j'avais acheté. J'avais l'impression qu'il y avait "boulimique" écrit en gros sur ma gueule et que tout le monde le voyait, mais impossible de m'en empêcher. Avant de rentrer, j'ai eu une dernière pensée pour Benoît et Bruno, qui semblent trouver mon corps si charmant tel qu'il est (quoique Bruno me verrait bien avec quelques kilos de plus), je me suis dit que c'était con parce que ce corps allait encore morfler, et puis plus rien. J'ai fait cuire mes lasagnes pendant que je descendais les paquets de gâteaux, et je me suis cramé la langue avec mes lasagnes brûlantes.
Je sais pas combien de temps j'ai vomi. Peut-être 3/4 d'heure, oui ça a duré longtemps. Parce qu'au premier "jet", j'avais déjà la tête qui tournait comme une girouette dans un cyclone et cette sensation où je me demande si je vais pas crever. Je me suis fait peur, c'est vrai. J'étais une vraie loque, à genoux devant ma douche, à me rincer les doigts pour les replonger ensuite au fond de ma gorge. Cramponnée au lavabo et appuyée contre le mur, avec les yeux qui pleurent et le nez qui coûle. Bienvenue dans l'univers répugnant des boulimiques.

En gerbant je me suis dit que j'étais une sale grosse vache maigre, complètement tarée, et je me serais mise à pleurer si j'étais pas déjà en train de hocqueter ma nourriture. Les lasagnes avaient un goût sucré, et c'était plus sucré que salé vers la fin, alors je me dis que j'ai tout vomi. Je comprends pas pourquoi je me sens si grosse, pourquoi je veux de façon aussi obsessionnelle maigrir, encore et encore. J'ai pas mal zoné sur des sites, autant pour la guérison que pro ana (oui je sais je suis une conne irrécupérable),  suivant mon état d'esprit et mon degré de déprime, et je trouve mon compte ni dans l'un ni dans l'autre. Les pro ana nous expliquent comment bien se suicider, et c'est atrocement débile. Des filles expliquent à d'autres comment bien se faire gerber, sans aucune honte, semble-t-il. J'ai envie de les tuer toutes, et pourtant je retourne sur ses sites à la con. Quand on parle anglais, c'est plus facile d'en trouver. Quand j'émerge de tous ces sites morbides, je me dis que je veux m'en sortir, je veux pas crever étouffée par ma gerbe et famélique, alors je vais sur les sites de guérison. Ils disent tous la même chose. Et c'est d'autant plus chiant qu'on trouve toujours tellement plus de sites sur l'anorexie que sur la boulimie, l'anorexie est tellement plus spectaculaire. Connerie. Certes, je suis morbidement attirée par la maigreur, ça me fascine et je pourrais regarder des photos de gens squelettiques pendant des heures, mais les sites de guérisons me semblent tous tellement plats, tellement vides. Plein de bonnes intentions, bien sûr. Ils nous disent de réintroduire petit à petit les aliments interdits, de se préparer des bons petits plats, de se faire plaisir avec des amis, et de reprendre confiance en nous, d'aller vers les autres. C'est bien. Mais qui nous parle du fond du problème, du fait de se sentir si grosse et si énorme qu'on veut disparaître et perdre toute consistance? qui nous dit quoi faire quand on sent une crise venir, quand on a cette intenable envie de manger, qu'on est au bord de la crise d'angoisse tellement on stresse et qu'on veut manger? qui nous dit comment ne pas culpabiliser après avoir mangé? comment ne pas glisser vers la crise quand on se met à culpabiliser de la moitié de demie part de pizza qu'on vient, malencontreusement, d'avaler? comment manger raisonnablement sans se restreindre trop non plus, et comment ne pas passer de l'hypoglycémie la plus totale à la crise la plus orgiaque, juste parce que, pour éviter les crises on ne mange plus? qui nous dit quels aliments manger les moins culpabilisants, mais qui vont nous permettre de tenir encore un moment? et on nous parle des risques, les carries, les blessures aux doigts, les arrêts cardiaques, les ruptures gastriques, ou la nourriture qui se trompe de tuyau, mais nous, comment on fait pour les reconnaître, si jamais ça nous arrive? qui nous dit à quel moment appeler le samu? qui me dira si les palpitations cardiaques que j'ai quand je vomis elles précèdent pas un arrêt du coeur? c'est peut-être con mais j'en sais rien, moi, et tant que j'ai aucune preuve que je suis en danger de mort, je m'arrête pas! merde!

Les pro anas je vous signale qu'elles en parlent, elles, des crises. Non c'est pas non plus elles qui vont me dire quand je dois arrêter de vomir de toute urgence, mais pour éviter les crises, au moins, elles ont des trucs. Compte jusqu'à 100, va faire du sport, note tes aliments dans un cahier, fuis la cuisine, va chez des gens chez qui tu pourras pas manger. Alors évidemment, le problème est pas réglé pour autant puisqu'elles expliquent tout ça dans le but ô combien louable de crever la dalle, mais moi quand je veux vomir, ce genre de truc tout con peut m'aider. J'ai déjà essayé, ça a failli marcher. Il faut bien sûr que je sois encore à peu près consciente de qui je suis et de ce que je fais, si je suis déjà trop mal ou trop stressée, c'est impossible, toute seule, mais enfin, c'est déjà un petit quelque chose.

Je viens d'appeler Yvann pour savoir si je pouvais passer chez eux, ce soir. Réponse: non, il y a déjà trop de monde, passe demain. Merci bien. Je comprends qu'il en ait marre que son appart soit squatté, mais moi ce qui me soûle, c'est que comme je m'impose pas chez eux, c'est moi qui me fait recaler à l'entrée - alors que d'après lui, je suis l'une des personnes qui comptent le plus. Ce qui me soûle aussi, c'est qu'il y ait plus moyen d'extirper Yvann de son cocon salvateur et de le voir, juste lui. Je suis dégoûtée, proprement dégoûtée. Christian a appelé, aussi. Je venais juste de ressortir la tête de la salle de bains et je me suis empressée de m'asseoir, portable en main. Il m'a trouvé une voix bizarre, rauque. Je me suis excusée direct, et vu le silence qu'il y a eu après, je crois qu'il a compris que je venais tout juste de faire de la merde. J'ai honte. Et j'ai les nerfs contre Yvann, aussi. Pour un peu, je me remettrais à manger, mais enfin, j'ai fini tout ce que j'avais acheté tout à l'heure, il reste plus que les trucs non crisiques. Des fruits et des fromages blancs. Et puis non, j'ai pas à vomir parce qu'un de mes potes ne m'invite pas chez lui. Qu'il aille se faire foutre, lui, le shit qu'ils fument, tout le monde. Je vais me faire du thé (je suis assoiffée), me refumer une clope, me caler devant un film, et aller au dodo dans pas trop longtemps, après avoir fait ma traditionnelle partie de reversi sur internet. Parties où je me fais généralement niquer, mais enfin, ça me permet de me concentrer un peu sur quelque chose, une fois de temps en temps.
Bordel.